Cuba séduit désormais les riches touristes

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Un appareil photo à plus de 25.000 $, dans une boutique de La Havane ? C’est 850 fois le salaire moyen à Cuba, une île qui fait désormais les yeux doux au tourisme de luxe.

Versace, Lacoste, Armani, Montblanc: les enseignes de la galerie semblent incongrues dans un pays sous gouvernement communiste depuis 1959 et où les Cubains ne gagnent que 30 $ par mois en moyenne. « Choisissez: acheter un appareil photo ou un appartement? », s’est moqué le musicien cubain Ariel Diaz en publiant sur Facebook une image de l’objet en question, avec l’étiquette du prix, qui a fait grincer des dents sur les réseaux sociaux.

Le magasin se trouve dans une galerie marchande au pied du premier hôtel 5 étoiles de la capitale, le Gran Manzana du groupe suisse Kempinski. Le Gran Manzana est le premier hôtel de luxe à La Havane « où il y a un spa de 1.000 m² » et où « toutes les chambres font 40 m² minimum », se targue son directeur général, Xavier Destribats. Les tarifs: de 370 $ pour une chambre simple en basse saison à 5.000 pour la suite présidentielle.

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Princes et avions privés

La grande terrasse offre une vue imprenable sur le quartier historique et coloré de La Havane, où nombre de Cubains vivent dans des immeubles délabrés, parfois envahis par la végétation. « Là je n’ai pas du tout l’impression d’être à Cuba, clairement pas… peut-être plus aux Etats-Unis, à Miami ou à Puerto Rico », confie au bord de la piscine Celia Liégeois, 26 ans, venue de Paris et vêtue d’un paréo aux couleurs du drapeau cubain.

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Présentatrice chinoise de télévision de 28 ans, Suki Lu, tout juste arrivée à La Havane, s’émerveille du coucher de soleil et de la vue « addictive ». « Je vis à Dubaï, où le niveau des hôtels de luxe est très élevé, mais je pense que je vais apprécier cet hôtel », dit-elle, tandis que son amie prend une vue aérienne de la terrasse avec un drone. L’hôtel attire « une clientèle d’avions privés », « des princes, des personnalités », indique Xavier Destribats, des touristes américains (20%) mais aussi d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie.

« Une nécessité »

Dans tous les cas, le propriétaire de ces hôtels est obligatoirement Gaviota, branche de l’armée cubaine dédiée au tourisme. Les groupes étrangers ne sont chargés que de la gestion. Aucun chiffre sur les recettes reversées à l’armée n’est publié par les autorités, mais cette alliance avec des militaires a valu à ces hôtels de luxe d’être classés par Washington dans la « liste noire » qui interdit aux touristes américains de s’y loger… une restriction qui décourage beaucoup d’entre eux, mais n’empêche pas certains visiteurs de la contourner, en réglant en liquide ou en réservant via une agence de voyage.

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Pour compléter l’offre, « il y a un plan de construction de terrains de golf, en partenariat avec des sociétés immobilières », note José Luis Perello, docteur en sciences économiques et spécialiste du secteur.

Des touristes qui dépensent peu sur place

Selon cet expert, l’arrivée d’hôtels de luxe représente un grand virage pour l’île. « Cuba, depuis son ouverture au tourisme international il y a plus de 20 ans, a concentré tous ses plans et stratégies sur le tourisme de soleil et de plage », bien plus accessible et qui représente aujourd’hui 73% des 70.000 chambres proposées à Cuba, souligne-t-il.

Au grand dam des opérateurs sur place, les touristes qui réservent de tels séjours dépensent peu… de même que les passagers des croisières, dont le nombre a explosé ces dernières années, mais qui selon une source du secteur ne dépensent en moyenne que 15 $ par jour. Or Cuba, qui a reçu 4,7 millions de touristes en 2018, recherche justement des devises, alors qu’elle subit les conséquences de l’embargo américain, en vigueur depuis 1962, et de la crise politique et économique au Venezuela, grand allié et fournisseur de pétrole.