Journée des droits des femmes: Dans beaucoup de secteurs, les femmes font grève

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LLUIS GENE / AFP
En cette Journée internationale des droits des femmes, le Collecti.e.f 8 mars appelle en Belgique à une grève totale des femmes ce vendredi. Un appel qui a trouvé un écho dans divers secteurs, qui dénoncent des discriminations spécifiques à leur quotidien.

Qu’elles soient juristes, chercheuses, journalistes, elles ont répondu ces derniers jours à l’appel du Collecti.e.f à cette grève du travail salarié, mais aussi du soin aux autres, de la consommation ou étudiante.

Au niveau de la justice

L’association Fem&Law, composée de femmes juristes et féministes, dénonce les inégalités vécues par les femmes juristes. Outre le fait de gagner moins, selon une étude du barreau de Bruxelles en 2017, elles sont également confrontées aux discriminations, comme lorsque «les avocates s’entendent dire qu’il faut se débrouiller avec le harcèlement et le sexisme pour faire carrière au barreau».

«Nous avons toutes et tous tendance à considérer que c’est là l’ordre naturel des choses – parce que ’tout va mieux qu’avant’ et que les hommes et les femmes sont différents», déplore Fem&Law, qui est présente devant le palais de justice de Bruxelles ce vendredi depuis 08h00, pour sensibiliser aux droits des femmes.

Le secteur de la recherche

Autre secteur, autre réalité: celle du monde de la recherche. Une centaine de chercheuses de l’Université libre de Bruxelles entendent faire grève pour dénoncer un monde trop masculin ainsi qu’une compétition accrue davantage néfaste pour les femmes.

«Nous sommes bien conscientes que nous ne sommes pas les plus à plaindre et que nous avons de la chance de pouvoir faire grève», souligne une membre du mouvement «Chercheuses en grève». Cependant, être chercheuse n’est pas tout rose. Il s’agit d’un monde compétitif, dans lequel les universités sont classées en fonction des publications de ses chercheurs. Elles recherchent la productivité avant tout «ce qui n’est pas vraiment favorable à la recherche», souligne cette gréviste. Les hommes en souffrent également mais «les femmes paient un prix plus fort car elles subissent d’autres discriminations».

Les femmes sont également jugées moins crédibles. «A qualité de travail égale, on constate que les travaux réalisés par des hommes sont plus cités que ceux des femmes», indique cette chercheuse de l’ULB. Elles sont également confrontées «à la monopolisation de la parole par les hommes et un manque de reconnaissance quotidien».

«Alors qu’elles sont majoritaires parmi les étudiants, les femmes sont toujours minoritaires dans les métiers de la recherche et de l’enseignement universitaire, surtout lorsqu’elles gravissent les échelons», souligne pour sa part Christine Frison, vice-président du corps scientifique (Corsci) de l’Université catholique de Louvain (UCLouvain).

Le Corsci souhaite que les discriminations de genre soient rendues visibles au sein de l’université, afin d’œuvrer à l’égalité. Il plaide aussi pour un meilleur accompagnement de la parentalité, en augmentant le nombre de places dans les crèches universitaires ou encore en proposant des activités extra-scolaires pour les enfants.

Chez les étudiantes

Les étudiantes de l’ULB seront également en grève, dénonçant «le harcèlement sexuel durant les stages, les rapports de domination exacerbés par la position des professeurs, des maîtres de stage ou des promoteurs de mémoires et les préjugés et banalisation de stéréotypes sexistes et/ou racistes».

Un piquet de grève non-bloquant sera installé à l’entrée du campus du Solbosch de l’ULB avant un rassemblement à 12h30 et le dépôt des revendications au rectorat de l’université. Le Corsci se rassemblera à 12h45.

Dans les médias

Dans le monde du journalisme aussi, l’appel à la grève a trouvé un écho. Une carte blanche a notamment été signée par plusieurs femmes journalistes belges, affirmant leur soutien au mouvement. Dans les médias, les discriminations sont une réalité, comme l’a confirmé une étude menée par l’Association des journalistes professionnels. En Belgique francophone, l’effectif journalistique n’est par exemple composé que de 35% de femmes. L’étude a aussi mis en lumière le harcèlement et le sexisme vécu au quotidien par certaines journalistes.

La médiatisation des femmes pose aussi question, selon les signataires de cette carte blanche. «Les violences faites aux femmes sont encore minimisées lors de féminicides par des expressions comme ’drame conjugal’ ou ’crime passionnel’, qui renvoient au domaine du théâtre et à la pulsion incontrôlable plutôt qu’à la responsabilisation des hommes violents», soulignent-elles. «Les médias ne nous montrent que 9% d’expertes femmes», ajoutent-elles encore.

Une marche mondiale des femmes partira à 17h00 de la gare de Bruxelles-Central. Le Collecti.e.f espère un millier de manifestants.