Miraï de Mamoru Hosoda : une ode aux souvenirs d’enfance

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On l’appelle déjà le nouveau Miyazaki (maître de l’animation japonaise à qui on doit ’Le voyage de Chihiro’). Le réalisateur Mamoru Hosoda n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Après avoir porté la série des ‘Digimon’ et créé un studio rien qu’à lui, son nouveau dessin animé ’Miraï’ l’installe enfin dans la cour des grands.

‘Miraï’ est l’histoire de Kun, un garçon réagissant à la naissance de sa petite sœur. Comment faites-vous pour regarder le monde à travers les yeux d’un enfant de quatre ans?

Mamoru Hosoda: «Il me semble que plus on vieillit, plus il y a de quoi être envieux de l’insouciance des enfants et de leur perception du monde. Il y a de l’émerveillement, de la fascination. Ce qui nous semble fantastique peut avoir l’air parfaitement réel pour un enfant. En tant qu’adultes, on peut tenter de se souvenir de ces sentiments oubliés. Et le cinéma peut explorer le va-et-vient entre ces deux visions du monde. C’est pour ça que j’ai voulu raconter cette histoire. Pour que nous puissions revenir vers ces instants magiques. Pour les enregistrer, en quelque sorte. J’espère que c’est l’expérience que vous en avez retirée.»

Quel est votre premier souvenir?

«Mon premier jour à l’école quand j’avais trois ans. C’était en avril, une journée ensoleillée, très lumineuse. Je me souviens que j’avais insisté pour y aller avec mon tricycle, mais mes parents ont refusé (rires).»

Votre vision du monde a-t-elle changé depuis le film?

«Bien sûr! Mais mes valeurs ont surtout évolué lorsque je suis devenu parent. Mon premier enfant a été complètement bouleversé par l’arrivée du second. Il s’est mis à crier, à piquer des colères pas possibles. Il a eu peur de perdre notre amour au bénéfice de sa petite sœur. Étant moi-même enfant unique, ça a piqué ma curiosité.»

Pourquoi les parents du film ont-ils tant de mal à gérer cette situation?

«Je pense que les familles japonaises sont en pleine transition. La vision traditionnelle du modèle familial, avec des rôles définis pour le père et la mère, change complètement. De l’extérieur, on voit la culture japonaise comme traditionaliste, alors que nos familles évoluent. Notre génération tente de se définir, et c’est pour cela que le couple dans le film lutte autant. Il se demande s’il avance dans la bonne direction. Et cela vaut tant pour le père que pour la mère. Beaucoup de leurs dialogues viennent de ma femme et moi. Je trouvais que cette matière avait de quoi nourrir un film.»

Avez-vous consulté des psychologues pour inventer des personnages si profonds?

«Oh là là, non! On n’a rencontré aucun spécialiste (rires). La recherche a surtout commencé avec nos propres enfants. Pourquoi pleure-t-il? Pourquoi est-elle fâchée? Comment s’amusent-ils? On leur a réellement posé ces questions!»

Beaucoup de gens comparent votre film à ’Ponyo sur la falaise’ de Miyazaki.

«Je suis gêné de vous le dire… mais je ne l’ai même pas vu (rires). Ça étonne les gens mais je n’ai rien suivi de son travail depuis ’Princesse Mononoké’ (sorti en 1997, NDLR). En fait, j’ai travaillé sur ’Le château ambulant’ pour Ghibli, le studio d’animation de Miyazaki. J’étais le réalisateur mais j’ai dû quitter le projet. Et Miyazaki a lui-même repris les commandes. J’ai eu beaucoup de mal à regarder son travail après cette expérience. Mais j’ai tout de même vu et adoré ’Le vent se lève’.»

Vous avez depuis créé votre propre studio. En quoi est-il différent?

«Nous ne réalisons que des long-métrages et nous ne recevons pas de commandes de producteurs extérieurs. Tous nos projets sont nés chez nous, afin que l’argent ne nous dicte pas sur quoi travailler. C’est pour cela que nous ne produisons qu’un seul film tous les trois ans. Je vois notre studio comme un endroit où l’on peut pousser l’animation à exprimer de nouvelles choses. La liberté artistique est essentielle pour produire les histoires que nous voulons raconter.»

Avez-vous eu du mal à dessiner le visage de Kun?

«Pas du tout, j’avais un modèle très précis en tête… mon fils. Et ma fille s’appelle ’Miraï’. Je vous montre une photo?»

Stanislas Ide

En quelques lignes

En japonais, ‘mirai’ signifie ‘avenir’. Les parents du petit Kun n’auraient pas pu trouver meilleur prénom pour leur bébé fille. Kun, quant à lui, n’est pas du tout heureux de l’arrivée de cette petite sœur. Au contraire, il déteste ce nourrisson qui monopolise l’attention de ses parents et reste tout le temps couchée dans son berceau. Kun est un petit garçon qui doit apprendre de toute urgence ce que cela veut dire être un grand frère, et c’est exactement ce qui se passe dans ‘Mirai’. Au cours du film, il rencontre différents membres de la famille, du passé, du présent et du futur. Parmi ceux-ci, il y a la version adolescente de Mirai. Ensemble, ils vivent de fabuleuses aventures et, à chaque fois, Kun apprend quelque chose. ‘Mirai’ se regarde comme un livre pour enfants, un livre animé, aux splendides illustrations. Le suspense n’en est, certes, pas l’atout majeur, mais ce n’est pas non plus ce qui intéresse le réalisateur Mamoru Hosoda. Le but est de vous laisser bercer par l’imaginaire que vous voyez à l’écran, comme cette pelouse qui se transforme en banc de poissons. Le film vous plonge dans le monde fantastique d’un bambin de quatre ans et suit son petit bonhomme de chemin. ‘Mirai’ frôle parfois le sentiment doucereux mais jamais assez longtemps pour vous gâter les dents.(rn) 3/5