Le retour du groupe Montevideo: « Comme un côté ‘lost in space’ »

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Ph. Montevideo Facebook

Ce sont des Montevideo qui nous reviennent en pleine forme après six années d’absence. Finie l’époque où le groupe se concentrait sur un style très rock-guitares, à la manière des Rapture. Aujourd’hui, Jean Waterlot et les siens nous offrent une petite cure d’hédonisme qui puise ses inspirations autant dans les sixties californiens que dans le ‘Madchester’ fin 80.

Ce titre «Temperplane» en dit long sur l’état d’esprit de cet album.

Jean Waterlot: «C’est un titre très ouvert. Je ne prône pas les albums concept, mais cette image nous est venue au moment de prendre l’avion pour aller à New York en 2016. Quand on est arrivé en plein Brooklyn, il y avait cet état de presque guerre à Bruxelles avec les attentats. Je me suis trouvé une espèce de concept, une sorte de vaisseau imaginaire dans lequel le groupe s’infiltre, regarde la Terre d’en haut et fait un constat un peu attristé de ce qu’est devenu le monde en général. Mais l’album a mis du temps à se faire. Le titre est également une façon de décrire cette espèce d’ascenseur émotionnel par lequel on passe. C’est un peu cela ‘l’avion des tempéraments’. Par exemple, j’ai perdu mon père et je suis devenu papa en l’espace de trois mois. C’est cela que veut dire ‘Temperplane’: passer par différents états et surtout prendre le temps de faire mûrir quelque chose en soi. Il y a un côté ‘lost in space’.»

https://youtu.be/GNHcVNCRukY

On ressent ce côté presque détaché dans la voix.

«Exactement. C’est une sorte de détachement mais lié à une paix intérieure. Passé la barre des 30 ans, il y a la nostalgie d’une époque révolue, quand tu débutais la musique, que tu passais ton temps dans les bars et que tu ne pensais qu’aux filles. Mais c’est aussi l’âge où tu te poses et tu commences à faire des choix responsables. Je suis devenu père, je me suis marié, etc. Il y a tout un schéma de vie qui commence à se dessiner. Du coup, tu abordes ta création d’une autre manière, surtout après l’arrivée d’un enfant. Ça t’apaise. Et c’est chouette que tu ressentes ce détachement, parce que j’ai ce sentiment d’avoir composé ce disque avec beaucoup d’air. Pour un morceau comme ‘Temperplane’, tu peux l’écouter après avoir fumé un joint, mais aussi sur la côte en Californie. C’est une atmosphère très downtempo, une sorte de ‘psychedelic dance’ qui rencontrerait une chorale harmonisée qui aurait découvert tardivement Brian Wilson et les Beach Boys. Je n’ai jamais été un grand fan des voix trop présentes dans les morceaux. J’ai toujours aimé les longues plages instrumentales. Là, j’avais envie d’un truc plus chanté mais sans entrer dans le côté trop pompeux. Tout en évoquant une vie un peu fantasmée et utopique.»

On sent bien le côté surf-pop mais aussi brit-pop des débuts, époque Charlatans ou Happy Mondays.

«C’est amusant que tu dises cela parce qu’on fait une reprise de ‘The Only One I Know’ des Charlatans en live. C’est vrai qu’il y a des codes clairement empruntés aux années 90, ma période d’adolescence. Ce sont des histoires qui nous ont inspirés. Quand tu entends que les Happy Mondays allaient aux Caraïbes pour y écrire un disque, et qui ramenaient une musique hybride, sans paroles, dans laquelle ils passaient leur temps à se droguer, ou quand Tony Wilson signait les contrats de son label Factory avec son sang, etc. Et puis, on était vraiment dans un trip revival Charlatans, Jesus and Mary Chain… Je trouve que ce disque parle à plusieurs générations. C’est chouette de ne pas rester trop dans une case. Tu ne peux plus faire uniquement dans le sixties Beach Boys, mais tu peux essayer d’en comprendre les codes et les mélanger à d’autres styles, comme Django Django le fait super bien.»

Tout cela en fait un album très estival.

«La première idée était que cela sorte en été, mais les agendas, le label, les accords France-Belgique, etc. ont fait que ça sort maintenant. Mais finalement, ce n’est pas plus mal. Les retours sont très bons. On a commencé avec une AB Club qui était complète, on a des choses à raconter. Et on est très content d’avoir bouclé la boucle avec Joakim puisque ça sort sur son label. Moi, j’ai vécu deux ans à Paris. Et c’est ça aussi ‘Temperplane’, cet esprit de fuite qui m’a toujours habité. Après ma rhéto, je suis parti un an en pleine déprime, à San Francisco pour apprendre l’anglais. Je ne me suis toujours vu ailleurs. C’est pour cela que je voyais comme une suite logique de signer chez un label parisien. Je n’arrive pas à me projeter à Bruxelles. Quand on a commencé au Magasin 4, Jacques de Pierpont disait ‘S’ils étaient à Manchester, ils feraient des festivals en Angleterre’. C’est malheureusement la destinée de beaucoup de groupes belges. Faire une musique hybride avec plein de références anglo-saxonnes mais devoir attendre de percer à Paris avant de vendre des tickets pour l’AB.»

Pierre Jacobs