Alita : Christoph Waltz chez les cyborgs

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Nazi excentrique chez Tarantino (‘Inglorious Basterds’) ou super méchant chez James Bond, Christoph Waltz s’est vite imposé comme un acteur culte. Avant qu’on le rencontre à Londres, les journalistes se passaient le mot dans le couloir : il paraît qu’il est imprévisible en interview. Difficile donc de lui tirer des réponses claires sur son rôle de cyber-chirurgien dans ‘Alita’. On pensait lui parler de cyborgs, de mangas et de films d’action. Il a préféré s’attarder sur Freud, le fétichisme et la différence entre un cerveau et un côlon. Morceaux choisis !

Comment allez-vous après cette longue journée d’interviews ?

Christoph Waltz : [Très calme] « Oh, je suis fatigué. »

Dans ‘Alita’, vous réparez les humains en leur greffant des prothèses mécaniques, un peu comme Docteur Frankenstein ?

[Soudainement réveillé] « Ah non ! Car Frankenstein prend de la matière morte en déterrant des cadavres. Alors que mon personnage découvre une vie humaine existante et la transforme en un corps fonctionnel. C’est un peu moins farfelu, vous en conviendrez. »

‘Alita’ questionne la notion d’humanité. C’est une cyborg mais…

[Très théâtral] « Oh là là, mais c’est une discussion qui dépasse notre interview, voyons ! Qui suis-je pour déterminer ce qui nous rend humains ? Les scientifiques et les philosophes se battent avec cette question depuis des millénaires. Alita est constituée d’un cerveau humain dans un corps mécanique. C’est sûr que c’est un organe essentiel pour parler d’humanité. Mais notre côlon est tellement rempli de nerfs, qu’on l’appelle aussi le ‘deuxième cerveau’. Peu de gens aiment en parler, parce qu’il est plein de merde, bien sûr. Mais pas mal de cerveaux sont malheureusement remplis de merde également… (rires). »

Vous êtes connu pour vos rôles de méchant. Vous étiez content de jouer un gentil pour une fois ?

[Faussement ennuyé] « Il vaut mieux en parler au réalisateur (Robert Rodriguez, NDLR). Moi je me contente de jouer ce qu’on me demande de jouer. J’apporte ce qui est nécessaire pour permettre de raconter l’histoire. Ça vient de l’intérieur. A vous de me dire ce que vous observez à l’extérieur… »

Dans le film, Alita impressionne les garçons. Pourquoi les hommes devraient-ils être intimidés par une femme forte ?

[Pointe le doigt et lève son menton] « Alors là, ce n’est vraiment pas une question honnête ! On parle d’une cyborg qui a la force de s’attaquer à n’importe qui tout de même (rires). Bon, dans la vraie vie cela revient à la relation entre l’homme et sa mère. Vous connaissez Freud ? »

La technologie brouille aussi les limites entre le jeu humain, et l’animation…

[Sourit avec malice] « Quelle différence est-ce que ça vous fait ? Moi j’en ai quelque chose à faire, évidemment, car c’est mon gagne-pain mais pour vous… Êtes-vous réellement plus ému par un humain que par un dessin ? On peut s’attacher à absolument tout. Notre téléphone, un chien-robot… Et si ça dépasse l’acceptation sociale, on parle alors de fétiches, de perversions. Je viens de lire qu’un homme au Japon a épousé le hologramme d’un personnage de bande dessinée (véridique, il s’appelle Akihiko Kondo, NDLR). »

Est-ce que vous aimez les gadgets ?

[Soufflant un peu] « Il y a gadget et gadget. Je n’ai pas besoin de déléguer mes expériences viscérales ou mes décisions quotidiennes. Comme à cette boîte ‘Alexa’ d’Amazon à laquelle on peut parler et donner des ordres. ‘Alexa, allume la lumière !’ Non merci, je m’en sors très bien tout seul. »

Mais si vous êtes vieux et que vous avez besoin d’aide ?

[Réfléchit] C’est un plus, oui… à voir si Alexa vous comprendra encore sans votre dentier (rires). Mais vous marquez un point. »

Le film ‘Alita’ parle aussi de justice sociale.

[Bombe le torse et s’emporte] « Comme vous y allez ! Le mot ‘justice’ est à prendre avec des précautions. Certains sont riches, certains sont pauvres… Voilà ! Mais oui, c’est très intéressant de réfléchir à ce grand écart qui sépare les deux et creuse les différences. Il suffit d’ouvrir les yeux aujourd’hui. On se demande ce que toute cette colère va causer et déclencher. C’est un thème très important dans le film. »

James Cameron a produit le film. Vous pensez quoi de lui ?

« Sérieusement, on s’en fout de ce que je pense, non ? »

Stanislas Ide

En quelques lignes

Alita est une ado cyborg et amnésique, sauvée d’une déchetterie par le tendre docteur Ido (Christoph Waltz, surprenant dans un rôle si gentil). Dans leur monde futuriste, les riches empêchent les pauvres de vivre avec eux, à moins de devenir champion d’un sport ultra-violent appelé ‘Motor Ball’. Poussée par son motard de petit copain, elle se découvre un talent inné pour le combat et décide de se lancer dans l’arène. Vous reconnaissez cette histoire ? Nous aussi ! James Cameron (‘Avatar’) et le réalisateur Robert Rodriguez (‘Desperado’, ‘Sin City’) surfent sur le succès de titres comme ‘Hunger Games’ et ‘Gladiator’, et ne tentent même pas de le cacher. Heureusement, les scènes d’action sont fracassantes et les personnages terriblement attachants. Même la jeune Alita (Rosa Salazar), pourtant déformée par des effets numériques plus distrayants qu’impressionnants, emporte notre cœur. Surtout quand elle se prépare à la baston en balançant un glorieux ‘Fuck This’. Les fans du manga dont est tiré le film risquent de crier au scandale, mais ça reste agréable de se laisser porter par un film qui voit les choses en grand, très grand. (si)
3/5