« A nous la liberté » : Devenir libre en se débarrassant du négatif

JOEL SAGET / AFP

Pour devenir libre, il faut avant tout s’affranchir de toutes les servitudes telles que la peur, la colère, l’envie, la jalousie. C’est ce que nous apprennent Christophe André, médecin psychiatre, Matthieu Ricard, moine bouddhiste et interprète du Dalaï-Lama, et Alexandre Jollien, philosophe. En plus d’avoir assisté à la conférence «A nous la liberté» organisée par Emergences, nous nous sommes procuré leur livre «A nous la liberté! Comment se libérer de nos peurs, de nos préjugés, de nos dépendances…».

C’est dans un auditoire bondé qu’a lieu la conférence «A nous la liberté». Près de 1.200 personnes étaient présentes pour assister à la rencontre avec les auteurs du best-seller «Trois amis en quête de sagesse». Sans parler de ceux qui suivaient la rencontre en direct sur la page Facebook d’Emergences.

Il faut croire que la thématique de la liberté intérieure en intéresse plus d’un. Ou bien est-ce les trois amis en eux-mêmesqui attirent tout ce public? Toujours est-il qu’on n’a pas vu passer les 2h30 à les écouter et que nous sommes repartis de là requinqués et remplis de bonnes résolutions!

Amitié et bienveillance

Ce que l’on retient avant tout de ces «sages», c’est l’importance de l’amitié et de la bienveillance dans notre recherche de la liberté intérieure. «Une des valeurs philosophiques est l’amitié. Il y a des amis avec lesquels on fait la fête et ceux qui nous rendent meilleurs», développe le philosophe Alexandre Jollien. «La liberté est l’apprentissage de devenir soi-même, de se donner aux autres et de s’émanciper. Il faut tout d’abord repérer tous les esclaves et les aliénations qui nous tirent vers le bas.» «Quand on est sous l’emprise de l’animosité, on ne fait plus la part des choses. Ça nous amène à des actes et des paroles qui sont en dysfonctionnement avec la réalité», continue Matthieu Ricard.

Dans un premier temps, les trois amis nous expliquent donc qu’il est important de pouvoir nommer nos servitudes. «Je dois déterminer les moments où je me crois être libre mais durant lesquels je ne le suis pas. Par exemple, quand on est face à un écran, on a le sentiment d’être libre et pourtant, on ne l’est pas car ce sont des moments durant lesquels nous sommes hautement manipulés», pointe la psychiatre Christophe André.

Atteindre la liberté est donc un travail quotidien: c’est ce que les trois auteurs de «A nous la liberté!» nomment un ‘travail de libération’. Ce travail passe notamment par un regard bienveillant vis-à-vis de nous-mêmes.

L’un des obstacles à la liberté est par exemple l’acrasie, la faiblesse de la volonté. Nous savons tous que tenir des résolutions, comme faire un régime ou arrêter de fumer, est difficile. Faire face à l’acrasie «consiste bien souvent à stopper à la fois des comportements (moins manger, moins fumer), des émotions (moins de colère, moins de stress), des pensées (moins de pensées négatives ou pessimistes) et dans le même temps à développer d’autres comportements (manger plus de légumes, ranger davantage), des émotions (se montrer plus bienveillant) ou des pensées (cultiver les pensées optimistes). Il y a donc à la fois du ‘moins’ et du ‘plus, ce qui explique peut-être nos difficultés à y faire face», peut-on lire dans le livre «A nous la liberté! Comment se libérer de nos peurs, de nos préjugés, de nos dépendances…» paru aux éditions Allary.

La liberté, c’est se donner tous les moyens de s’en sortir. «Il ne faut pas perdre de vue nos idéaux. Donnons-nous le temps de les atteindre. C’est un chantier assez important», explique le psychiatre. «Il faut du discernement», continue Matthieu Ricard.

Trier, choisir, accomplir

Dans un deuxième temps, les trois auteurs nous expliquent que nous devons déterminer les lieux et les personnes qui nous sont favorables. «Si vous voulez cultiver le calme intérieur, il est souhaitable d’aller méditer dans une forêt où tout est calme. Si en revanche on veut atteindre plus de la clarté, le côté lumineux de notre esprit, on choisira des paysages vastes (mer, montagne avec un ciel lumineux et dégagé où l’esprit se mêle à cette immensité). Si vous essayez de mieux maîtriser vos émotions, vos peurs, allez au coucher du soleil près d’un ravin qui est traversé par un torrent», conseille le moine bouddhiste. «Y a-t-il des environnements naturels et humains qui nous font du bien rien que par le fait de s’y retrouver?», interroge le psychiatre. C’est ce que les trois conférenciers nomment ‘l’écologie de la liberté’. «La question à se poser est: ‘comment habiter de manière libre et solidaire dans une maison commune?’ Le défi écologique est de tout faire pour que l’amour triomphe», développe Alexandre Jollien. «Et il y a du boulot! (rires)»

Nos trois amis sont bien conscients que tout cela demande un certain effort, un «effort vers la libération» comme ils le nomment. «Tout est possible», nous confie Matthieu Ricard. «Il n’existe pas de grandes tâches difficiles qui ne puissent être décomposées en petites tâches faciles.» Pour que l’effort puisse être tenu dans la durée, il faut qu’il soit lié à l’enthousiasme et non à la punition. Pour être libre, il faut s’entraîner mais il faut que cet entraînement soit un effort «joyeux». Pour cela, il doit être bien dosé, il ne doit pas être trop facile ou trop difficile.

Les efforts que vous accomplirez n’ont qu’un seul but en soi: atteindre la liberté intérieure en passant par la paix intérieure. Concrètement, entraînons-nous à garder l’esprit ouvert, à avoir du discernement, savoir distinguer ce qui compte vraiment, à suivre une certaine éthique quotidienne… et surtout à développer une bienveillance inconditionnelle pour soi et pour les autres. Partant(e)?

@Maite_Hamouchi