La consigne, nouvelle solution pour recycler les bouteilles en plastique?

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AFP

L’utilisation des bouteilles en plastique pose de plus en plus question alors que chaque année, quelque huit millions de tonnes de déchets en plastique sont déversés dans les océans. Aujourd’hui, une initiative ancienne semble refaire surface pour lutter contre ce désastre écologique, il s’agit de la consigne.

Limiter l’utilisation des bouteilles en plastique en favorisant celle d’une gourde à l’école, voici l’objectif lancé par le rappeur Romeo Elvis à l’égard des politiciens en janvier dernier. Une cause non négligeable alors qu’aujourd’hui, seuls 14% des emballages plastiques utilisés dans le monde sont recyclés, soit un peu plus d’un sur dix, selon les chiffres du Forum économique mondial. Rien que dans l’Union Européenne, ce sont plus de 25 millions de tonnes de déchets en plastique qui sont produits chaque année. Face à ce constat, un accord provisoire sur un texte inédit a été signé en décembre dernier interdisant les plastiques à usage unique en Europe au plus tard en 2021.

L’accord comprend cependant un objectif différent concernant les bouteilles en plastique. 90% de celles-ci devront être collectées d’ici à 2029, bien que la Commission européenne recommandait de son côté la date limite de 2025. Les bouteilles en plastique devront également être produites à partir de 25% de contenu recyclé d’ici à 2025 et 30% d’ici à 2030.

Un exemple en matière de recyclage

Un objectif déjà atteint par la Norvège qui va jusqu’à recycler 50 fois une même bouteille. Dans le pays nordique, ce sont 97% des bouteilles en plastique qui sont recyclées. Pour motiver les consommateurs sur cette voie, un système de consigne a été mis en place. Ces derniers reçoivent ainsi de l’argent lorsqu’ils rapportent les bouteilles pour les recycler.

Mais les entreprises ont également été mises à contribution. Une taxe a en effet été établie afin d’inciter les fabricants de bouteilles en plastique à recycler. De cette manière, plus une entreprise recycle, moins la facture sera élevée. La taxe est d’ailleurs supprimée lorsque les fabricants recyclent plus de 95% des bouteilles. Au final, ‘seul’ 1% des bouteilles finissent dans l’environnement.

Quid de la Belgique?

Chez nous, la problématique du plastique est au coeur de l’actualité. Même si le pays reste champion avec près de 89% (soit 700.000 tonnes) de déchets d’emballages ménagers recyclés en 2017, seuls 40% des plastiques d’emballage l’étaient à cette même période. Des chiffres qui ont poussé le gouvernement wallon a annoncé récemment l’investissement de 60 millions € afin de créer une filière industrielle complète de recyclage du plastique alors que le plan wallon d’investissement prévoyait déjà une somme de 75 millions €.

De son côté, afin de lutter contre le plastique à usage unique et de mieux suivre le circuit de ses produits, la marque de produits d’entretien à base de plantes, Ecover, a testé un système de consigne temporaire dans la ville d’Anvers en novembre dernier. Les habitants pouvaient venir y déposer des bouteilles ainsi que des canettes en plastique. Une manière de donner de la «valeur» au plastique afin qu’il ne soit plus considéré comme un déchet.

 

Le système de consigne avait pourtant été mis en doute dans le rapport annuel de 2015 de Fostplus, qui s’occupe de la collecte, du tri et du recyclage des déchets d’emballages, estimant qu’il ne s’agissait que d’une «réponse partielle» au problème des déchets sauvages. Selon l’OVAM, l’administration qui s’occupe des déchets sauvages en Région flamande, la mise en place d’un tel système engendrerait «des coûts considérables», environ 160 millions €, «un coup rude pour les entreprises belges», déplore Fostplus. De plus, le projet ne serait également «possible sans une harmonisation entre toutes les régions, d’une part, et avec le niveau fédéral, d’autre part».

Selon les chiffres de Fostplus, environ 80% des bouteilles et des flacons en plastique seraient par ailleurs recyclés en Belgique. Un chiffre remis en question par Recover, qui regroupe des associations intercommunales de gestion des déchets et la ville d’Anvers. Selon leurs recherches, certaines bouteilles en plastique, notamment celles provenant de l’étranger, ne seraient pas comptées dans le calcul.

Chez nos voisins

Le système de consigne des bouteilles en plastique est également testé à Rouen, en France. La start-up Green Big a en effet imaginé une machine de récupération de bouteilles en plastique: «le B: bot», dans lequel tout un chacun peut déposer sa bouteille en échange d’une consigne. Identifiées par leur emballage ou leur code-barres, les bouteilles sont ainsi triées, selon qu’elles soient colorées ou transparentes, avant d’être transformées en petites paillettes prêtes pour le recyclage. Les premières machines devraient voir le jour en juin prochain.

En Allemagne, le système de consigne, appelé Pfand, fait déjà ses preuves depuis 2003. Le dispositif a déjà permis de collecter 90% des emballages de boisson dans le pays.

Interdiction totale

Face à la quantité de plastique produite, certains pays ont décidé de prendre des décisions encore plus drastiques. C’est ce qu’a fait le Pérou en interdisant les plastiques à usage unique sur le site du Machu Picchu, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les visiteurs sont ainsi priés d’utiliser des gourdes plutôt que des bouteilles jetables lorsqu’ils se rendent sur le site. Une alternative également adoptée par Montréal qui a décidé, l’année passée, de bannir les bouteilles d’eau en plastique à usage unique dans les services de la Ville. De son côté, La Dominique, petite île des Caraïbes, a décidé de devenir un modèle en bannissant tous les objets en plastique à usage unique, restreignant par la même occasion l’importation de contenants non-biodégradables.

 

Laura Sengler