NewB veut devenir une banque éthique et transparente en 2020

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Au plus fort de la crise financière, en 2011, un collectif de citoyens et d’organisations s’organisait pour créer une banque coopérative. NewB vient de déposer formellement sa demande de licence bancaire, avec l’objectif de devenir une véritable banque dès l’année prochaine.

2008: La crise financière vient bousculer les grandes banques. Des noms que l’on estimait intouchables sont coulés, démantelés, rachetés… En quelques mois, exit les Fortis, Lehman Borthers, et autre grands noms de la finance belge ou internationale. Rapidement, la crise s’étend à l’ensemble de l’activité économique. Les entreprises les moins sévèrement touchées licencient à tour de bras, les autres mettent la clé sous la porte. En quelques mois, des milliers de travailleurs prennent conscience de l’impact que le secteur financier peut avoir sur leur vie.

Rapidement, des voix s’élèvent pour réclamer un autre modèle financier. En 2011, un groupe de citoyens engagés et d’organisations de la société civile lance NewB chez nous. Le projet est clair: il s’agit de monter une nouvelle banque éthique, transparente, fiable, et au service de l’activité économique. L’idée séduit, et quelque 43.000 citoyens rejoignent le projet.

Un service différent

Pour NewB, ce succès est aussi le début des difficultés. Principal constat: obtenir une licence bancaire ne sera pas une mince affaire. La Banque nationale émet tout de suite des réserves, estimant qu’il y a déjà bien assez de banques en Belgique. Réponse immédiate du collectif: «Oui, il y a beaucoup de banques. Mais elles offrent toutes le même service, et un service qui ne nous satisfait pas». Les initiateurs du projet décident de le revoir, mais ne modifient en rien leur objectif.

Le 29 janvier dernier, après des années de travail, la direction de la banque se rend au petit matin à la Banque nationale. La demande de licence bancaire est désormais entre les mains de cette dernière et de la Banque centrale européenne. Elles doivent statuer sur le dossier dans les six à douze mois qui viennent. «On espère que la réponse interviendra le plut tôt possible», souligne Bernard Bayot, le président du conseil d’administration. L’objectif est de lancer formellement la banque en 2020. Elle proposera alors un compte courant avec une carte de paiement, un compte épargne, et des crédits à court terme.

«Nous avons les reins solides»

La nouvelle banque trouvera-t-elle sa place dans le très concurrentiel marché belge? Son CEO, Tom Olinger, n’est pas inquiet. Car depuis le lancement du projet, «nous n’avons pas chômé». L’organisation a lancé une carte de paiement Mastercard, ainsi que des produits d’assurance (voir ci-dessous). «Cela veut dire que le jour où nous lancerons formellement la banque, nous aurons déjà des activités qui tournent, et donc des revenus.»

Tom Olinger insiste également sur le fait que la structure coopérative de la banque offre certains avantages concurrentiels. «Nous n’avons pas besoin de trouver notre clientèle et lancer de coûteuses études marchés. Nous avons déjà des dizaines de milliers de citoyens derrière nous. Et nous sommes en permanence en discussion avec eux afin de répondre à leurs attentes. C’est un marketing très efficace, et qui ne coûte rien!»

Répondre aux demandes citoyennes

Le projet NewB n’est pas tout neuf, mais il se retrouve parfaitement dans les mouvements citoyens que l’on voit fleurir ici et là. «Il y a une demande pour une activité bancaire plus durable, alors que les banques traditionnelles n’ont jamais autant investi dans le carbone qu’aujourd’hui. Il y a une demande pour plus d’éthique, alors que chez NewB, l’écart maximal entre le plus bas salaire et le plus haut ne peut atteindre cinq, et il n’y a pas de bonus», souligne Bernard Bayot. «Dans ce contexte, on s’attend à trouver rapidement notre clientèle.»

Le principal défi sera de lever le capital nécessaire au lancement des activités de la banque. NewB mise avant tout sur les particuliers, qui se retrouvent bien dans son système de gouvernance, où chaque investisseur dispose d’une voix. Cela suffira-t-il? «Je comprends le scepticisme… Mais il ne faut pas sous-estimer les mouvements populaires tels que ces marches pour le climat. Nous comptons sur cet engouement pour apporter une solution bancaire à ceux qui ne se retrouvent plus dans les offres traditionnelles», conclut Bernard Bayot.

Camille Goret

Le soutien de la société civile
89 organisations de la société civile soutiennent NewB dans sa demande d’agrément auprès de la banque nationale. Pour la future banque, il s’agit d’une aubaine, puisque ces organisations pourront en faire la promotion parmi leur membres. On y trouve, entre autres, Médecins du Monde, Greenpeace, le CNCD 11.11.11, SOS Faim, Oxfam, la Mutualité Chrétienne… Pour Pierre Verbreren, directeur général de Médecin du Monde, cet engagement est logique. « Il est essentiel que les organisations de la société civile reprennent pied dans les outils de fondamentaux d’une société, et une banque en est un, comme un hôpital. » Pour l’ensemble des soutiens de NewB, l’objectif est de disposer d’une banque qui réponde aux attentes des citoyens.

 

Les premières activités
En parallèle à sa demande de licence bancaire, NewB lance une vaste campagne d’adhésion pour gonfler les rangs des coopérateurs actuels. Une part de coopérateur coûte 20 €. Ceux-ci sont invités à s’intéresser aux services bancaires déjà disponibles. NewB a notamment lancé la carte GoodPay, une carte de paiement Mastercard. A chaque paiement réalisé, 5 cents sont versées à l’une des organisations membre de NewB ou à la coopérative, afin de soutenir la future banque. Quelque 6.500 cartes sont actuellement en circulation. Elle a également lancé des solutions d’assurance (auto), qu’elle étendra « dans les prochains mois » avec des assurances pour habitation, vélo, et RD vie privée.