L’arbre, un support pour un foisonnement d’autres espèces

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Ph. Aurelien Audevard

Nous voilà au cœur de l’hiver. Maintenant dénudé, l’arbre n’offre plus au regard qu’un tronc en dormance. La période est idéale pour s’apercevoir que, loin d’être coupé de son environnement, il est lui-même un support pour un foisonnement d’autres espèces.

L’arbre peut être considéré comme un écosystème à lui tout seul. Il présente des caractéristiques physiques particulières qui vont offrir un habitat à certaines espèces animales, végétales et même aux champignons et aux bactéries. Ces espèces vont ensuite entretenir des rapports entre elles et avec l’arbre lui-même.

Une graine plantée par les oiseaux

Penchons-nous plus particulièrement sur les relations entre espèces différentes. On y découvre quelques surprises qui rendent admiratifs devant la complexité de l’évolution. Prenons le gui, visible entre tous quand est venu l’hiver. Lorsqu’il arrive à maturité, ses fruits sont mangés par les grives. Mais elles ne digèrent pas la graine et l’enveloppe visqueuse qui l’entoure. Elles sont donc expulsées par les fientes relâchées sur les branches, et y restent fixées grâce à la substance collante.

La graine, bien collée sur sa branche, puise dans ses réserves pour enfoncer une sorte de coin dans l’écorce de l’arbre, jusqu’à parvenir aux vaisseaux transporteurs de sève. Une fois bien implantée, elle suce l’eau et les sels minéraux de son hôte.

Des insectes qui digèrent des plantes grâce aux bactéries

L’arbre permet ainsi la survie de nombreux parasites. Les plus visibles, outre le gui, sont les champignons xylophages (qui se nourrissent de bois). Certains, très agressifs, s’attaquent à des arbres sains et peuvent provoquer leur mort prématurée. D’autres s’installent sur des individus déjà fragilisés et accélèrent leur dépérissement. De nombreuses espèces d’insectes sont également xylophages et se nourrissent de bois vivant, surtout au stade larvaire. Il est amusant de noter que plusieurs de ces insectes ne savent pas digérer par eux-mêmes la cellulose. Ils sont donc dépendants de bactéries ou de… champignons vivant dans leur système digestif pour accéder aux ressources nutritives.

Le règne fongique étant très varié, certains champignons développent une relation symbiotique avec l’arbre, par le biais de la mycorhize. En l’occurrence, les racines d’un arbre et les filaments souterrains d’un champignon s’associent plus ou moins étroitement pour s’aider mutuellement. Le champignon apporte des nutriments à l’arbre, mais offre également une protection physique et antibiotique contre les agents pathogènes présents dans le sol. En échange, l’arbre fournit au champignon des glucides. Le cèpe de Bordeaux, pour prendre un exemple appétissant, ne peut survivre qu’en association avec un arbre.

Ph. Stephane Barbier

Un trou creusé par des champignons et des pics

L’arbre entretient aussi des relations avec les oiseaux et les mammifères. Nombre de passereaux dépendent des arbres pour construire leurs nids et les placer à l’abri en hauteur. D’autres oiseaux et mammifères cavernicoles nichent à l’intérieur des troncs. Chauves-souris, pics, loirs, chouettes chevêches, lérots… un grand nombre d’animaux se servent de l’arbre comme habitat.

Plusieurs espèces profitent de cavités créées naturellement (par exemple lors de la rupture d’une branche) pour s’installer. Leur impact sur la santé de l’arbre est alors quasi-nul. D’autres cavités sont creusées. Les pics en sont les principaux artisans. Or, on se rend compte que le pic creuse le plus souvent le bois vivant lorsque celui-ci est déjà attaqué par des champignons. On peut donc parler de parasitisme, mais qui n’aggrave pas celui déjà présent. Finalement, ces trous seront utiles pour une faune variée comprenant également de nombreux insectes.

L’arbre est en fait impliqué dans une foule de relations écosystémiques que nous n’avons qu’effleurées ici. Il est toujours bon de s’en souvenir avant de penser à son abattage, quitte à maintenir dans l’ombre une parcelle du potager.