Vivez le périple d’une réfugiée syrienne avec le jeu vidéo « Enterre-moi, mon amour »

105

Un peu plus d’un an après sa sortie sur iOS et Android, «Enterre-moi, mon amour» s’invite enfin sur d’autres supports et débarque sur Steam et sur Switch. Mais est-ce vraiment un bon choix?

Derrière le jeu «Enterre-moi, mon amour», il y a une histoire vraie et un article paru sur LeMonde.fr le 12 décembre 2015 intitulé «Le voyage d’une migrante syrienne à travers son fil WhatsApp». La journaliste Lucie Soullier avait reconstitué l’exil de la Syrie à l’Allemagne de Dana S., réfugiée syrienne, à travers les conversations qu’elle tenait avec ses proches via la messagerie WhatsApp. Ce récit a été le point de départ pour Pierre Corbinais et Florent Maurin pour créer un jeu vidéo, sous la forme d’une «fiction narrative». Coproduit par Arte et validé aussi bien par la journaliste du Monde que par la migrante syrienne, «Enterre-moi, mon amour» est arrivé le 26 octobre 2017 sur iOS et Android pour une poignée d’euros.

Dans le téléphone d’une réfugiée

L’entièreté du jeu se déroule à travers l’interface d’un smartphone et plus particulièrement d’une messagerie instantanée. Le joueur incarne Majd, un homme resté à Homs tandis que sa femme, Nour, quitte la Syrie pour tenter de rejoindre l’Europe. Jour par jour et quasiment minute par minute, la jeune femme raconte son périple à son mari, c’est-à-dire vous, qui peut influencer ses choix à travers ses réponses. Doit-elle changer ses plans et rejoindre Izmir plutôt qu’Istanbul, doit-elle faire confiance à tel passeur ou à tel compagnon de route? On ne le comprend réellement qu’à la fin de l’aventure, mais avec ces dizaines de choix à effectuer, le joueur a le destin de Nour entre les mains. La jeune femme arrivera-t-elle en Allemagne comme dans l’histoire vraie qui a inspiré le jeu? Rien n’est moins sûr. En effet, il y a 19 fins différentes et les choix effectués peuvent vous emmener dans bien d’autres pays. Une fois l’aventure terminée une première fois, la rejouabilité est grande.

Malgré la grande sobriété du jeu, qui -rappelons-le- se limite à des messages, des smileys ou des photos à l’intérieur d’une conversation dans une messagerie instantanée, l’émotion est omniprésente. L’immersion est grande et il est difficile de ne pas rester insensible à l’histoire de ce couple. Il suffit de regarder les notes laissées au jeu sur le Google Play Store (4,4/5) et l’App Store (4,5/5) pour comprendre à quel point il a conquis les joueurs et les joueuses qui y ont joué.

Un portage qui pose des questions

Quinze mois après sa sortie, «Enterre-moi, mon amour» n’a rien perdu de son charme et de ses qualités narratives. Bien que le jeu ait été imaginé et conçu pour smartphone et tablette, depuis la mi-janvier, il est disponible sur Nintendo Switch mais aussi sur PC via Steam. Mais à l’heure où la quasi-totalité des possesseurs de ces supports ont dans la poche un smartphone Android ou iOS capable de faire tourner le jeu, y a-t-il une bonne raison d’opter pour ces nouvelles versions? Après y avoir joué sur Switch, la réponse nous paraît évidente: c’est non. Car si de nombreux jeux se prêtent parfaitement au concept hybride de la Switch, permettant d’y jouer à la fois sur un grand écran et en déplacement, ce n’est pas le cas d’«Enterre-moi, mon amour».

Le jeu a été conçu pour être joué en verticale et sur un écran tactile. S’il est possible d’y jouer sur la télé, ce n’est clairement pas la meilleure manière d’en profiter. En mode portable, alors que la Switch dispose d’un écran tactile, le portage a été créé pour y jouer avec les touches. L’immersion en prend donc un coup. Dans les options, il est possible de sélectionner un mode «vertical» mais cela nécessite de tenir la Switch dans une position inhabituelle et pas très pratique. Enfin et surtout, sur mobile, il était possible de jouer presque «en temps réel» en recevant des notifications à chaque nouveau message et en devant parfois attendre plusieurs heures, voire plusieurs jours, avant d’avoir des nouvelles de Nour. Sur Switch, les jours passent à toute vitesse et les conversations défilent de manière continue. Le jeu se termine ainsi en moins de 3h et perd une partie de son charme. Enfin, ces deux nouvelles versions qui perdent en fonctionnalités et n’ajoutent rien en termes de contenu, sont vendues 5 € sur Steam et l’Eshop de la Switch, contre 3,49 € pour les versions iOS et Android.

En conclusion

«Enterre-moi, mon amour» est un jeu intelligent, intéressant et bouleversant. Il propose une expérience vidéoludique unique sur le parcours d’une jeune réfugiée syrienne. Pour y jouer, on ne peut que vous conseiller de privilégier la version mobile disponible sur iOS et Android. Non seulement, le jeu y est moins cher (3,49 €) mais en plus, l’immersion y est bien meilleure. Néanmoins, si vous n’avez pas le choix, ces portages quelque peu ratés sur Switch et sur Steam méritent clairement les 5€ demandés.

Thomas Wallemacq

REVIEW OVERVIEW
Enterre-moi, mon amour
SOURCEThomas Wallemacq