Virginie Efira à l’affiche d’un duel mère-fils dans les steppes du Kirghizstan

340
Ph. D.R.

Plus rien n’arrête Virginie Efira ! L’actrice belge a conquis Paris et ne se contente plus des comédies romantiques qui l’ont rendue célèbre (’20 ans d’écart’). Radieuse lors du dernier Festival International du Film Francophone de Namur, et à peine sortie du tournage du nouveau film de Paul Verhoeven (‘Benedetta’), elle fait le point sur ses derniers projets. En commençant par ‘Continuer’, le nouveau Joachim Lafosse, cette semaine sur nos écrans.

‘Continuer’ raconte un duel mère-fils dans les steppes du Kirghizstan. Un mélange de tensions intimes et de paysages à couper le souffle, orchestré par le réalisateur belge Joachim Lafosse (‘A perdre la Raison’). Comment avez-vous abordé ce combat de titans ?

Virginie Efira: «C’était très flou. J’avais lu livre, je voulais jouer ce personnage et ça m’intéressait. Sauf qu’avec Joachim, le réalisateur prend l’histoire et la transforme pour atteindre sa vision. Ce n’était pas la mienne au départ, pour être honnête. J’ai dû me défaire de plein d’éléments du bouquin. La raison pour laquelle cette mère et son fils se déchirent est complètement différente. Ce n’était plus la même relation. Il a fallu suivre Joachim et lui faire confiance. J’aime bien ça, un réalisateur qui change les codes.»

Encore un rôle de mère rejetée par son enfant, quelques mois après ‘Un amour impossible’ de Catherine Corsini (pour lequel Virginie est nommée aux César 2019 de la meilleure actrice, NDLR)

«Oui, c’est marrant quand on y pense, j’ai joué beaucoup de femmes seules avec des enfants. ‘Continuer’ est intéressant car il part du principe que la maternité ou la paternité sont forcément déficientes, qu’on ne peut jamais réussir. Sybille, mon personnage, essaie de bien faire. Elle a connu des moments terrifiants dans sa vie, et se demande si, en tant que parent, on ne foire pas de toute façon. Dans ‘Un amour impossible’, où mon personnage, Rachel, découvre la relation incestueuse entre son compagnon et leur fille, il y a la même question : c’est quoi être une mère ? Mais Rachel se mure dans le silence. C’est révoltant car on voudrait la secouer, mais je pense qu’on ne peut tout simplement pas la comprendre si on n’a pas vécu son horreur. On a le droit de parler de gens qui ne sont pas dans la même situation que nous, mais quelque part, quand on est blanc, hétéro, et qu’on coche toutes les cases, il y a des choses qu’on doit accepter d’écouter sans comprendre.»

Votre carrière est en plein essor. Les cinéastes semblent vous faire de plus en plus confiance. Y a-t-il un rôle qui changé la donne ?

«Pour ’20 ans d’écart’, j’ai pu écrire avec le metteur en scène. C’était déjà une forme de prise en charge. Ensuite il y a eu ‘Victoria’, un vrai coup de foudre avec la réalisatrice Justine Triet. Ça a permis aux gens de se dire que je n’étais pas cantonnée à la drôlerie. Et quand tous ces professionnels te font confiance, tu te dis que tu peux le faire. Quand Paul Verhoeven (‘Basic Instinct’) te choisit pour son nouveau film, tu ne lui réponds pas : « Oh ben non alors, désolée, mais tu vois je viens de Belgique et j’ai présenté Mégamix alors je sais pas trop… » Non, tu le fais ! C’est ce que ce film ‘Benedetta’ raconte d’ailleurs. C’est l’histoire d’une femme qui sort complètement de la place qu’on lui a donnée. Elle se libère.»

‘Benedetta’ est un des films les plus attendus de 2019. Comment s’est passé le tournage ?

«C’était génial. On a eu la chance folle d’obtenir de l’argent pour un sujet si particulier (l’histoire d’une nonne du 15ème siècle jugée pour son homosexualité, NDLR). J’étais ravie de retravailler avec Paul Verhoeven, trois ans après ‘Elle’. Je suis complètement fan de lui. Le système américain n’est pas parvenu à le broyer. Il s’est glissé dans le formatage hollywoodien pour y glisser des choses très subversives. Il a une vraie science de l’image. Il voit tout ! C’est passionnant d’être aux côtés d’un gars comme lui.»

Stanislas Ide

En quelques lignes

Rien ne vaut un bon voyage en famille pour régler ses comptes ! Sybille emmène son fils Samuel au Kirghizstan pour le retrouver après une longue absence. A dos de cheval au milieu de paysages renversants, elle tente de renouer les liens avec lui. Mais Samuel ne voulait pas partir, et il compte bien le lui rappeler. Changement de cap pour ce huitième film du réalisateur belge Joachim Lafosse (‘A perdre la raison’, ‘L’économie du couple’). Il nous avait habitués à des histoires glauques en décors intérieurs, et nous voici dans une nature ouverte et majestueuse pour dessiner une réconciliation. Perdus dans l’immensité des steppes kirghizes, ses deux personnages se déchirent, se font la gueule et se hurlent dessus pour mieux se raconter l’un à l’autre. Cet affrontement incessant mais magnétique est renforcé par une mise en scène rapide, efficace et sans maniérismes. Lafosse va droit à l’essentiel et ose se reposer sur ses deux acteurs, magnifiques ! L’alchimie entre Virginie Efira (‘Le Grand Bain’) et Kacey Mottet-Klein (‘Keeper’) est palpable et fait basculer cette guerre amoureuse de l’intime vers l’universel. Un vrai cauchemar de vacances, mais un grand plaisir de cinéma.