Des espaces bruxellois pour apprendre à réparer au lieu de jeter

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ph. angélique vecray

Face à l’obsolescence programmée, et la tentation de remplacer nos bien usagés par du neuf, une solution économique, et surtout écologique, existe: la réparation. Une tendance qui, bien que de plus en plus absente ces dernières années, retrouve un nouvel essor avec les nombreuses structures d’apprentissage pour remettre à neuf soi-même ses biens du quotidien. C’est le cas de ces trois endroits bruxellois.

Un espace pour le faire soi-même

Créée il y a deux ans, l’asbl ‘Fais-le toi-même’ s’est fait un nom dans le paysage bruxellois grâce à ses nombreux, et diversifiés, cours de travaux manuels et créatifs. Cette dernière offre aussi un espace de travail partagé pour ceux qui n’ont pas la place de se lancer dans des travaux de réparation chez eux comme l’explique Lucie Laffineur, l’une des fondatrices.

Ph. fais le toi meme

Comment est née l’idée du projet ‘Fais-le toi-même’?

«Ça remonte à un peu plus de deux ans et demi. Le but premier de ‘Fais-le toi-même’ c’était vraiment l’émancipation par le savoir-faire manuel et créatif. Quand on fait quelque chose soi-même, on y est plus attaché. Du coup, on jette moins facilement, on répare plus et ça engendre toute une autre façon de consommer.»

Comment sont sélectionnés les sujets des cours?

«On essaie de faire en sorte qu’il y ait toujours un rapport à l’économie circulaire, à la récup’, au zéro déchet. Ou bien qu’il y ait un rapport vraiment artistique d’une pratique que l’on ne trouve pas ailleurs et qui sort de l’ordinaire, mais toujours dans le respect de l’environnement.»

Vous proposez également un espace de travail.

«Oui c’est un atelier partagé, accessible du mercredi au dimanche de 11h à 17h. On propose aux gens de pouvoir louer un établi et d’utiliser notre espace et nos outils pour faire leurs propres créations. C’est en libre-service si les personnes connaissent déjà les outils. S’ils ont besoin d’aide, que ce soit à la création, à la réalisation du projet ou à la conception et à l’utilisation des outils, on propose également un accompagnement. C’est un abonnement à l’heure, à la journée ou au mois, ça dépend du projet de la personne.»

Pourquoi appeler cela une matériauthèque?

«Puisqu’en plus des outils sur place, on a un partenariat avec une menuiserie qui est proche de notre atelier et toutes les semaines on récupère les chutes de bois qui iraient à l’incinérateur. En prenant un abonnement à l’atelier partagé, les gens peuvent se servir dans le bois. Mais on a aussi de la quincaillerie de récupération et de la peinture. Donc les gens peuvent piocher là-dedans pour faire leur projet.»

Ph. fais le toi même

Faisletoimeme.be

 Un atelier de réparation à domicile

C’est en s’intéressant plus en détail à la chaîne de fabrication des vêtements que Marine de Waziers a décidé de lancer Wear Pool. Un concept de pop-up store qui propose des vêtements de seconde main triés sur le volet et dont l’étiquette a été retirée pour favoriser un achat coup de cœur. Mais ce n’est pas tout, puisqu’il est également possible de venir réparer ses pièces sur place et d’organiser des cours de réparation chez soi.

Ph. Pool

Comment est née l’idée de Pool?

«C’est en réalisant le nombre de problèmes qu’il y avait dans l’industrie de la mode que j’ai monté Pool, avec l’idée de changer la manière de consommer. J’ai commencé par la seconde main mais je réparais également beaucoup de vêtements que je recevais. C’est de là que m’est venue l’idée des ateliers de réparation durant lesquels les gens travaillent sur leurs propres vêtements. Ça leur permet de reporter des vêtements qu’ils gardaient dans leur armoire mais qu’ils ne portaient plus parce qu’il y avait un petit trou ou qu’il manquait un bouton.»

Comment se fait l’accès aux machines à coudre?

«On peut faire des ‘set up’ ou des événements privés chez les gens. C’est vachement sympa. Si un groupe de copains se réunit (trois personnes au minimum), on vient avec les machines et tous les outils pour pouvoir faire des réparations. Quand on est tout seul chez soi on n’a pas forcément le bon bouton ou la bonne couleur de fil, alors on ne le fait pas. Par contre, quand tous les outils sont là, les gens vont jusqu’à faire trois-quatre pièces par atelier et réussissent finalement à s’occuper de leur petite pile qui traîne dans l’armoire.»

Et comment ça se passe lorsque vous avez un pop-up store?

«Dans ce cas, l’idée c’est que les gens puissent passer quand ça les arrange. Les machines sont à disposition, les gens peuvent venir faire les réparations qu’ils ont envie de faire.»

Ph. pool

www.facebook.com/wearpool

 

Les Cadavres Exquis asbl

C’est au sein de sa boutique – atelier Les Cadavres Exquis asbl, véritable caverne d’Ali Baba du textile de seconde main, que Nathalie Briot accueille les apprentis couturiers pour leur transmettre sa passion. Un savoir-faire qu’elle met à l’œuvre à travers la revalorisation, la customisation, la confection sur mesure mais également la réparation de vêtements. Un concept accessible à tous et à tout moment.

Ph. angélique vecray

Quelle est l’essence du projet des Cadavres Exquis Asbl?

«Je suis dans la réparation, la transformation et la customisation à partir de vieux vêtements, de ce qui se trouve dans nos armoires. On avait des tissus magnifiques avant comme les rideaux de nos grands-mères, les fourrures, les manteaux en laine… La récup’, c’est vraiment la base même du projet. C’est ça qui est inspirant. Mon métier est de donner de la valeur aux choses. On fait de l’éducation à l’environnement, vu qu’on agit contre la consommation actuelle.»

Quelles sont les formules proposées?

«On a des cours individuels ou en groupe. En groupe, nous proposons un programme où nous abordons la réparation ou la transformation de pantalon en boléro par exemple. En individuel, c’est à la carte, c’est-à-dire que vous venez avec votre tri de garde-robe et l’on regarde ensemble tout ce qu’il est possible de faire. Ce sont les gens qui font leur propre programme, il suffit de réserver deux jours à l’avance. On est dans la formation non formelle, ludique, le but c’est de donner pas mal de cours de confiance en soi en apprenant à agir sur la matière. Il y a beaucoup de gens qui viennent en ne sachant pas coudre.»

Il est donc possible de venir réparer certaines pièces?

«Oui, les gens peuvent venir apprendre à réparer leur jeans, leurs trous de mites, une tirette… On a déjà eu des poussettes à réparer, tout ce que les cordonniers et les couturières ne feraient plus. On nous a apporté un manteau qui avait plus de 100 ans la semaine passée. Il était d’une qualité extraordinaire, mais usé jusqu’à la corde. Ça en valait la peine! Soit on donne des cours de couture pour apprendre aux gens à réparer, soit on offre le service de le faire, mais de préférence sur des choses qui ont une valeur sentimentale.»

Les Cadavres Exquis asbl

139, Chaussée d’Alsemberg, 1060 Bruxelles

ph. angélique vecray

Lescadavresexquis.be

Laura Sengler