Un agriculteur qui restaure le bocage en plantant des haies

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Ph. Christophe Collas

Pour restaurer la biodiversité en milieu agricole, Natagora replante chaque année plusieurs dizaines de kilomètres de haies. Reportage chez un agriculteur de Durbuy, lors de la plantation d’une douzaine de kilomètres et plusieurs arbres isolés.

Au sud-ouest d’Oneux, hameau de la commune de Durbuy, se situe un bloc de plusieurs dizaines d’hectares de prairies et de champs cultivés, entrecoupé de quelques clôtures de fils barbelés. Un paysage assez homogène que Sébastien Lens est bien décidé à transformer. Le jeune agriculteur, qui exploite une partie des terres de l’endroit, met en œuvre une approche très respectueuse du sol et de la biodiversité. Il a donc fait appel à l’équipe du LIFE Pays mosan de Natagora. Ce projet vise notamment la restauration d’un réseau de haies de plus de cinquante kilomètres, favorable au redéploiement de la vie sauvage.

Colonie de grands rhinolophes

«Sébastien nous a contactés il y a quelques mois pour créer un véritable maillage de haies sur son exploitation, explique Frédéric Degrave de Natagora. Cette dernière se situe à proximité immédiate de la grotte où a été découverte il y a deux ans la plus grande colonie de grands rhinolophes de Wallonie.» La restauration du bocage environnant permet donc d’aider cette espèce de chauve-souris fortement menacée.

Ce matin dix ouvriers retroussent donc leurs manches pour planter une douzaine de kilomètres de haies sur l’exploitation de Sébastien. Quinze mille plants sont triés sur place pour être placés, un par un, le long des parcelles. Quelques arbres isolés, chênes, merisiers, tilleuls, compléteront l’ensemble.

Couloirs écologiques essentiels

Les haies sont constituées d’une majorité d’aubépines (environ 50%), complétées par des cornouillers, des viornes, du fusain, du noisetier, du charme, de l’érable champêtre, du troène ou encore du sureau. Frédéric précise: «L’aubépine, essence utilisée traditionnellement pour former les haies, est un arbuste qui peut vivre très vieux, et les haies d’aubépine de plus de deux cents ans ne sont pas rares.» Pour l’agriculteur, les haies servent avant tout de délimitation et de clôture. Elles permettent aussi de protéger les troupeaux de la pluie et du vent et apportent une ombre nécessaire durant l’été. Leur action antiérosive est importante sur ces sols peu productifs. Mais les haies constituent par ailleurs des «couloirs écologiques» essentiels pour de nombreuses espèces qui, comme les petits mammifères, peuvent y trouver refuge ou les utiliser pour se déplacer. Elles attirent également les pollinisateurs qui apprécient leurs fleurs, les oiseaux qui se nourrissent de leurs baies ou y construisent leurs nids, et les chauves-souris qui les parcourent la nuit, à la recherche d’insectes.

«L’affaire de tous!»

Dans quelques années, les haies auront atteint une hauteur de plus de deux mètres. Sébastien, qui dispose du matériel nécessaire, les entretiendra lui-même. Un entretien qui est d’ailleurs souvent une contrainte pour les agriculteurs, et qui ne les incite pas à conserver ces structures. «On reproche souvent aux agriculteurs d’arracher les haies, remarque Frédéric. Mais d’un autre côté, ils ne reçoivent guère de soutien pour leur entretien. Heureusement, des initiatives récentes tentent d’inverser la tendance et visent à rendre leur place aux arbres dans les campagnes».

Sébastien Lens, l’agriculteur, explique sa démarche: «Au départ, j’ai pensé «haies» pour limiter le ruissellement d’intrants chimiques sur mes parcelles, en bio, et aussi limiter l’érosion. Mais l’aspect biodiversité est également important. Je ne savais pas que la plus grande colonie de grands rhinolophes gîtait à quelques kilomètres; mais tôt le matin, j’en vois toujours trois ou quatre qui volettent autour de moi. Et bien sûr, l’aspect paysager est essentiel. D’ici trois ans, quand les haies auront poussé, on aura un bon retour. Je compte dessus pour convaincre mes collègues!»

Benoît Vignet

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