Rencontre avec le maître du thriller M. Night Shyamalan à propos de « Glass »

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Glass’, le nouveau film du réalisateur américain d’origine indienne M. Night Shyamalan, est peut-être bien le plus ambitieux qu’il ait réalisé jusqu’ici. Il réunit en effet deux de ses précédents thrillers: les films de super-héros ‘Unbreakable’ (‘Incassable’) et ‘Split’. Le but: scotcher le spectateur à son siège. Pour cela, Shyamalan dispose de l’expérience nécessaire, comme le savent tous ceux qui ont vu ‘The Sixth Sense’, ‘Signs’ ou ‘The Village’.

M. Night Shyamalan: «La peur est très présente dans ma vie. Je vois des problèmes partout. Mais j’y travaille. J’essaie de me sentir plus à l’aise avec l’incertitude, avec les choses que je ne comprends pas et que je ne contrôle pas. Il existe un terme psychologique pour cela: la capacité négative. ‘Glass’ est une histoire de super-héros. Eh bien, la capacité négative est le superpouvoir que j’aimerais posséder, car je me fais constamment du souci. Cette peur m’aide néanmoins en tant que narrateur, car je peux passer ces sentiments dans mes histoires.»

D’après vos acteurs, tout se passe de manière extrêmement sérieuse sur vos plateaux de tournage. Est-ce aussi lié à cette incertitude?

«Certainement. J’aime bien faire de longues prises, et il est donc important que les acteurs connaissent leur texte sur le bout des doigts et sachent ce qu’ils doivent faire, à quel moment. Et les cameramen doivent bien tenir les acteurs à l’œil, afin de pouvoir capter parfaitement les émotions. Tout est défini de manière très précise, il n’y a donc pas de place pour la fantaisie. Je ne suis pas un gai luron quand je fais un film. Je pense constamment que ça va mal se passer. Non pas que je traite mal mes acteurs et mon équipe, mais je suis extrêmement concentré et sérieux. Pas de folies chez moi.»

‘Unbreakable’, ‘Split’ et maintenant ‘Glass’ forment une trilogie, mais vous n’aviez jamais dit que vous pensiez à une trilogie. Pourquoi?

«J’ai du plaisir à jouer avec les attentes du spectateur. C’est pourquoi j’ai aussi la réputation de donner toujours une fin surprenante à mes histoires. Je trouve que cela donne un peu une image tronquée. Ce que j’aime faire, c’est de ne pas donner toutes les informations au spectateur, mais de lui en donner juste assez pour suivre l’histoire. En général, il en sait autant que le personnage principal. Au bout du compte, il s’avère que l’histoire est beaucoup plus vaste que ce qu’il croyait. J’adore écarter le rideau et révéler ce qui se cache derrière. ‘Glass’ fait exactement pareil. La question initiale, c’est pourquoi il n’y a que trois super-personnages, et il y a une psychologue qui est persuadée que ces trois personnages ne sont en réalité pas du tout dotés de pouvoirs surnaturels. Jusqu’à ce qu’une vérité plus grande apparaisse.»

Dans ‘Glass’, vous utilisez deux scènes que vous avez coupées de ‘Unbreakable parce qu’elles ne cadraient pas avec ce film au niveau du ton. Pourquoi convenaient-elles à ‘Glass’?

«L’une de ces scènes, celle où le jeune Elijah vit une chose horrible à la foire, était beaucoup trop longue. Le problème, c’était la durée plutôt que le ton, et il y a 20 ans, je n’avais pas encore assez d’expérience pour résoudre cela. Maintenant, j’ai beaucoup coupé cette scène et elle trouve sa place ici. Je suis très content qu’elle soit maintenant dans ce film, car j’ai toujours trouvé que c’était une bonne idée. Un enfant auquel il arrive quelque chose de grave à un endroit qui devrait laisser de beaux souvenirs, c’est terrifiant. La seconde scène, une conversation à voix basse entre Bruce Willis et son jeune fils, ralentissait trop l’action dans ‘Unbreakable’, mais me semblait en revanche un beau moment intime dans ‘Glass’. J’ai d’ailleurs longtemps envisagé d’utiliser également une troisième scène coupée, une conversation entre Bruce et un prêtre.»

Vous aimez raconter des histoires avec un petit côté surnaturel. Avez-vous déjà vécu vous-même quelque chose de surnaturel?

«Je n’ai jamais vu d’ange ou de fantôme, mais j’ai en revanche toujours eu le sentiment qu’il y a plus que ce que nous savons ou pensons. Cela vient peut-être de mes origines indiennes. Croire ainsi au surnaturel fait partie de cette culture. Je suis un hindou qui a passé dix ans dans l’enseignement catholique. Ce genre de choses laisse des traces. (rires) Je vis en outre dans une vieille région de Pennsylvanie où l’on entend beaucoup d’histoires sur des esprits. J’ai donc parfois le sentiment qu’il se passe quelque chose que je ne peux pas comprendre, et alors mon imagination se met en action.»

On pourrait dire que tous vos films sont, en fait, des paraboles religieuses.

«C’est le cas. Au bout du compte, il s’agit toujours de la croyance en des choses que les personnages ne peuvent pas voir. Des esprits, des créatures extraterrestres, des figures mythologiques, des super-héros, des monstres, tout cela revient au même.»

Ruben Nollet

En quelques lignes

Il y a vingt ans, M. Night Shyamalan avait développé une idée simple dans ‘Unbreakable’ (‘Incassable’): deux hommes (Bruce Willis et Samuel L. Jackson) découvrent qu’ils sont en réalité des super-héros, l’un étant un héros et l’autre un vilain. Il y a deux ans, avec ‘Split’ le réalisateur avait pondu une autre idée, moins émouvante certes, mais efficace: un homme (James McAvoy) atteint du trouble de la personnalité multiple, qui porte en lui, entre autres, un monstre super-costaud. À la fin de ce film, Shyamalan nous réservait un de ses twists dont il a le secret: ‘Unbreakable’ et ‘Split’ étaient liés. Dans ‘Glass’, les deux histoires se rejoignent. Les trois super-personnages se retrouvent dans un hôpital psychiatrique, où ils sont soignés par une psychologue (Sarah Paulson) qui est persuadée que leurs ‘superpouvoirs’ sont en réalité des fantasmes. Bien entendu, il y a beaucoup plus que ça, mais à l’inverse des fois précédentes, Shyamalan ne parvient pas à en faire un thriller palpitant. ‘Glass’ démarre certes de façon prometteuse avec une première confrontation entre Willis et le monstre de McAvoy, et on s’amuse énormément des changements de personnalité de McAvoy. Mais dès que l’action se déplace vers l’hôpital psychiatrique, Shyamalan s’enlise désespérément. Théories psychologiques interminables, personnages qui se comportent de manière totalement invraisemblable, scènes trop explicatives, tout cela est tellement agaçant qu’on s’en fiche complètement et la tension retombe très vite. Peu importe le nombre de rebondissements que nous réserve Shyamalan. (m) 2/5