L’intuition, cette petite voix qui nous veut du bien

Chacun de nous à un jour ressenti ce sentiment furtif venu de nulle part lors d’une situation bien particulière. Connue de tous, l’intuition reste pourtant encore un grand mystère pour la science. Et pourtant, elle tient une place importante dans notre vie si on sait lui accorder l’attention nécessaire comme l’explique Lydie Castells, auteure de l’ouvrage «L’intuition, et si on l’écoutait vraiment?».

L’intuition est un sujet qui passionne autant les scientifiques, que les grands penseurs de toutes les époques. Pourquoi cet intérêt?

Lydie Castells: «C’est quelque chose qui interroge, parce qu’on ne la comprend pas et on ne sait pas d’où elle vient. On voit bien qu’elle passe par l’être humain, le corps, le ressenti… mais ça ne provient pas d’un sens. On pense souvent qu’il s’agit d’un sixième sens, alors qu’elle n’est absolument pas une réaction au toucher ou à une vision. D’ailleurs, la plupart des penseurs et des chercheurs se sont aperçus que sans rien demander, ils pouvaient avoir de temps en temps une information qui leur tombait du ciel. Il faut savoir que 88% des prix Nobel estiment avoir fait leur découverte grâce à l’intuition. Einstein a d’ailleurs dit que c’est un don sacré.»

Il semble très difficile de déterminer l’origine de l’intuition. Quel est le point commun entre toutes les théories?

«Il y a ceux, souvent issus de la psychanalyse ou de la psychologie, qui pensent qu’il s’agit d’un pont entre l’inconscient et le conscient. Certains, comme Spinoza, estiment que c’est un pont entre notre cosmos intime et le cosmos extérieur. C’est pour ça que l’appelle le chuchotement d’une dimension universelle, parce que ça vient de l’extérieur et que ça raisonne à l’intérieur de nous.»

Ce rôle de pont est également lié à notre état de stress au quotidien.

«Ce qu’explique le Dr Fradin dans son livre ‘L’intelligence du stress’, c’est qu’un stress est provoqué lorsque l’on dénie ce que nous indique l’intuition et que l’on passe à côté de cette information.»

Comment peut-on définir l’intuition de manière générale?

«C’est l’expression d’une fulgurance que l’on reçoit pour pouvoir nous guider sur notre chemin.»

Pourquoi avons-nous alors encore autant de mal à la prendre en considération?

«Tout simplement parce que nous sommes totalement paralysés par nos peurs et nos doutes. Nous avons tellement peur de nous tromper que nous allons préférer nous référer à des éléments tangibles, un raisonnement, des réflexions ou des preuves plutôt que de s’appuyer sur un ressenti qui jaillit et qui repart aussi vite. Ça ne sert à rien de chercher à développer son intuition tant que le mental ne sera pas convaincu que c’est une alliée. Quand vous êtes face à vous-même dans la vie et que vous devez prendre une décision importante, si votre mental considère que l’intuition n’est pas fiable, alors vous ne l’écouterez pas. La clé c’est d’abord de convaincre son mental qu’il s‘agit d’une perle, d’un outil d’adaptation extraordinaire.»

Ça paraît pourtant légitime que les gens se basent sur leurs expériences pour prendre leur décision plutôt que sur l’intuition.

«Exact. L’idée, c’est d’accepter que lorsque l’on ressent quelque chose que l’on n’a pas demandé, il faut déjà apprendre à la reconnaître. Ce n’est surtout pas de l’émotion, c’est quelque chose de neutre.»

Il faut donc accorder de la valeur à son intuition. La confiance en soi joue un rôle essentiel là-dedans.

«Le manque de confiance est un des freins majeurs à l’écoute de cette intuition. Comme l’intuition s’exprime au travers de notre être, si je n’ai pas confiance en moi, je n’ai pas confiance en ce qui émane de moi. On peut d’ailleurs faire de petites expériences pour tester son intuition. Par exemple, en choisissant un bar pour lequel on a le meilleur ressenti pour aller boire un verre et voir par la suite comment ça se passe sur place et si ça correspond à notre intuition. Sachant que de temps en temps on se trompe avec les préjugés.»

Quand on rencontre quelqu’un et que l’on a un mauvais pressentiment, comment fait-on pour différencier l’intuition de nos préjugés?

«Le préjugé c’est quelque chose qui va nous parler par rapport à un ressenti connu. Par exemple, si une personne ressemble à une personne que je ne supporte pas, je vais moins facilement l’aimer. Alors que l’intuition nous donne une information que l’on n’est pas allé chercher. Cette dernière est également neutre tandis que le préjugé est empli d’émotions.»

Quels sont les autres freins à la compréhension de son intuition?

«Le principal frein est la peur de se tromper. Il faut donc déconstruire le fait que l’intuition n’est pas fiable. Quand on lit Descartes, le père de la rationalité, qui dit que la déduction et l’intuition permettent de parvenir à la vérité, notre mental est obligé de convenir que c’est un outil ultra-fiable et que l’on gagnerait à l’écouter. L’idée ce n’est pas comment je développe mon intuition mais comme je développe l’écoute de cette intuition. Après, l’outil le plus efficace pour le développer est de faire de la méditation quotidiennement.»

La méditation est donc la clé même pour développer son intuition?

«La clé est de réapprendre à se mettre dans le présent grâce à la méditation. C’est-à-dire se poser, se retrouver avec soi et écouter ce qui émane de nous. En fait, c’est apprendre à notre être qui court de façon effrénée dans sa vie à être dans l’instant et élargir sa conscience. Comment voulez-vous, quand on est concentré sur le futur ou sur le passé, être capable d’entendre cette espèce de fulgurance, ce chuchotement qu’est l’intuition.»

Laura Sengler

«L’intuition. Et si on l’écoutait vraiment?», Lydie Castells et Bernard Castells, éditions Eyrolles, 200 pages, 16€