Eric Antoine vient présenter son «Best Of» à Forest National

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Photo Renaud Corlouer

Il y a les magiciens, et puis il y a les humoristes. Eric Antoine, lui, a décidé d’être les deux, de créer son propre créneau, d’inventer son style, et finalement d’être dans l’air du temps. Avant son spectacle «Best Of» qui aura lieu à Forest National ce 18 janvier, il est venu nous parler de ce métier si particulier.

Les chanteurs font souvent des ‘best of’. Mais les magiciens-humoristes moins. D’où est venue cette idée?

« Déjà, il y a peu de magicien-humoriste. Tu n’as pas dû en interviewer beaucoup (rires). En fait, ça fait 12 ans que je fais de la télévision et j’ai calculé que j’avais près de 12 heures de matériel inédit, en plus de mes quatre spectacles. Je me suis dit qu’il était temps d’avoir un petit regard vers le passé avant d’écrire le prochain. Et le futur spectacle prend déjà une autre direction. Donc, j’avais besoin de fermer cette période en présentant un ‘best of’. Et puis, c’est assez jouissif puisque je vis une période où ma carrière est plutôt dans une bonne passe, tout va très bien, la notoriété grandit, mon amitié avec le public est de plus en plus profonde. Et la scène me manquait. J’avais fini mon précédent spectacle en 2016, et comme le suivant n’arrivera pas avant 2020, il fallait que je présente quelque chose parce que la scène, c’est ma vie. »

Comment fait-on un choix dans cette masse?

« Selon plein de choses. Ce qui est dans l’air du temps, le mélange d’ancien et de nouveau, des choses très connues et d’autres qui le sont moins, mais aussi selon le choix du public. Il y a une application sur Facebook qui fait que tous les spectateurs peuvent voter pour leur numéro favori. »

Une bonne illusion fait-elle obligatoirement un bon sketch?

« En général, ça va de pair. Quand le tour est très bon, le numéro est également drôle. En fait, il y a une dichotomie entre ces deux arts. Quand tu vois un tour de magie, tu te poses ensuite toujours la question ‘Mais comment a-t-il fait?’ Alors que, quand tu vas écouter un humoriste, tu es tout de suite à l’écoute de la prochaine vanne. D’un côté, tu regardes le passé, et de l’autre tu es déjà dans le futur. Parfois, l’humour peut en effet tuer la magie parce qu’il enlève de son prestige, de sa superbe. Et pourtant, c’est cela que j’aime. Les magiciens veulent souvent rester sur leur piédestal, mais moi, j’aime quand il se prend les pieds dans le tapis. J’aime la couillonnerie et l’extraordinaire conjugués. Les deux fonctionnent bien mais peuvent aussi être a contrario, c’est vrai. »

Tout doit être sous contrôle pour un tour de magie. Mais comme faire quand on a, comme vous, tellement d’interactions avec le public?

« C’est beaucoup, beaucoup de travail. La magie, c’est l’art de la dissociation. Tu vas montrer avec une main en faisant un mouvement rapide, tout en cachant ce que l‘autre fait dans un mouvement lent. L’humour, c’est encore un autre travail. C’est la surprise. Ça peut donc brûler quelques neurones. Par exemple, j’ai fait beaucoup d’émissions chez Michel Drucker. Les copains y écrivent un sketch, le mettent au prompteur et puis le jouent. Moi, j’étais obligé d’apprendre le tour, de me le mettre dans les mains, de ne pas le louper parce que c’était des inédits, et en plus d’apprendre le texte par cœur, parce que c’est impossible de lire. Donc, ça amplifie la difficulté. »

Vous donnez parfois l’impression d’être en roue libre alors que tout est maîtrisé.

« En fait, non. Je me permets des vrais moments de roue libre. Je laisse des espaces dans la magie où je ne suis pas sous l’emprise de la technique. Je peux alors me permettre d’être juste comédien. Mais c’est vrai que cela peut parfois mettre en danger la magie. Surtout que j’ai tendance à faire ça au mauvais moment. Mais c’est d’autant plus drôle que cette difficulté crée l’accident, et que cela impose alors encore plus d’improvisations. En fait, la création, c’est toujours en terre inconnue. »

Et ces improvisations intègrent alors les spectacles suivants?

« Oui, très souvent. Mais c’est régulièrement le cas pour tous les humoristes. On écrit des vannes, on les présente au public, certaines marchent mieux que ce que l’on croyait, d’autres pas. C’est là que tu dois rentrer dans ce que l’on appelle les improvisations à tiroir. C’est-à-dire que tu as tellement improvisé sur scène en ayant tellement de textes en tête, que tu vas sortir les choses différemment ou dans un autre ordre. »

Quand on est dans cette improvisation et cette interaction, cela peut déboucher sur des tours ratés?

« Ça m’est arrivé de louper des tours parce que j’étais trop concentré sur l’interaction. J’étais trop emporté par le délire que je laissais moins passer l’énergie magique. Mais cela m’est aussi arrivé de rater un tour parce que c’est une virtuosité, une technicité particulière. C’est comme dans un morceau de piano, tu peux louper une note. »

Comment écrit-on un spectacle de cette nature? D’abord les illusions?

« Il y a plein de méthodes d’écriture de magie. Par exemple, une fois j’ai lu une BD dans laquelle on voyait une femme dans sa baignoire dont les pieds se retournaient et venaient lui toucher le nez. Je me suis dit que c’était un bon tour de magie. J’ai créé l’illusion, puis je sortais de ma baignoire sec et habillé avec une sirène et un homme-grenouille. J’ai rajouté plein de niveaux. Mais parfois je peux revisiter un classique comme la carte perdue puis retrouvée, en le faisant avec la langue ou en le ratant 20 fois, etc. Par moments, c’est le texte, une vanne ou une pensée qui vient. Baudelaire disait: ‘L’enfance, c’est le génie retrouvé à chaque instant’. Je suis donc parti de cette citation pour réfléchir au moyen de rendre l’enfant génie. Mais ça peut aussi venir d’une observation, d’un mec qui dit une connerie dans la rue, etc. Pour mon prochain spectacle, j’écris pour la première fois avec un autre humoriste qui s’appelle Jérémy Ferrari. Et pour le coup, on écrit d’abord le fond, et ensuite les tours viendront. »

On peut s’attendre à des invités sur la scène de Forest National?

« Oui, il y aura des surprises, des gens connus, mais je préfère laisser le plaisir aux gens qui seront là. Il y aura notamment des humoristes belges. »

Pierre Jacobs

Eric Antoine sera à Forest National ce 18 janvier pour son «Best Of»