La mésange devenue tueur en série à cause du réchauffement climatique ?

1236
Ph. BORIS ROESSLER / DPA / AFP

Les mésanges charbonnières et les gobe-mouches noirs avaient jusqu’à présent partagé tour à tour le même milieu de vie voire le même nid, sans heurt. C’était jusqu’à ce que le réchauffement climatique vienne perturber cette harmonie, comme le démontre l’étude publiée dans Cell Press et relayée par Le Figaro ce vendredi 11 janvier.

La mortalité des oiseaux mâles gobe-mouches a augmenté jusqu’à 8,9 % entre 2007 et 2016. Ce chiffre est tiré de l’étude de deux chercheurs hollandais et parue dans Cell Press. Et c’est une autre espèce d’oiseau qui est responsable de ce chiffre. La mésange charbonnière tend à devenir un véritable tueur en série depuis quelques années à cause du réchauffement climatique.

Le rythme des mésanges décalé à cause de la douceur des hivers

Les deux espèces vivent au même endroit mais pas au même moment. Les gobe-mouches noirs migrent dans des zones moins froides pendant l’hiver, en Afrique de l’Ouest, et reviennent en Europe ensuite. Au contraire, la mésange charbonnière reste au même endroit et est confrontée directement à la hausse des températures pendant l’hiver. « Cet oiseau se nourrit principalement de chenilles. Avec les hivers qui deviennent de plus en plus doux, les chenilles prolifèrent plus tôt qu’auparavant, ce qui a totalement décalé les mésanges », a confié au Figaro, Élie Gaget, chercheur à l’Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, de la Tour du Valat.

A cause de ce décalage des mésanges, les deux espèces se rencontrent, ce qui n’arrivait pas auparavant. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la cohabitation n’est pas des plus pacifiques. « Désormais, de retour de leur grand voyage, les gobe-mouches trouvent leurs niches occupées par des mésanges en pleine couvaison. Les mésanges mâles se montrent particulièrement agressives pour défendre leurs progénitures », développe Elie Gaget. Couic les gobe-mouches…

Lors du pic de ponte, les gobe-mouches ont encore plus de chance de mourir

Plus les hivers sont chauds, plus les mésanges sont nombreuses à occuper des nichoirs et donc plus les mâles gobe-mouches auront de probabilité de se faire tuer. Lorsque l’arrivée des femelles gobe-mouches coïncide avec le pic de ponte des mésanges, les mâles avaient encore plus de chances de mourir.

Malgré cette mutation du comportement et du climat, les deux espèces ne risquent pas de disparaître. Les mésanges tuent souvent les mâles gobe-mouches rentrant tard de leur migration. Élie Gaget explique également au Figaro que «chez les oiseaux, les mâles les plus forts rentrent en premier. Les derniers sont souvent les plus fragiles. Dans le cas présent, ils se font tuer par les mésanges mais ils n’auraient probablement pas eu de descendance ». Donc mésanges ou pas, leur chance de survie était quasi nulle. C’est la dure loi de la nature.