La biodanza : entre danse libre et câlinothérapie

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Dans nos sociétés hyper « civilisées », nous avons relégué notre sens du toucher au rayon des comportements inappropriés. Pourtant, selon Pascal Cambier, professeur de biodanza, l’humain a besoin de contact pour se sentir épanoui. Ses cours permettent de danser et de se défouler en toute liberté et sans jugement, tout en entrant en contact physique avec des personnes du groupe par le biais de petits exercices faciles.

La « biodanza » a été inventée au Chili dans les années soixante, par Rolando Toro. Cet anthropologue et psychologue travaillait en institut psychiatrique et avait remarqué que la pratique de la danse libre accompagnée de musique apportait un réel mieux à l’état psychologique des patients. « Bio », ici, se rapporte au mot « vie ». « Dans toutes les cultures, la danse est présente comme un rituel. L’idée d’atteindre une sorte de transe via les mouvements du corps conduisent en réalité à un état de relaxation, voir de méditation », explique Pascal Cambier qui m’accueille pour un cours d’essai en précisant que la biodanza telle qu’il la pratique se focalise également sur le contact entre les participants.

Laisser son corps s’exprimer

« Il n’y a pas de niveaux, pas de compétition, pas de stress », nous précise d’emblée le professeur qui insiste sur le fait que du coup, tout le monde peut participer, à 18 comme à 80 ans, car chacun bouge à son rythme. Concrètement, après que le groupe se soit réuni en cercle pour de brèves présentations (et éventuellement pour exprimer son état d’esprit du moment), on se lève et on se met en mouvement tranquillement sur des musiques entraînantes. Chacun danse et s’approprie l’espace comme il le souhaite. Nous sommes en boîte de nuit, boules à facettes et gros lourds en moins. Je ne vous cache pas qu’au début, c’est assez gênant de commencer à danser devant une dizaine de gens que l’on n’a jamais vu, comme ça, en pleine lumière, un jeudi soir, dans un hall de sport d’athénée. Mais finalement, je m’habitue très vite. Au fond, on est tous logés à la même enseigne. C’est un peu comme quand vous expérimentez un spa nudiste : après les blocages psychologiques dictés par la pudeur, on se dit qu’on est tous fait pareil et que le jugement ou la comparaison n’ont pas leur place ici. Alors, c’est partiiiii ! En même temps, qui résisterait aux meilleurs tubes de Michael Jackson ou de Queen…

Le contact et le regard

Après notre « échauffement », Pascal nous demande de danser deux par deux en se tenant la main. Puis épaule contre épaule, tête contre tête… ensuite, les yeux dans les yeux… Là aussi, il faut pouvoir passer outre ses réflexes de mise à distance et de protection de notre bulle personnelle. D’ailleurs, à côté des personnes qui sont en manque de contact, Pascal Cambier voit souvent venir à ses cours d’autres individus qui justement n’en ont plus envie, n’y arrivent plus. « Je viens ici pour permettre à mon corps de renouer le contact avec l’autre. J’ai vraiment du mal à ce que les gens me touchent ou m’approchent de trop près », m’explique justement une de mes partenaires de danse ce soir-là.

Et cela passe parfois rien que par le regard. « Nous ne nous plongeons que rarement dans le regard de l’autre ; pourtant, cela créer un réel contact et une connexion. Dans la biodanza, il y a une forme de rééducation du mouvement qui passe autant par le contact visuel que par le contact physique », insiste Pascal Cambier.

La câlinothérapie

Le professeur de biodanza propose également des ateliers de câlinothérapie.  Une pratique qui focalise encore plus sur le toucher, proposant entre autre des accolades (il paraît que cela fait monter le taux d’ocytocine !). Dans sa biodanza, certains exercices tendent vers la câlinothérapie : l’une ou l’autre accolade, mais aussi, vers la fin de la séance, le groupe se rassemble en position debout et presque corps contre corps. Notre chef d’orchestre nous demande alors de caresser tous les bras, les cheveux, les épaules, les visages… que nos mains vont croiser. Sans distinction aucune puisque nous avons les yeux fermés. Et force est de constater qu’au bout de dix minutes, je me sens plongée dans une bulle de tendresse et de bienveillance qui me rappelle à quel point nous avons oublié ce sens du contact physique entre individus. Et à quel point, nous, les humains, contrairement aux animaux, nous nous sommes déconnectés de notre propre enveloppe charnelle.

Au bout de deux heures de biodanza je me sens complètement vidée de mes mauvaises tensions et remplie de beaucoup d’amour.

www.pascalcambierateliersetformations.com