Le ‘Slow Flower’, une révolution florale en faveur de l’environnement

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Ph. Pixabay

Que ce soit lors d’un dîner en amoureux, d’une invitation dominicale ou d’une naissance, les fleurs réussissent à coup sûr leur pari de séduire, réconforter ou tout simplement faire plaisir. Et pourtant, avant de finir sur notre table, il leur faut bien souvent traverser la planète. Un impact environnemental coûteux qui nécessite une modification de notre comportement comme le prône le mouvement ‘Slow Flower’.

Alors que le réchauffement climatique a des conséquences de plus en plus dramatiques sur notre planète, la modification de nos modes de consommation vers une société plus durable s’impose. De nombreuses nouvelles tendances ont ainsi vu le jour. Après l’émergence du ‘Slow Fashion’, une consommation de mode plus respectueuse de l’environnement et du ‘Slow food’, un mouvement d’écogastronomie, c’est au tour du ‘Slow Flower’ de s’inscrire dans une démarche de circuit court.

Des fleurs au coût environnemental important

Et pour cause: les fleurs que l’on trouve chez le fleuriste du coin ont en général parcouru un très long chemin avant d’arriver chez nous. Plus de 126 millions de roses ont en effet été importées en Belgique en 2015. Plantées aux quatre coins du monde (Kenya, Ethiopie, Equateur, Colombie et Costa Rica notamment), elles sont recouvertes de substances chimiques (en moyenne 25 substances interdites par bouquet) pour pouvoir pousser malgré les conditions climatiques. Outre l’impact sur la santé des travailleurs, ces pesticides contaminent également l’eau, l’air et les sols de ces pays. Ces énormes productions sont également souvent à l’origine de problèmes en approvisionnement d’eau et de drames écologiques avec notamment des lacs asséchés et pollués, comme le rappelle EcoConso.be.

Une fois coupées (en moyenne dix jours avant d’être livrées), les fleurs sont ensuite réfrigérées et transportées par avion (pour 95% de celles à destination de l’Europe) ou en bateau cargo. Un transport qui produit d’importantes émissions de CO2. En transit dans les serres chauffées du plus grand marché de vente aux enchères de fleurs du monde, à Aalsmeer («Le Wall Street de la fleur»), aux Pays-Bas, elles terminent enfin leur périple pour être vendues chez nous.

Un processus qui est à l’origine d’une énergie grise non négligeable. D’après EcoConso.be, cultiver des fleurs sous serre nécessite dix fois plus d’énergie qu’en plein air. Celles provenant des Pays-Bas génèrent d’ailleurs autant de CO2 que celles importées du Kenya.

AFP / E. Dunand

Un mouvement à vocation durable

C’est suite à cette constatation qu’est né le mouvement anglo-saxon du ‘Slow Flower’. L’idée? Privilégier des circuits courts, l’achat chez les producteurs locaux et les fleurs de saison afin de respecter l’environnement. Et le mouvement semble séduire notamment sur les réseaux sociaux où près de 170.000 photos de bouquets sont répertoriées sous le hashtag #SlowFlower.

C’est dans cette optique que de nombreuses initiatives ont vu le jour. En Angleterre, près de 500 personnes sont aujourd’hui membres de ‘Flowers from the Farm’, un réseau d’agriculteurs, de petits exploitants et de jardiniers qui s’inscrivent dans cette démarche locale. C’est également là-bas que Jen Stuart-Smith et Bek Bibby ont fondé ‘Blooming Green Flowers’ dans le Kent. Il s’agit d’un terrain de 5000 m², au milieu d’une ferme fruitière, sur lequel sont cultivées près de 200 variétés de fleurs par an de manière biologique, au rythme des saisons, et avec une empreinte carbone minime. Disponibles d’avril à septembre, les fleurs sont également ouvertes à la cueillette.

À Paris, alors que deux horticulteurs sur trois ont fermé depuis ces 40 dernières années, le mouvement s’installe petit à petit. Une ferme florale a d’ailleurs prévu de s’installer sur les terrasses de l’hôpital Robert Debré en 2019 afin d’y faire pousser des fleurs anciennes de la région, de saison, sans substances chimiques et vendues au sein du quartier. La ‘Ferme Florale Urbaine’ souhaite ainsi lutter contre des bouquets importés de l’étranger. Chez nos voisins, l’association ‘Le Collectif de la fleur française’ propose également un annuaire qui permet de localiser les fermes aux fleurs et les acteurs engagés tout comme cela se fait déjà aux États-Unis.

En Belgique, le mouvement commence à prendre forme à travers des labels permettant d’identifier les fleurs locales et les timides initiatives. C’est le cas de ‘Haut les cœurs’, qui travaille avec de petits producteurs belges afin de produire des fleurs bio, locales et de saison. Privilégiant la qualité à la quantité, celle-ci propose chaque vendredi un bouquet de la semaine dont, seuls, 30 exemplaires sont fabriqués avant d’être livrés à vélo dans l’une des 19 communes de la capitale.

Laura Sengler