Greenpeace s’attaque aux biscuits Oreo et fait plier le géant de l’huile de palme

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Ph. AFP

L’ONG de protection de l’environnement a lancé une campagne contre les biscuits Oreo. Greenpeace affirme que l’huile de palme présente dans ces biscuits est responsable de la déforestation massive en Indonésie.

«Créez votre propre saveur». Sur le site «Oreovideomaker», Greenpeace propose à chacun de créer une petite capsule vidéo avec des Oreo d’un nouveau genre. Déforestation, mise en danger des orangs-outans, paysages détruits… Il y en a pour tous les goûts. «Dites à Oreo d’arrêter d’acheter de l’huile de palme à des sociétés qui détruisent la forêt. Envoyez-leur un message en créant votre propre saveur», lance Greenpeace dans cette campagne.

Wilmar dans le viseur

L’ONG fait référence à la société Wilmar, une entreprise agroalimentaire spécialisée dans l’huile de palme. Wilmar compte plus de 500 usines en Asie, notamment en Chine, en Inde ou en Indonésie. L’entreprise estime qu’environ 90.00 personnes à travers le monde travaillent pour elle. En 2017, Amnesty International avait déjà dénoncé les conditions de travail chez Wilmar, mettant notamment en avant le travail d’enfants et l’exploitation des ouvriers en Indonésie. Dans un rapport, Amnesty indiquait que «des enfants âgés de huit à 14 ans accomplissent des tâches dangereuses dans des plantations détenues et gérées par des filiales et des fournisseurs de Wilmar. Ils travaillent sans tenue de protection dans des lieux où des pesticides toxiques sont utilisés et portent des sacs de fruits de palmier à huile qui peuvent peser de 12 à 25 kg. Certains ont abandonné l’école pour travailler avec leurs parents toute la journée ou presque.» Devant l’ampleur prise par cette affaire, le géant agroalimentaire avait déclaré prendre plusieurs mesures concernant les conditions de travail dans ses plantations.

BAY ISMOYO / AFP

70.000 hectares de forêt détruits

Aujourd’hui, c’est donc Greenpeace qui repart à l’attaque contre Wilmar à travers Oreo et sa maison mère Mondelez (qui détient notamment Côte d’Or). L’ONG reproche à Mondelez d’utiliser de l’huile de palme «qui détruit la nature et l’habitat naturel de l’orang-outan. Ces belles créatures sont menacées d’extinction. Elles meurent littéralement à cause d’un cookie», explique Annisa Rahmawati, qui lutte contre la déforestation pour Greenpeace. Mondelez avait pourtant promis en 2010 qu’elle allait supprimer de sa chaîne de production tout ce qui touchait à la déforestation et au non-respect des droits humains d’ici 2020. Une promesse non tenue pour Greenpeace à cause, entre autres, de cette collaboration avec Wilmar. «Entre 2015 et 2017, 22 des fournisseurs d’huile de palme de Mondelez ont détruit 70.000 hectares de forêt», soit presque 10 fois l’équivalent de la ville de Liège. Parmi ses 70.000 hectares détruits, 25.000 hectares concernaient le lieu de vie d’orangs-outans.

Pour se faire entendre, Greenpeace a mené une action symbolique devant les bureaux d’Oreo à Londres. Des militants ont construit un paysage de forêt brûlée avec un orang-outan robotisé devant le bâtiment. «Le PDG de Mondelez International, Dirk Van de Put (un belge, ndlr), a promis d’offrir aux consommateurs des ‘biscuits justes’. Il n’y a rien de juste dans une huile de palme produite en tuant des orangs-outans et en nourrissant les changements climatiques», a affirmé Kiki Taufik, responsable de la campagne forêt à Greenpeace Indonésie.

Mondelez lui a répondu par communiqué en incitant ses fournisseurs à atteindre leur objectif de 100% de transparence et de durabilité. «Il est important de mener des actions pour améliorer nos performances en matière de respect de la population et de l’écosystème.» Mondelez demande notamment à ses fournisseurs «d’éliminer la déforestation de leur production d’huile de palme.»

BAY ISMOYO / AFP

Ce n’est pas la seule action menée par Greenpeace contre l’huile de palme. Le 17 novembre dernier, six militants sont montés à bord d’un navire transportant de l’huile de palme au large de l’Espagne, pour protester contre cet ingrédient omniprésent dans l’agro-alimentaire. Greenpeace a précisé que ses activistes, dont certains sont originaires d’Indonésie, étaient retenus par le capitaine du bateau. Il naviguait depuis l’Indonésie vers les Pays-Bas quand il a été abordé. Le capitaine a dès lors mis le cap sur l’Espagne, où il compte remettre les militants aux autorités.

Le géant de l’huile de palme s’engage à agir

Quelques jours après le lancement de cette campagne, Greenpeace a décidé de la suspendre et de désactiver le site «Oreovideomaker». Le 11 octobre, l’organisation a écrit : « Bonne nouvelle : après une campagne internationale de Greenpeace, Wilmar a publié un plan d’action détaillé pour cartographier et surveiller ses fournisseurs d’huile de palme. Si ce plan est correctement mis en œuvre, il constituera une étape importante vers l’élimination de la déforestation dans la chaîne d’approvisionnement du géant de l’huile de palme, qui concentre 40% du commerce mondial de cette matière première. Cela aurait un impact majeur sur le reste de l’industrie de l’huile de palme. »

ENFIN!Suite à notre campagne, le géant de l'huile de palme Wilmar (qui fournit notamment Mondelez, Unilever ou Netslé)…

Posted by Greenpeace Belgium on Tuesday, December 11, 2018

Clément Dormal