Woman at War : Le film le plus cool de l’année est islandais

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Attention, coup de cœur! Le film le plus fun de l’année est sorti ce mercredi, et on ne l’a pas vu venir. C’est une comédie islandaise sur une activiste écologiste sabotant des usines, et craignant de se faire attraper par son gouvernement. Rien que ça! Derrière ce pitch un peu cocasse se cache un divertissement feelgood qui plaira à tout le monde. On a rencontré son réalisateur, Benedikt Erlingsson, pour parler de films d’action, de politique… et de l’apocalypse.

‘Woman at War’ raconte le combat de Halla, une femme devant choisir entre son désir d’adopter une petite fille, et son militantisme écologique. Comment l’histoire de cette femme vous est-elle venue?

Benedikt Erlingsson: «J’ai fait un rêve dans lequel je voyais une femme courir vers moi sous la pluie. À cette époque j’avais envie de réaliser un blockbuster tout public. Et puis, le concept est venu d’un simple constat: on est dans la merde (rires)! On vit dans une époque où il faut sauver le monde. On a besoin de super politiciens, et de protéger notre nature. Je crois qu’un gouvernement qui n’agit pas pour l’écologie est criminel, car nous subissons une menace directe. C’est donc une histoire apocalyptique sur le besoin de passer à l’action.»

Le radicalisme écologique appelle plus généralement au drame, ou au film-catastrophe. Saviez-vous que vous étiez en train de réaliser une comédie aussi divertissante?

«Ce n’est pas une comédie. Attendez de me voir faire une vraie comédie et on en reparlera (rires). Pour moi, c’est un film d’action, sans sexe, sans violence, et avec une seule goutte de sang. J’ai vu beaucoup de films d’action, mais j’avais envie d’y voir d’autres choses, comme des musiciens par exemple. Cet emballement positif autour du film, c’est un cadeau en plus, quelque chose qui ne se contrôle pas, c’est de la magie.»

Qui est cette superbe actrice qui joue le rôle de Halla?

«C’est une amie d’enfance: Halldora Gerhardsdottir. On a joué ensemble dans une pièce sur les violences domestiques, où les enfants interprétaient les rôles des adultes. Véridique (rires)! Depuis on a grandi, et elle est devenue notre star nationale, une sorte de Sarah Bernhardt islandaise.»

Halla est-elle inspirée de vrais activistes écologiques?

«Oui tout à fait. Une prof de yoga que je connais. Une actrice aussi. Les gens qui se couchent devant un char pour demander la paix. Moi-même je me suis enchaîné à un bateau de pêche dans ma jeunesse. Et puis des personnages plus connus: Nelson Mandela, Rosa Luxemburg, Berta Cáceres, Gandhi…»

Le film a gagné le Prix LUX, décerné par le Parlement européen. Ça vous semble étrange que des politiciens aient voté pour un film?

«J’aime bien le fait qu’il y ait un poids politique sur ce prix, qui a pour mission de mettre en avant des sujets importants. Je suis moi-même très politisé. Je pense que tout ce que nous faisons est un acte politique. Même quand on ne fait rien, c’est très politique. Les activistes écologistes ne viennent pas de se réveiller. Ça fait des années qu’ils se font marcher dessus. La situation est malheureusement devenue trop critique maintenant, et la Nature doit reprendre ses droits.»

On présente pourtant souvent l’Islande comme un modèle de démocratie et d’implication citoyenne.

«C’est un peu fantasmé. Tant mieux si nos exemples peuvent générer de l’espoir, mais on doit encore se battre contre les injustices chez nous aussi. Un ami italien m’a dit un jour: ’L’Islande est comme la Sicile. Il y a des volcans partout. Mais vous n’avez pas de mafia…’. Je lui ai répondu que la nôtre était simplement mieux organisée (rires).»

En quelques lignes

Halla est une professeure de chant avec un gros secret: elle passe son temps libre à saboter des stations hydroélectriques pour sauver la planète. Mais sa détermination écologique est mise à rude épreuve le jour où sa demande d’adoption est acceptée. Si le gouvernement l’attrape, elle peut dire au revoir à son rêve de devenir mère. Arrêtez tout et foncez acheter votre billet pour ce petit bijou! Derrière la fable écolo se cache le film le plus agréable, drôle et palpitant de l’année. Un film ‘coup-de-cœur’ calibré pour séduire le public, quelque part entre le charme de ‘Little Miss Sunshine’ et la poésie du ‘Fabuleux destin d’Amélie Poulain’. Le plaisir est instantané car tout fonctionne: l’originalité de la mise en scène, l’histoire tenant en haleine jusqu’à la dernière minute, l’humour pince-sans-rire des acteurs décapants… Vous en sortirez le sourire aux lèvres, la larme à l’œil et carrément fans de Halla, une héroïne rappelant le tour de force de Frances McDormand dans ‘Three Billboards’ l’année passée. Une femme en colère, sans super pouvoirs mais avec une mission. Et autant le dire tout de suite: mission accomplie! 5/5