Lomepal : « J’ai une grande satisfaction et un grand vide en même temps »

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Ph. V. Vauthier

Après un premier album certifié double disque de platine, et dont le nom ‘Flip’ fait référence à sa jeunesse passionnée pour le skate, Lomepal, alias Antoine Valentinelli, se dévoile un peu plus. Dans ‘Jeannine’, il rend hommage à celle qui incarne le mieux la folie à ses yeux, tout en dévoilant les tourments de celui que l’on considère comme l’une des figures du rap actuel.

Après votre premier album ‘Flip’ où vous apparaissiez en femme sur la pochette, vous surprenez une nouvelle fois en appelant votre disque ‘Jeannine’.

«C’est le prénom de ma grand-mère que j’ai perdue très jeune. Je l’ai surtout connue à travers ma mère qui me racontait beaucoup d’histoires sur elle. À la base, ce n’est pas du tout un album conceptuel, je cherchais juste à écrire plein d’émotions nouvelles qui étaient un peu post-succès, je voulais parler de ma nouvelle vie, du travail, de l’argent, des relations… En concert, j’ai commencé à dire naturellement la phrase ‘c’est beau la folie’ pour dire aux gens de se lâcher et d’oublier le regard des autres. C’est devenu une phrase importante, c’était comme un mouvement politique sur les réseaux sociaux. Du coup, j’ai voulu appeler l’album ‘c’est beau la folie’ sans pour autant utiliser ces mots. C’est là où j’ai pensé à ma grand-mère qui était complètement folle. Elle est devenue l’égérie de l’album.»

À quoi ressemble votre vie après un double disque de platine?

«C’est bizarre, j’ai une grande satisfaction et un grand vide en même temps. J’ai réussi ce que je voulais faire, et plus tôt que je ne le pensais. Mais j’ai l’impression que plus rien n’aura autant de goût maintenant. Comme si les plus grandes expériences sont un peu derrière moi.»

Vous n’avez pas d’autres attentes?

«Si, il y a plein de choses que je veux encore faire comme tourner un film, par exemple. C’est excitant. Mais je pense que j’ai dépassé la grosse frontière. J’étais quelqu’un qui était très malheureux, et qui ne savait pas pourquoi il existait, et tout d’un coup je suis une personnalité, je fais ce que j’aime et j’écris des chansons qui touchent les gens. Il n’y a pas eu ce juste milieu.»

Vous faites partie de cette génération de rappeurs qui revendiquent une certaine normalité.

«Plus dans l’authenticité en fait. J’essaie au maximum d’être qui je suis. Ça me fait du bien, c’est thérapeutique. Avant, je m’inventais plus une vie et maintenant, j’essaie de dire ce que je vois et ce que je vis. »

« La transparence, c’est un beau bouclier.»

Vous chantez aussi pas mal dans cet album.

«Je prends un peu de risques parce que souvent ce n’est pas très maîtrisé. Avec ‘Flip’, j’ai même joué des morceaux en acoustique et puis il y a eu un an de promo, 100 concerts. Quand je suis rentré en studio sur ‘Jeannine’, c’était réglé, je connaissais ma voix par cœur et j’avais envie d’aller encore plus loin. J’adore chanter.»

Vous avez également fait le pari d’un duo avec le chanteur Philippe Katerine. C’est une rencontre assez surprenante.

«Pas tant que ça au final parce que de tous les grands de la chanson française, c’est l’un des plus ouverts d’esprit. Il aime le changement et sortir de sa zone de confort.»

Ça reste néanmoins un choix de duo surprenant dans le monde du rap.

«De moins en moins je trouve. Finalement ça prend son sens. C’est un outsider, il n’y a pas un seul endroit où Philippe Katerine ne serait pas à l’aise. D’ailleurs, on s’est vus plein de fois, on s’entend super bien. On est potes et on s’envoie des messages de temps en temps. C’est quelqu’un de simple.»

Comment est né votre morceau commun «Cinq Doigts»?

«C’est lui qui a créé le refrain. De mon côté, je savais que je voulais parler de l’amitié sur ce morceau. J’ai dit à Katerine de faire un truc un peu débile. Au final, c’était super, encore mieux que ce que je pensais. Il a écrit sur ‘Cinq doigts’ suite à un dessin de sa nièce (rires). C’est totalement Katerine (rires).»

Vous terminez votre album sur une chanson un peu spéciale intitulée ‘Dans le livret’.

«Oui, en fait, les paroles sont écrites dans le livret et il faut les lire. Je trouvais ça plus joli. C’est un truc que je n’avais jamais vu, c’est un morceau interactif. Chacun doit le lire à sa manière. À la base, je voulais juste écrire le morceau mais je n’y arrivais pas (rires). C’est la seule instru que j’ai faite de ma vie.»

Lomepal sera en concert le 12 février 2019 à Forest National

Laura Sengler