Les Etats-Unis exportent plus de pétrole qu’ils n’en importent

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AFP / R. Beck

Les Etats-Unis ont, pour la première fois depuis plusieurs décennies, exporté la semaine dernière plus de produits pétroliers qu’ils n’en ont importé, confortant ainsi leur influence grandissante sur le marché mondial.

Ce renversement, dont a fait état l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) dans un rapport hebdomadaire diffusé jeudi, marque aussi une avancée vers «la domination» énergétique prônée par Donald Trump. Les Etats-Unis tentent depuis le choc pétrolier de 1973 de réduire leur dépendance aux importations de pétrole étranger, interdisant par exemple en 1975 d’exporter du brut américain.

Mais c’est le boom du pétrole de schiste qui a changé la donne. Le pays profite en effet allègrement depuis les années 2000 des nouvelles techniques de fracturation hydraulique et de forage horizontal pour exploiter de nouveaux bassins, et les puits se sont multipliés au Texas, au Nouveau Mexique, dans le Dakota du Nord ou en Pennsylvanie. Le pays extrait désormais en moyenne 11,7 millions de barils par jour (mbj).

Les Etats-Unis rivalisent ainsi aisément avec la Russie qui, selon l’Agence internationale de l’Energie, a produit 11,4 mbj en octobre, et l’Arabie saoudite, qui en a extrait 10,75 mbj. Selon le rapport de l’EIA diffusé jeudi, les exportations de brut ont grimpé lors de la semaine se terminant le 30 novembre à 3,2 millions de barils par jour et celles de produits raffinés à 5,85 mbj. Dans le même temps, les importations de brut ont reculé à 7,22 mbj et celles de produits raffinés de 1,62 mbj.

C’est la première fois depuis que l’agence publie des données officielles sur le sujet, soit 1973, que les exportations de produits pétroliers américains dépassent les importations. Selon plusieurs analystes, ces statistiques, très mouvantes d’une semaine à l’autre, ne devraient pas à court terme reproduire régulièrement le même schéma. Mais la tendance est là. Au-delà de l’exploitation grandissante du pétrole de schiste, les entreprises américaines ont également développé un réseau de raffineries particulièrement efficaces.

Ne pas mécontenter les consommateurs

Parallèlement, elles profiteAnt d’un prix du baril, le WTI aux Etats-Unis, généralement plus bas que le prix du Brent, la référence sur le marché mondial. Et leurs coûts opérationnels sont moins élevés que d’autres raffineries dans le monde grâce aux bas tarifs de l’électricité et du gaz naturel. De quoi ravir le président Trump, qui avait assuré en 2017 vouloir non seulement atteindre l’indépendance énergétique mais aboutir à la «domination américaine en matière d’énergie».

Grâce à l’exploitation massive du gaz de schiste, Washington est déjà redevenu en 2017 un exportateur net de gaz naturel pour la première fois en 60 ans. L’afflux de brut américain sur le marché mondial rend en tout cas la situation plus compliquée pour les autres géants de l’or noir, qui tentent eux de contenir l’offre de brut disponible sur le marché mondial pour enrayer la récente chute des cours.

Réunis à Vienne jeudi et vendredi, les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs alliés, Ryad et Moscou en tête, tentent en effet de se mettre d’accord pour abaisser leurs extractions. Mais à l’issue d’une journée de discussions, les membres du cartel peinaient jeudi à trouver un compromis sur les modalités d’une telle baisse. Le président américain avait exhorté mercredi, dans un tweet, l’Opep à «maintenir sa production en l’état» afin de ne pas mécontenter les consommateurs.

Washington «n’est pas en position de nous dire ce que nous devons faire», a rétorqué jeudi le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Faleh.