Les Champs-Elysées se préparent à fermer à cause des « gilets jaunes »

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AFP Photo

« On sera fermés, la police nous a prévenus, on a prévu une planche en bois pour la porte »: Rosalie Sarmiento, responsable d’un bureau de changes sur les Champs-Elysées, se prépare à la quatrième journée de manifestation des « gilets jaunes ».

La préfecture de police a adressé dans la semaine un avis aux commerçants pour les mettre en demeure de fermer « portes et accès » et de protéger à nouveau leurs enseignes « contre d’éventuelles dégradations en apposant des panneaux de protection sur les vitres« .

La semaine dernière, des milliers de « gilets jaunes » ont manifesté sur les Champs-Elysées et la situation a dégénéré aux abords de l’Arc de Triomphe. Plusieurs quartiers de la capitale ont été le théâtre de scènes de guérilla urbaine, avec d’impressionnants dégâts. L’Élysée redoute de nouveau une « très grande violence » samedi, et les services de renseignement ont fait passer tous les voyants au rouge en alertant sur la mobilisation des mouvements « d’ultradroite » et « d’ultragauche. »

« Normalement, on utilise les planches de protection pour le 31 décembre », raconte Mme Sarmiento. « Pendant la deuxième manifestation, on ne pensait pas que ça allait être si chaud, on a juste fermé et la porte a été brisée. La troisième semaine, on a reçu un mail de la police, on s’est mieux protégés. » Si les dégâts matériels se sont limités à la vitrine du bureau de changes, les pertes d’exploitation liée à sa fermeture sont conséquentes: « Le mois de décembre, c’est le plus important pour nous, surtout les samedis. Il y a les touristes qui veulent changer leurs devises, les gens qui font des achats ou ceux qui vont partir en vacances à l’étranger. »

Pas de clients

Même constat au Bistrot 25, un peu plus bas sur l’avenue: « On a ouvert à 9H00 samedi dernier, sans terrasse, parce qu’on était obligés de l’enlever, mais on a dû fermer à 16H00 car il n’y avait pas de clients« , regrette Anthony Sebag, directeur d’exploitation du restaurant. En temps normal, il réalise un chiffre d’affaires de 15.000 à 20.000 € par jour. « Samedi dernier on a fait 200 euros (…) alors que normalement le mois de décembre est l’un des plus forts de l’hiver« , soupire-t-il.

Après avoir perdu un quart de sa terrasse au cours de la deuxième manifestation, il a contacté ses assureurs mais peine désormais à leur faire reconnaître les pertes d’exploitation. Pour les limiter, il fermera samedi son restaurant. Après les heurts qui ont ponctué le week-end dernier « l’acte III » du mouvement des « gilets jaunes » et fait 133 blessés à Paris, les commerçants redoutent surtout l’impact à long terme des manifestations sur l’image et l’économie de « la plus belle avenue du monde ».

« C’est une catastrophe: ce que voient les touristes à l’étranger, ce sont presque des images de guerre civile… il y a beaucoup d’annulations dans les hôtels« , se lamente la gérante d’un magasin de souvenirs qui préfère rester anonyme. L' »acte IV » sera « sûrement encore plus violent vu ce qu’on entend« , estime pour sa part Bruno Vincent, directeur du cinéma Mac Mahon, situé à quelques pas de l’Arc de Triomphe. « Je fais du cinéma de réédition, ce sont des vieux qui viennent chez moi… Là ils ont peur, ils ne vont pas venir. »

Il évalue ses pertes, « liées aux casseurs, pas aux gilets jaunes« , à environ 2.000 € par jour de fermeture, mais relativise: « J’ai déjà 15% de chiffre d’affaires en moins de manière globale car les gens n’ont plus d’argent. »