Pas de probiotiques sans prébiotiques

559

On connaît aujourd’hui l’importance d’avoir un microbiote en pleine forme pour l’être soi-même. Ces milliards de bactéries qui habitent nos intestins ont un impact sur notre santé physique mais aussi mentale, comme l’explique Julien Masset, Docteur en biochimie et spécialiste du microbiote, qui affirme même qu’une flore intestinale malsaine peut entrainer un état dépressif. Et pour chouchouter son microbiote, il faut lui donner de la nourriture, ce que l’on appelle les « prébiotiques ».

Les probiotiques peuvent-ils être utilisés comme traitement contre l’obésité, la gestion du stress, le diabète ou les maladies cardiovasculaires ?

« Les probiotiques peuvent effectivement jouer sur ces maladies ou troubles. On fait des essais très précis sur l’obésité en Belgique en ce moment d’ailleurs avec l’insertion de probiotiques pour diminuer l’obésité. Mais on est au tout début des investigations. J’ai en tête l’exemple de patients qui étaient atteints de cirrhose et qui ne buvaient pas d’alcool. On s’est rendu compte que leur microbiote produisait naturellement de l’alcool, en faibles quantités mais tous les jours, ce qui intoxiquait le foie. Pour les maladies cardiovasculaires, même chose, on sait que les microbiotes produisent parfois des éléments toxiques qui peuvent affecter le cœur. Pour l’obésité, il y a une bactérie particulière qui s’appelle akkermansia muciniphila, qui diminue le niveau de satiété et qui est moins présente chez les personnes obèses. Quand on parle de microbiote, il faut être humble car on ne voit que la partie émergée de l’iceberg. Cela va être complexe et long de le connaître parfaitement. »

Doit-on prendre à la fois des prébiotiques et des probiotiques en même temps ? Quel est l’intérêt ?

« Avec les probiotiques, qui sont donc des bactéries, c’est un peu une goutte d’eau dans la mer parce que lorsque vous en achetez, vous aurez une, deux ou trois bactéries différentes, alors que votre microbiote compte des millions de sortes de bactéries. Si on veut avoir une flore équilibrée, les probiotiques sont intéressants mais pas les mieux placés. C’est très utile si on sait exactement quelle bactérie est manquante (faisable avec l’obésité ou la colique du nouveau né par exemple). Par contre, les prébiotiques, qui sont la nourriture des probiotiques, c’est mieux, parce que cela va promouvoir le microbiote existant, qui va se développer dans sa diversité et donc on aura plus de chances que de nouvelles bactéries puissent remplacer les manquantes. L’association des deux (les symbiotiques) sont donc l ‘idéal. Il faut bien demander une ‘synergie ‘ au magasin ou à la pharmacie. »

Il y a différentes qualités de probiotiques et de prébiotiques ?

« Les bactéries doivent être vivantes ! Sinon  cela ne sert à rien ! Certains laboratoires font bien leur boulot et d’autres font des choses totalement inefficaces. Il faut demander conseil quand vous les acheter, que l’on vous donne ceux qui viennent de laboratoires de référence. Test-Achat avait fait un dossier sur le sujet et les laboratoires Ortis, par exemple, étaient dans le top 3. »

Il semblerait que le sport ait un effet positif sur le microbiote, est-ce vrai ?

« Le sport et la respiration ont un effet très positif sur le microbiote. Le stress va détériorer la flore intestinale. Donc, les exercices de respiration et le sport, qui permettent de diminuer le niveau de stress, sont très importants pour garder un microbiote sain. »

Et l’alimentation ?

« L’alimentation c’est la clé ! Nous devons manger des aliments peu transformés, moins de sucres rapides, éviter les édulcorants, manger des fibres surtout, car les fibres sont la nourriture des bactéries. Certaines sont transformées en butirates, et cette substance, c’est 75% de l’énergie du colon. C’est pour cela que les fibres sont tellement importantes pour éviter le cancer colorectal. Toutes ces fibres vont apporter l’énergie via le microbiote. »

Lorsque l’on fait des excès de table (vin, nourriture plus riche pendant les fêtes, etc.), cela a –t-il directement un impact sur notre microbiote ? Que faire en pratique ?

« Non, ce qu’il faut savoir, c’est qu’un écart ne va pas modifier profondément le microbiote. Donc, pour les excès pendant les fêtes, pas de panique ! Mangez des fibres et des omégas 3 entre ces repas festifs et prenez éventuellement une petite cure de probiotiques et de prébiotiques juste après. »

Lucie Hage