Après le rachat de Monsanto, Bayer va supprimer 12.000 postes

220
AFP / Patrik Stollarz

L’allemand Bayer a annoncé la suppression de 12.000 emplois dans le monde d’ici 2021, soit 10% de ses effectifs, quelques mois après le rachat aussi coûteux que risqué du géant américain Monsanto.

Un tiers des suppressions de postes envisagées concerne cependant la division agrochimique, effet direct de la récente intégration de Monsanto, explique le groupe.

Bayer tablait jusqu’ici sur 1,2 milliard € de synergies à partir de 2022, mais n’avait pas détaillé les conséquences sociales de ce mariage lancé en 2016 et conclu début juin pour 63 milliards $ (54 milliards €).

Environ 1.250 emplois supplémentaires seront supprimés dans la division pharmacie et 1.100 dans les médicaments sans ordonnance, tandis que les services administratifs et commerciaux seront amputés de « 5.500 à 6.000 postes ».

Un « nombre significatif » de ces coupes concernera l’Allemagne, dont « environ 350 emplois » sur le site pharmaceutique de Wuppertal, a indiqué Bayer.

Au total, le groupe entend économiser « 2,6 milliards € par an » à partir de 2022, tandis que son vaste plan de restructuration devrait lui coûter « 1,7 fois ce montant », soit autour de 4,4 milliards €.

En se séparant de plus de 10% de ses 118.200 salariés dans le monde, Bayer compte « améliorer ses performances et son agilité », argumente le patron du groupe, Werner Baumann.

« Une entreprise des sciences du vivant »

Le groupe pharmaceutique et chimique, qui se présente désormais comme une « entreprise des sciences du vivant », entend par ailleurs se délester d’activités non stratégiques.

Bayer prévoit de vendre l’an prochain sa division de santé animale, la plus modeste du groupe, et « examine ses options stratégiques » concernant deux activités de parapharmacie, Coppertone (crèmes solaires) et Dr. Scholl’s (soin des pieds).

Comme il l’avait fait avec Covestro, son ex-filiale de chimie de spécialité, le groupe envisage de céder les 60% qu’il détient dans Currenta, qui opère trois sites chimiques en Allemagne.

L’ensemble de ces mesures doit permettre à l’inventeur de l’aspirine, bénéficiaire mais violemment chahuté en Bourse depuis le rachat de Monsanto, de viser 10 € de bénéfice par action en 2022, contre une cible de 5,70 à 5,90 € cette année.

Pour « renforcer sa compétitivité », Bayer entend aussi réinvestir une partie des sommes économisées en déboursant 35 milliards € d’ici la fin 2022, dont les deux tiers en recherche et développement.

Une décision « pas liée au glyphosate »

Le groupe n’explique cependant pas comment il compte apaiser les inquiétudes liées au rachat de Monsanto et à la cascade de risques judiciaires associés au mastodonte des semences et des OGM.

Depuis cet été, et la retentissante condamnation de Monsanto à indemniser un jardinier californien en raison de la dangerosité de son herbicide au glyphosate, les procédures du même type se sont accumulées.

Lors du dernier pointage au 30 octobre, « quelque 9.300 requêtes avaient été déposées aux Etats-Unis » contre le seul glyphosate, « et d’autres devraient suivre », avait indiqué M. Baumann mi-novembre.

La nouvelle restructuration n’est « certainement pas » liée au glyphosate, a-t-il insisté, alors que le groupe martèle depuis cet été sa confiance dans ce produit « sûr et très efficace ».