Nolwenn Leroy nous revient en mode folk

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Photo Yves Bottalico

Nolwenn Leroy est de retour avec cette qualité qu’on lui connaît depuis « Bretonne », celle d’être une passeuse, une artiste capable de faire vivre un patrimoine musical peut-être un peu trop oublié.

C’est dans les racines du folk à la Française qu’elle a aujourd’hui puisé pour ce disque de reprises. On y croise Cabrel, Nino Ferrer, Nicolas Peyrac, Yves Duteil, etc. Et si vous ne connaissez pas Malicorne, Jean-Michel Caradec, Daniel Lanois ou Yves Simon, il est fort possible que ces chansons ne vous soient pas totalement inconnues.

Un album de reprises folk, c’est une envie que vous aviez depuis longtemps?

« Ce n’est pas un énième album de reprises. Il y a une raison par rapport à mon parcours. Un projet comme celui-ci est une sorte de laboratoire dans lequel je viens puiser des inspirations pour mes propres chansons. Cela a été le cas pour ‘Bretonne’. On appelle cela des ‘projets parenthèse’, mais pour moi, cela prend beaucoup plus de place qu’une simple parenthèse. Et ce projet folk est un peu une extension de ‘Bretonne’ parce que si on s’en tient aux premiers ‘folkeux’, on va vers Alan Stivell finalement. Il y a donc un vrai lien entre ces deux projets, à travers un répertoire de chansons qui sont intemporelles, et qui font du bien au cœur et à l’âme. Elles vont puiser dans la nostalgie, dans la mémoire de chacun. »

C’est un disque très automnal finalement.

« L’automne sera folk, mais 2019 le sera aussi. Ce sont des chansons qui réconfortent, les jours de pluie, au coin du feu, qui vont puiser dans cette mémoire commune. C’est la bande originale de la vie de beaucoup de gens. Ce sont des chansons très pures, très authentiques. Il n’y a pas de minauderie dans toutes ces chansons. C’est un album de parti-pris, et on a été au bout de l’idée, dans la réalisation, dans la production, dans le choix des chansons, afin de servir au mieux les auteurs. »

Et comment ce choix s’est-il fait ?

« D’abord, j’ai fait ma propre liste, que j’ai ensuite recoupée avec les listes d’autres personnes qui ont vécu ces années-là. Il y a des chansons très connues du répertoire dont on ne pouvait se passer, et d’autres un peu plus oubliées, même si on les doit à des artistes majeures, comme ‘La Rua Madureira’ de Nino Ferrer. Des chansons qui ont été des tubes à l’époque et qu’on n’entend pas souvent aujourd’hui. »

On passe ainsi d’un méga hit de Cabrel au tout premier succès d’Yves Duteil « Virages » qui remonte à loin.

« La chanson de Cabrel ‘Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai’ est lié à un moment particulier de ma vie. Mais le répertoire intégral de Francis Cabrel est folk. N’importe quelle chanson aurait pu être choisie. Pour Yves Duteil, il aurait été facile de choisir ‘Prendre un enfant par la main’ alors que ‘Virages’ est juste dingue. C’est tellement moderne, construite d’une manière folle, le choix des mots, des syllabes. C’est une chanson cinématographique. C’est une trouvaille. »

Le morceau de Cabrel est intimiste, mais vous l’avez rendu plus lyrique.

« Elle a été tellement chantée et tellement associée à la voix de Francis et à l’arrangement d’origine qu’il fallait vraiment qu’on l’emmène ailleurs. Du coup, on a essayé de partir sur des cordes magnifiques qui servent la chanson mais qui prennent également un peu le contre-pied. Pour moi, le plus difficile, c’est à la fois de servir l’œuvre, être fidèle à ce que l’auteur et le compositeur ont voulu y mettre, et y apporter une nouvelle lecture. »

L’album s’ouvre sur un morceau de Higelin (‘Je ne peux plus dire je t’aime’) qui nous a quittés récemment. C’est une sorte d’hommage ?

« Oui, et il ne pouvait pas ne pas être présent sur ce projet. C’est un artiste incontournable, et pourtant quelqu’un de très difficile à reprendre. Il incarnait tellement ses chansons, ils formaient un tout. On a choisi un morceau qui n’est pas le plus connu mais qui est une pure merveille, et dans un arrangement très épuré pour en revenir à l’essence de ce texte et de cette mélodie qui est magnifique. »

C’est aussi l’occasion de faire découvrir à une jeune génération des artistes comme Malicorne, Jean-Michel Caradec, Daniel Lanois…

« C’est pour ceux qui les ont aimés et qui les ont connus et bien évidemment pour le faire découvrir aux autres. »

On sent chez vous comme une volonté de défendre le patrimoine musical.

« Je me vois plutôt comme une passeuse. Et oui, j’aime faire le lien, d’une certaine manière. J’écris mes propres chansons mais il y a parfois des choses qui sont plus faciles à exprimer avec les mots des autres. Certaines émotions comme l’amour, qui est un sentiment que je ne livre pas facilement à travers mes chansons. Avec les mots des autres, je peux aller chercher des choses qui sont très intimes, et je me sens peut-être plus libre de le faire. »

Et comme passeuse, vous avez un public assez large qui couvre plusieurs générations.

« Oui, c’est vrai. Etre une artiste populaire et une passeuse, ça me rend heureuse et je trouve ça fabuleux. J’aime créer mes propres chansons, mais aussi me faire la voix de toute une génération afin de faire découvrir des merveilles que l’on n’entend plus beaucoup mais qui sont intemporelles. Elles se doivent de continuer à exister, chanter par les interprètes originaux mais aussi de faire de nouvelles lectures. »

Beaucoup de vos choix datent de l’année 1974. Le début des années 70, c’est l’âge d’or du folk à la française ?

« Oui, et c’était une période où cela marchait encore. Aujourd’hui, le mot ‘folk’ fait plutôt penser aux chanteurs américains, alors qu’il y a eu un vrai engouement en France avec des vrais auteurs-compositeurs. Les chansons folk françaises d’aujourd’hui ne marchent pas trop, sauf exception. La France n’est certes pas le pays de prédilection aujourd’hui. Alors que cela a marché tellement durant toute une période. On écrivait sur des thématiques importantes que ce soit l’environnement, le flower power, les guerres… Des thèmes qui sont toujours d’actualité et dont on devrait peut-être à nouveau s’inspirer aujourd’hui. »

Pierre Jacobs

Nolwenn Leroy « Folk »