La monodiète a le vent en poupe

La monodiète a le vent en poupe. Se nourrir d’un seul et même aliment pendant une période de 1 à 3 jours a-t-il des bénéfices réels sur le poids ? Doit-on considérer cet énième régime détox comme de la poudre aux yeux ?

Ingérer exclusivement des pommes, du riz brun ou du raisin pendant quelques jours, c’est ce que font les adeptes de la monodiète, qui souhaitent se délester de quelques kilos et/ou retrouver une digestion sereine. Une pratique qui a d’ailleurs tendance à faire parler d’elle à chaque changement de saison puisque détoxifier son corps 4 fois par an pourrait avoir un impact sur notre santé et notre bien-être. Vraiment ?

« S’il existait sur terre un aliment capable de nous fournir tout ce dont notre corps a besoin pour fonctionner, la monodiète aurait du sens. Mais ça n’est pas le cas : il n’existe pas d’aliment unique qui nous fournisse tous nos apports en glucides, lipides et protéines, ou en micronutriments. Notre organisme est tellement bien fait qu’après 3 jours de monodiète, il va nous faire comprendre qu’il ne reçoit pas tout ce dont il a besoin pour fonctionner », avertit le diététicien Serge Pieters.

Manger varié et équilibré reste la clé

Par ailleurs, ce n’est pas le fait de se nourrir du même aliment qui apporte le confort digestif vanté dans une monodiète, pas plus que la perte de poids. « Imaginons une personne qui a l’habitude de prendre 2 pains au chocolat le matin, un sandwich au thon mayonnaise le midi, et le soir, tous les restes de la veille. Si cette personne se met du jour au lendemain à consommer uniquement des pommes ou uniquement des raisins, il est évident que cela se fera ressentir sur sa digestion et sans doute aussi sur son poids. Mais pas besoin d’une monodiète pour cela. Il suffit au départ d’avoir une alimentation variée et équilibrée », préconise Serge Pieters.

C’est donc plutôt le passage d’une alimentation trop riche en graisses et en sucres vers une alimentation très peu calorique qui amènerait tous les bienfaits d’une monodiète, et pas la monodiète en soi. Car avouons-le : la pomme ou le raisin a une teneur en calories très faible aux 100 grammes.

Inefficace mais pas dangereuse à court terme

« A court terme, c’est-à-dire 2 ou 3 jours maximum, la monodiète ne présente pas de danger », contrecarre le diététicien. « Les carences n’apparaissent en effet qu’au bout de plusieurs semaines voire plusieurs mois. Tout dépend de l’aliment qu’on choisit comme base de sa monodiète : dans le raisin, la pomme ou le riz, il y a suffisamment de glucides pour ne pas faire d’hypoglycémie, ainsi que pas mal de vitamines et de minéraux. Par contre, si on choisit la laitue ou le concombre, le risque de manquer de sucre augmente. »

Bref, si vous voulez malgré tout tester le concept, choisissez bien votre aliment de référence !

Des dégâts d’ordre psychologique surtout

Le retour à une alimentation normale, c’est plutôt à ce moment que le bât blesse lorsqu’on décide de se lancer dans une monodiète.

La privation inhérente à la monodiète peut avoir des effets indésirables sur notre comportement : arrivé au bout des 3 jours de monodiète, on mangera peut-être correctement pendant le reste de la semaine pour tirer le meilleur parti de cette privation temporaire. Mais dès le lundi suivant, le risque est grand de retrouver nos habitudes et de retourner vers une alimentation trop riche. À la fin du mois, on est tenté de faire une monodiète pour tout éliminer. « Ce schéma, c’est celui qui mène vers le trouble du comportement alimentaire et c’est la preuve que la monodiète n’est pas la façon la plus pédagogique de perdre du poids », assure le diététicien.

« La monodiète prône les mêmes principes qu’un régime détox. Et on sait que la détox ça ne fonctionne pas, car c’est un régime draconien et restrictif visant la perte de poids, et la plupart du temps, ça consiste surtout à dépenser beaucoup d’argent pour peu de bénéfices en contrepartie », conclut le diététicien.