Dakota Johnson envoûtante dans « Suspiria »

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Photo D.R.

L’un des films marquants du Festival de Venise était incontestablement « Suspiria », le conte horrifique délirant de Luca Guadagnino (« Call Me by Your Name »). Nous avons rencontré l’actrice principale Dakota Johnson qui, après le succès contesté du SM soft de « 50 Shades of Grey », s’engage dans une voie qui n’est pas moins audacieuse.

Dans « Suspiria », Johnson joue une jeune danseuse américaine qui part à Berlin à la fin des années 70, pour étudier dans une école de danse très réputée. À peine arrivée sur place, elle se dit que des forces surnaturelles sont à l’œuvre, et qu’elle-même n’est pas aussi innocente qu’elle paraît.

« Suspiria » est basé sur un classique du film d’horreur de Dario Argento. Connaissiez-vous ce film?

Dakota Johnson: « Je l’ai regardé après que Luca (Guadagnino, ndlr) m’ait demandé sur le tournage de ‘A Bigger Splash’ si cela m’intéressait de jouer dans sa version du film. J’étais très impressionnée par le film original. Je trouvais que c’était une histoire magnifique, très joliment filmée aussi. »

La nouvelle interprétation de Luca est assez dingue. Qu’avez-vous pensé en lisant le scénario?

« Je le trouvais très détaillé et spécifique. On pouvait déjà parfaitement en déduire quels seraient le ton et le style du film. Ce qui m’a le plus attirée, c’était l’idée de pouvoir envoûter des gens par une danse. Le climat politique de l’Allemagne des années 70 joue aussi. Cela donne encore plus de piment à l’histoire. La tension est vraiment à couper au couteau, tant intra muros qu’à l’extérieur de l’école de danse. »

Vous saviez que vous alliez devoir beaucoup danser, avec des danseurs professionnels. Étiez-vous nerveuse?

« Quand même, oui. Je n’étais pas totalement inexpérimentée, car de mes 7 à mes 17 ans, j’ai fait du ballet, du jazz et des claquettes pendant mon temps libre. Mais je me suis tout de même entraînée très dur pendant six mois avant de commencer le tournage. Je me suis plongée dans le travail de chorégraphes célèbres et très différents, et pendant des mois sans interruption, j’ai travaillé avec un coach de danse. J’ai trois scènes de danse importantes dans le film, et ensemble, elles montrent la façon dont mon personnage évolue. »

Comment était-ce de faire un film avec presque que des femmes?

« C’était fantastique. Très détendu aussi. On s’attendrait à ce qu’il y ait beaucoup d’énergie féminine dans l’air et c’était effectivement le cas. Mais l’énergie féminine est très agréable (rires). J’ai pris un plaisir immense à travailler avec toutes ces artistes exceptionnelles, des femmes de tous les âges, du monde entier. »

Il n’y avait pas que des femmes sur le plateau. Luca Guadagnino, par exemple, est un homme.

« C’est exact, mais Luca pourrait tout aussi bien être une femme. (rires) Il a une incroyable et très belle compréhension de l’esprit féminin. Cela se voit aussi à la façon dont il a réalisé ce film. J’avoue qu’il y a eu des moments où tout le monde était plus sur les nerfs. C’est normal aussi. Sur chaque tournage, il y a des tensions. Il arrive qu’il y ait des divergences d’opinion. C’est ce qui donne naissance à l’art. Un film ne se fait jamais sans heurts. Mais en y réfléchissant, je me rends compte que je n’ai jamais entendu des femmes se crier dessus. Seuls les hommes faisaient cela. »

Vous intéressez-vous beaucoup au mouvement #MeToo?

« Je le soutiens totalement et je le respecte beaucoup. Je suis d’avis que les femmes doivent être représentées de la même manière dans ce business. Il ne peut y avoir aucune différence entre les sexes. Un artiste est un artiste. Point. Cette règle vaut d’ailleurs partout, pas seulement dans le monde artistique. Les hommes et les femmes doivent être traités de la même manière. Il n’y a pas à discuter là-dessus. »

« Suspiria » renvoie au féminisme des années 70. Voyez-vous des similitudes avec #MeToo?

« Le féminisme de l’époque était très explosif. Ces femmes étaient furieuses. Elles en avaient ras-le-bol de la situation et cherchaient une solution. Ce qui se passe aujourd’hui me fait penser à cela, en effet. Je suis curieuse de voir tout ce que les artistes feront de ce message. ‘Suspiria’ est, en tous les cas, une formidable expression de ces idées. »

Ruben Nollet