Alexander De Croo: «Les nouvelles technologies peuvent œuvrer en faveur du développement»

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Belga / J. Jacobs

Au cours des dernières semaines, l’Agence de développement Enabel a organisé des hackathons au Sénégal, au Niger, en Palestine, au Maroc et en Ouganda. « Les jeunes entrepreneurs ont des solutions intéressantes à proposer pour atteindre les objectifs de développement durables établis par l’Onu (SDG) », estime le ministre de la coopération au développement, Alexander De Croo.

Pourquoi des hackatons dans le monde de la coopération au développement?

«Le développement du numérique et de la technologie est train de changer le visage des pays en développement. Toute la relation entre le Nord et le Sud s’en trouve modifiée ! On n’est plus dans une relation à sens unique, où les pays du Nord proposent leurs solutions au pays du Sud, mais dans une relation à double sens, où des solutions émergent depuis les pays en développement eux-mêmes. Ces solutions peuvent également nous intéresser, nous, au Nord.»

Ces solutions sont donc mieux adaptées aux besoins des pays en développement?

«Elles répondent mieux aux besoins, puisqu’elles sont développées par ceux-là même qui sont concernés. Il ne faut pas perdre de vue que les pays sont souvent des Etats avec des contraintes spécifiques. Ils ont, notamment, une économie informelle, sans système financier établi. Cela veut dire que tout le monde n’a pas accès à un compte bancaire. Il faut donc trouver des solutions adaptées à ces réalités.»

Plusieurs pays en développement ont répondu à ce problème grâce aux paiements mobiles.

«Ça n’est pas en Europe que les paiements mobiles progressent le plus, ni aux Etats-Unis, mais au Kenya et au Bengladesh. Regardons aussi ce qui se fait en matière de santé à distance. En Belgique, on n’en veut pas. Au Rwanda et en Tanzanie, on consulte déjà via Skype. Cela répond à la situation locale, avec le fait que les médecins ne sont pas toujours suffisamment présents dans toutes les régions du pays. Avec l’accès croissant aux technologies, on a toute une gamme de solutions locales qui émergent pour répondre à des problèmes bien précis.»

En quoi la technologie peut-elle permettre de résoudre des problèmes comme la malnutrition, dont l’éradication est l’un des SDG?

«Il y a souvent des problèmes avec l’agriculture familiale, qui ne parvient pas à nourrir les familles de producteurs tout au long de l’année, du fait d’une trop faible productivité. Il est désormais possible d’envoyer des SMS, par exemple, aux agriculteurs pour les informer de la météo, pour qu’ils adaptent leur travail en fonction et plantent au meilleur moment, ou pour leur indiquer quand utiliser des fertilisants. On peut ainsi améliorer la productivité, et donc le confort de vie de ces gens. Et quand je dis augmenter la productivité, je ne parle pas de gagner 10 ou 20%, mais de multiplier la production par deux ou trois.»

 

Dans certains pays, l’usage des technologies est limité par le manque d’électricité…

«C’est effectivement un problème. Dans de nombreux pays en développement, il n’y a pas de gros réseau d’électricité. Là aussi, des entrepreneurs locaux ont développé des solutions adaptées. Ils sautent même une étape par rapport à ce qu’on a fait en Europe, puisqu’ils mettent en place directement un réseau décentralisé. Il est possible, par exemple, d’acheter à crédit un petit panneau solaire, suffisant pour éclairer la maison et charger un téléphone. L’usager rembourse chaque jour via son crédit téléphonique. Le jour où il ne peut pas payer, le système ne fonctionne pas. Dès que l’usager repaye, le système fonctionne à nouveau. On dira, peut-être, qu’avoir la lumière ne suffit pas. C’est vrai, mais ça peut tout changer dans une famille. L’éclairage, c’est des enfants qui peuvent faire leur devoir le soir, la vie qui se prolonge une fois la nuit tombée, plus de sécurité…»

L’avenir est donc aux nouvelles technologies, y compris dans les pays en voie de développement?

«La révolution numérique est un gisement de nouvelles opportunités pour concevoir autrement et mieux les défis liés au développement. Cela fait venir d’autres acteurs dans le monde de la coopération, et c’est tant mieux, car on a besoin de tout le monde pour atteindre les objectifs de développement durable fixés par l’Onu.»

 

Des hackatons pour réaliser les SDG

L’Agence belge de développement Enabel a organisé six hackathons ‘Hack the Goals’ dans cinq pays. Au Sénégal, au Niger, en Palestine, au Maroc et en Ouganda, des équipes créatives recherché des solutions innovantes en faveur du développement durable. Au Sénégal par exemple, on voudrait faciliter la vie des jeunes parents lors de l’enregistrement de leur enfant à la commune. En Palestine, les administrations communales ont du mal à connaitre les problèmes et soucis quotidiens des habitants. Le 16 novembre, les représentants des équipes gagnantes se réuniront en Belgique pour la soirée de clôture, lors de laquelle le ministre de la Coopération au Développement et de l’Agenda numérique Alexander De Croo décernera le premier prix d’une valeur de 5.000 € à l’équipe gagnante.

Ph. Enabel

 

«Notre aide est particulièrement efficace»

La baisse du niveau de l’aide au développement accordée par la Belgique ses dernières années est souvent critiquée par les ONG. «On est loin des 0,7%» recommandés par la communauté internationale, reconnait à ce sujet Alexander De Croo. «Mais notre aide a gagné en effectivité, et elle est désormais la deuxième la plus efficace, selon une enquête européenne. Je préfère que l’on améliore la qualité de notre aide, et que l’on augmente les montants ensuite. C’est logique, on ne peut dépenser inutilement l’argent des contribuables.»