Soprano: «Je ne me sens pas important mais utile»

672
Ph. Fifou

Coach dans The Voice Kids, partenaire d’une application scolaire, Soprano est sur tous les fronts. Après le succès de son précédent album ‘L’Everest’, certifié disque de diamant, et une tournée à guichets fermés soldé par un concert au stade Vélodrome, le rappeur des Psy 4 de la Rime revient avec ‘Phoenix’. Un disque à son image, fun et incontestablement engagé.

Après ‘Le Corbeau’ et ‘La Colombe’ (du nom de deux de ses précédents albums, ndlr), vous êtes désormais un ‘Phoenix ‘?

«Après avoir gravi ‘L’Everest’, je vole comme un Phoenix. C’est un oiseau qui part de rien et qui se refait à chaque fois. Je me suis dit que c’était un beau message. Il y a 15 ans, je n’aurais jamais cru avoir ce parcours-là. J’étais au bord du précipice. Mais dix ans plus tard, j’ai rempli le stade Vélodrome.»

Cet album est un hymne à la vie. Pourtant, vous avouez avoir pensé à la mort lors d’une soirée.

«Oui, ça a failli déraper. Il y a 15 ans, je lâchais prise. Heureusement que je ne suis pas allé jusqu’au bout. »

« Je n’aurais jamais eu mes enfants, fait tous ces concerts ni vu mes parents fiers si j’avais baissé les bras comme j’ai pensé le faire un soir.»

Quel a été le déclic qui vous a sauvé?

«Il y en a eu plusieurs. La religion, puis la lâcheté de faire ça mais surtout, j’ai beaucoup pensé à ma famille. Ça m’a permis de prendre conscience qu’il fallait que je me relève. Aujourd’hui, je suis heureux.»

Vous avez pourtant l’air d’affronter encore pas mal de démons.

«J’en affronterai jusqu’à la fin de ma vie. Mais comme je dis dans ‘À la vie à l’amour’, il y a toujours pire que moi. C’est important de prendre conscience que dans tous les cas, rien n’est parfait. Tu vis un peu mieux quand tu acceptes ça.»

Sur le titre ‘Rampanpan’, vous abordez la guerre, le terrorisme, l’esclavagisme, la drogue, la pauvreté… On fait difficilement plus engagé.

«J’ai écrit cette chanson lors de la fusillade à Las Vegas. Rajoutez à cela les règlements de compte à Marseille ainsi que le terrorisme, ces jeunes qui tuent des gens au nom de dieu, et je sature. C’est pour ça que j’essaie de faire aussi des morceaux fun.»

Dans ‘Miracle’, vous vous mettez à la place d’un enfant malade qui relativise sa situation. Pourquoi cette chanson?

«Quand je vais voir des enfants dans les hôpitaux, ce sont eux qui nous réconfortent et nous font la leçon de vie. Je me suis dit que si des enfants malades écoutent cette chanson, ils pourront la faire écouter à leur maman pour dire ce qu’ils ressentent. Ça aide l’enfant de voir ses parents tenir bon à côté d’eux. Quand Sia Styles (autre membre des Psy 4 de la Rime, ndlr) était malade, il ne voulait pas nous voir parce qu’il disait qu’on ne l’aidait pas en étant tristes. Il a gagné le premier cancer sans voir personne. Pour le deuxième, on était tous là mais il n’avait plus la force.»

Vous abordez également le sujet du harcèlement scolaire dans ‘Fragile’.

«Il y a une raison très simple: ma fille rentre au collège. Elle est dans les problèmes de téléphone, de réseau sociaux… S’il n’y a pas de communication entre nous, je ne peux pas savoir ce qu’il lui arrive. C’est un sujet très important mais que l’on néglige alors que des enfants se suicident. Alors tant mieux si des parents peuvent anticiper ce genre de problème.»

 

Dans votre titre ‘Plan B’, vous vous adressez aux jeunes qui prennent la mauvaise voie. Vous avez véritablement un rôle de grand frère à l’égard de votre public.

«Oui, maintenant, il y a même des jeunes qui montent des associations et qui viennent me voir pour demander des conseils. Ces jeunes qui se bougent, ce sont eux qui ont pris le plan B. Moi j’ai eu de la chance parce qu’à quatre ans, j’avais déjà mon plan A (rire). Je suis tombé sur Michael Jackson et j’ai dit: ‘je veux faire comme lui’. La musique m’a pris par la main à chaque étape de ma vie. Du coup, je n’ai pas vu la rue. Mais ce n’est pas le cas d’Alonzo des Psy 4. Il était dans la rue, et c’est moi qui suis allé le chercher pour le faire répéter.»

Vous avez été son plan B?

«C’est ça (rire), je lui disais de venir répéter quand il était en retard.»

Vous vous êtes d’ailleurs récemment associé à une application permettant aux jeunes d’apprendre les maths et la philosophie en musique.

«Je trouve ça cool parce que c’est ce qui intéresse les jeunes. Quand j’étais petit, un prof a mis un texte de MC Solaar sur le tableau pour nous apprendre les métaphores, oxymores, alexandrins ou l’orthographe, ça m’a aidé à me concentrer.»

Ça rejoint votre rôle de coach dans The Voice Kids finalement.

«Ouais et je kiffe, ils ont un talent fou. Là on a commencé les enregistrements de l’année prochaine. Il y a une petite de huit ans qui a chanté Aretha Frankin comme lorsqu’elle a chanté pour Barack Obama. Ils sont hallucinants. Quand ils te regardent avec des étoiles dans les yeux, tu te dis que tu ne te sens pas important mais utile.»

Soprano sera en concert le 4 mai au Palais 12

«Arrose ta chance et vis car nous sommes tous des Phoenix»… C’est avec toute sa générosité et sa simplicité, comme à son accoutumée, que Soprano livre un nouvel album engagé. Un véritable hymne à la vie dans lequel il livre sa sensibilité dès l’intro de son ‘Phoenix’. L’amour, la peine, la fidélité… le rappeur des Psy 4 de la Rime aborde des sujets qui le touchent comme dans ‘À la vie à l’amour’, ‘L’Équilibriste’ ou ‘La voisine’. C’est avec beaucoup plus de délicatesse qu’il lève le voile sur le harcèlement scolaire ou la maladie des enfants. Et pour toucher le plus grand public, Soprano sait y faire: des mélodies parfaitement accordées contrastent avec la dureté de certains sujets. Bon vivant, il parsème le tout de titres plus légers sur lesquels danser. Accompagné de Soolking, il livre l’immanquable ‘Cantare’. On le retrouve également ‘ avec Vincenzo dans ‘Le coach’. 

 

 

 

Laura Sengler