Libérer la parole pour lutter contre les multiples nuances de racisme

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Ph. Fifty Shades Of Racism

Après avoir été victime d’une agression à caractère raciste, Gaëlle van Rosen décidait de lancer en septembre dernier le mouvement ‘Fifty Shades Of Racism’. Un projet grâce auquel elle souhaite mettre un terme à la banalisation du racisme ordinaire au sein de notre société.

Le quotidien de Gaëlle van Rosen a été bousculé cet été. C’est lors d’une soirée presse organisée au Calypso Knokke que cette l’influenceuse officiant dans la communication digitale a été victime d’une agression. Empoignée de force, jetée hors de l’établissement avec un «Retourne en Afrique», la jeune femme d’origine haïtienne-hollandaise a filmé la scène et à la diffuser sur les réseaux sociaux.

Après avoir fait constater ses blessures et porté plainte, malgré les conseils de la police pour qui «cela ne fera pas avancer les choses», Gaëlle van Rosen a décidé de libérer la parole en lançant le mouvement ‘Fifty Shades Of Racism’. «En tant que jeune maman, je me suis dit que je ne pouvais pas me plaindre de la société dans laquelle je vivais si je ne bougeais pas pour la faire évoluer. Il y a eu un ras-le-bol de la banalisation et de l’énorme injustice», raconte-t-elle.

En finir avec le racisme ordinaire

«Oser sortir du silence, c’est quelque chose qui peut réduire la banalisation. Je n’avais pas envie de raconter mon histoire et que cela devienne un fait divers de plus», explique-t-elle. Suite à d’autres incidents racistes, tels que ceux survenus au Pukkelpop ou ceux qui ont touché la présentatrice météo Cécile Djunga, Gaëlle van Rosen rajoute avoir voulu «lancer un mouvement durable qui sensibilise un maximum de personnes afin de montrer qu’il s’agit de choses qui arrivent au quotidien et qui touchent toutes les strates de la société.» «Il n’y a pas que des afro-descendants qui souffrent de ça», témoigne la trentenaire.

Outre la volonté de «libérer la parole des personnes qui subissent le racisme ou qui sont contre le racisme», cette dernière souhaite aller encore plus loin en conscientisant la population. «Il y a plein de personnes qui ont des comportements racistes et qui ne s’en rendent même pas compte. Il y a tellement de nuances de racisme, qui vont de la simple blague au crime de haine raciale. C’est important de conscientiser sur toutes les versions qui existent.»

L’éducation comme solution?

Pour l’influenceuse, l’éducation est une véritable nécessité, alors que le racisme touche la population dès son plus jeune âge. Dans l’école de ses enfants, un petit garçon noir a décidé de quitter l’établissement après la Saint-Nicolas. «Ses copains lui disaient des choses comme ‘Tu peux aller te laver’. Du coup, tous les jours, il demandait à sa maman de frotter fort pour ne plus qu’il soit noir et sale», témoigne-t-elle, «révulsée» par cette histoire. «Pour qu’un petit enfant de trois ans aille jusqu’à développer des allergies à cause du rejet qu’il subit à l’école, c’est qu’il y a quelque chose à faire», rajoute-t-elle.

«Au niveau de l’éducation il y a toute une partie de l’histoire qui n’est pas enseignée. La Belgique s’est construite sur une histoire commune avec le Congo, et ce n’est pas enseigné à sa juste valeur à l’école», rappelle Gaëlle van Rosen, en ajoutant que cette compréhension de l’histoire reste essentielle pour vivre ensemble et s’accepter les uns les autres.

Se mobiliser pour changer les choses

Si cette dernière ne s’attendait pas à un tel accueil lors du lancement de son mouvement, elle souhaite aujourd’hui aller encore plus loin pour faire évoluer les choses. «Aujourd’hui, la loi ne pénalise pas les propos racistes, il faut absolument prouver qu’il y a eu une incitation à la haine. Le seul moyen de faire changer la loi est d’unir nos voix.» Un site internet comprenant des témoignages, des textes de lois et un soutien aux victimes fait d’ailleurs partie de la suite de ses projets. «On aimerait bien lancer une campagne nationale aussi», ajoute-t-elle, en espérant également pouvoir mettre en place «un groupe de parole une fois par mois avec le Mrax (Mouvement contre le racisme) et proposer des formules éducatives.»

Laura Sengler