Faire l’amour en dormant ? Cela existe et cela s’appelle la sexomnie

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Faire l’amour en dormant ? Oui, cela existe. Cela s’appelle la sexomnie, et si ce trouble peut faire sourire, ses conséquences ne sont pas à prendre à la légère. Ce sujet tabou reste relativement méconnu du grand public, et pourtant cette forme de somnambulisme est bien plus courante que l’on pense.

Être sexomniaque, c’est pratiquer une activité sexuelle pendant le sommeil, de façon plus qu’entreprenante, et n’en avoir plus aucun souvenir au réveil. D’après une récente étude canadienne, près de 11% des hommes pourraient être concernés par ce trouble, contre à peine 4% des femmes.

C’est une forme de somnambulisme qui ne vous sort pas de votre lit, bien au contraire, mais qui vous pousse à entamer des rapports sexuels avec votre partenaire. Dans cet état, le sexomniaque n’a absolument aucune inhibition. Ce phénomène se produirait le plus souvent durant la phase de sommeil profond, aux premières heures de la nuit, lorsque le cortex a tendance à se déconnecter tandis que le tronc cérébral, qui dirige des fonctions basiques comme la volonté de manger ou d’avoir des rapports sexuels, fonctionne toujours. Mais ce principe n’est pas gravé dans le marbre. Cela peut également se produire durant le sommeil léger et/ou paradoxal.

Les femmes auraient plutôt tendance à se masturber durant leur sommeil, tandis que les hommes essaient de passer aux choses plus concrètes.

Des causes méconnues

Il y a très peu d’études concernant ce trouble du sommeil. On n’en connaît pas réellement les causes exactes. Certains évoquent des prédispositions génétiques au somnambulisme, d’autres évoquent un manque de sommeil, une forte consommation d’alcool ou de drogues, un traumatisme émotionnel ou plus simplement un état de stress. Certaines études pointeraient du doigt l’apnée du sommeil. Et si le diagnostic est si difficile à établir, c’est aussi parce que le sexomniaque ne sait pas qu’il l’est ou qu’il a trop honte de se voir jugé.

Si votre partenaire souffre de ce trouble, il est bon de savoir que ce n’est pas une perversion. Le sexomniaque aurait une forme de conscience onirique durant son sommeil, mais peut très bien avoir une sexualité complètement épanouie dans sa vie quotidienne.

Pendant la phase de sexomnie, le sujet aura souvent un comportement sexuel assez différent que dans la réalité. Il peut parler en dormant en usant de termes assez crus ou ne pas prononcer le moindre mot, tandis que ses gestes peuvent être plus fermes voire plus brutaux, sans montrer le moindre signe d’affection.

Est-il possible de se soigner?

L’idéal est d’avant tout consulter un centre du sommeil qui permettra d’établir un diagnostic assez clair. Le suivi se construira sur une analyse personnelle des situations de stress qui pourraient favoriser ces crises. La consommation d’alcool et/ou de drogues sera à éviter, tandis qu’un focus sera fait sur un sommeil sain et régulier qui passera éventuellement par des séances de relaxation ou de méditation, en évitant la pratique sportive tardive. Si le trouble persiste, c’est un psychothérapeute, voire un psychiatre qui prendront le relais avec, dans les cas les plus problématiques, la prescription d’antidépresseurs.

Des conséquences potentiellement dramatiques

À moins d’être sexomniaques à l’unisson, ce trouble du sommeil peut nuire à la relation d’un couple. Mais dans les cas les plus graves, il peut conduire à des accusations d’agression sexuelle voire même de viol. Le sexomniaque-agresseur sera alors bien en peine de prouver l’innocence de ses intentions puisqu’il n’aura lui-même aucun souvenir de cet acte. Une expertise médicale devra alors prouver qu’il souffre de sexomnie pour être ensuite pris en charge.

Certains avocats véreux ont parfois tendance à soulever cet argument comme moyen de défense en cas d’accusation de viol. C’est alors à l’expert de parler. Dans l’hémisphère sud, l’Australasian Sleep Association demande ainsi que ce soient des experts en sexomnie qui doivent être appelés à la barre.

Il faut surtout savoir que si l’acte peut s’avérer grave, il n’est néanmoins pas le signe d’une maladie mentale ou de graves troubles psychologiques. «C’est une forme de somnambulisme qui n’est en rien révélateur des véritables sentiments de l’individu», explique le Dr. Cunnigton, du Centre des troubles du sommeil de Melbourne. «C’est une simple anomalie au moment de la mise en veille de toutes les parties du cerveau, à la frontière entre la veille et le sommeil.»

Pour éviter des situations désagréables, le premier conseil à donner aux sexomniaques est donc d’éviter de dormir près d’amis, de connaissances ou d’enfants. Ça évitera des réveils douloureux et des explications obscures.

Pierre Jacobs