La zinne, une monnaie locale pour les Bruxellois

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La Région bruxelloise devrait voir apparaître une nouvelle monnaie, la zinne, au début de l’année 2019. Ce dispositif vise à favoriser les circuits courts.

«Vous prenez les zinne?» Voici le genre de question que l’on pourrait bientôt entendre au moment de payer dans certains magasins de l’agglomération bruxelloise. Plusieurs collectifs citoyens travaillent actuellement à la création d’une nouvelle monnaie locale. Ce moyen de paiement est proposé à tous les commerçants locaux qui se retrouvent dans la charte des valeurs définie par les collectifs.

Il doit permettre de garder la richesse sur le territoire. «L’idée est que l’acheteur règle ses achats, par exemple des biscuits, en zinnes», détaille Isabelle Dubois, du collectif ucclois qui travaille au projet. «Ensuite, le vendeur de gâteaux se retrouve avec des zinnes. Il peut alors les dépenser auprès d’un fournisseur qui les accepte, par exemple un vendeur de morceaux de chocolat, de farine… Ensuite, celui-ci va dépenser ses zinnes pour payer son café, par exemple. Le cafetier pourra alors payer sa taxe communale en zinne, et la commune payer un prestataire de services avec cette monnaie locale, qui pourra lui-même régler ses achats de la sorte.» La boucle est bouclée, et l’argent n’est pas parti enrichir une entreprise installée à l’autre bout de la planète et qui amène ses produits en Belgique via de polluants porte containers.

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Soutenir la production locale

Que se passera-t-il pour, par exemple, un vendeur de pita qui veut proposer à la vente du Coca-Cola, ou tout autre produit non local? «La zinne restera de toute façon convertible en euro, il pourra donc l’accepter sans crainte», souligne Isabelle Dubois. «Par contre, avant que le commerçant ne convertisse sa monnaie, on pourra lui proposer des solutions alternatives. Il existe à Bruxelles une foison de solutions, de petits commençants, qui ont des innovations à proposer, mais qui manquent de visibilité.» La zinne, comme le font déjà d’autres monnaies locales, permettra d’intégrer de nouvelles offres dans la boucle économique.

 

Les collectivités pourraient également intégrer la boucle. Les fondateurs de la zinne ont pris contact avec des CPAS. «Une prime, ou une partie de l’argent pourrait être versée en zinnes», suggère Isabelle Dubois. Principal avantage: l’argent dépensé par les bénéficiaires irait dans les poches des producteurs locaux, ceux-là même qui contribuent avec leurs impôts à la sécurité sociale, plutôt que dans celles d’entreprises moins soucieuses de contribuer au système social belge.

Une monnaie complémentaire

La zinne va-t-elle remplacer l’euro? Sûrement pas, puisque les montants investis en monnaie locale restent en général assez modestes. Au Pays Basque, une région pionnière en matière de monnaie locale, on ne compte que l’équivalent d’un million d’euros en circulation en Eusko. Et l’objectif n’est d’ailleurs pas de remplacer l’euro, comme on le voit avec les monnaies locales qui existent déjà en Belgique (SolAToi à Ath, Lumsou à Namur…). «L’idée est d’offrir une monnaie complémentaire, afin de répondre à certains manquements que l’on constate dans la société», concluent les porteurs du projet. «Il s’agit simplement de répondre à des besoins de cohésion sociale, de développement durable, et de soutien aux commerces de proximité.»