Stéphane De Groodt revient en pleine forme dans une nouvelle comédie

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Stéphane De Groodt nous revient en pleine forme dans la comédie jubilatoire ‘Le Jeu’. L’histoire de sept amis testant les limites de l’amitié et de l’amour grâce à un objet infernal: leur smartphone. Cet ancien pilote devenu le Belge préféré des Français se confie à Metro – sans filtre bien sûr.

Dans ‘Le Jeu’, des amis se réunissent et décident d’exposer tous les messages et appels qu’ils reçoivent le temps d’un dîner. Est-ce que vous êtes plutôt du genre accroc à votre téléphone, ou encore bloqué au Nokia 3310?

Stéphane De Groodt: «Les téléphones sont tellement envahissants maintenant, c’est insupportable. Vous constaterez que j’en ai deux… mais ils sont sur silencieux (rires). Je dois me faire violence pour ne pas utiliser mon appareil photo trop souvent. À un moment donné, je décide de regarder les choses avec mes yeux. J’ai des yeux, et ils sont bien mieux équipés que le dernier modèle photo de chez Apple. C’est con de pas s’en servir. C’est comme quand on aime le vin, on se discipline.»

Est-ce que vous avez joué au fameux ‘Jeu’ avec les autres comédiens pendant le tournage?

«Non c’est un jeu auquel il ne faut surtout pas jouer. Il y a 20 ans, lors d’un dîner, on aurait trouvé ça complètement insensé de demander à tous les amis qui sont autour de la table de sortir leurs vieux journaux secrets et de les lire à haute voix. On aurait tous dit ’non’. Eh bien, avec le téléphone c’est pareil. Il y a tout: des photos, des notes, des mails. C’est tout ce qui nous raccroche à nous-même et notre intimité. Mais le téléphone est visible. Les carnets intimes, on les cachait. Ce cahier-ci n’est pas caché, du coup on se donne le droit d’en jouer et de l’ouvrir. Même lire la liste de courses que quelqu’un a rédigée sur son smartphone, c’est comme si on allait fouiller dans le frigo ou la poubelle des autres. Si je dois acheter 36 bières d’un coup, ou du lubrifiant pour des trucs intimes, ça ne regarde personne (rires).»

Le film repose sur une belle brochette de comédiens et on sent que l’énergie passe très bien entre vous. Comment avez-vous fait pour créer cette ambiance?

«Je connaissais déjà bien Bérénice (Bejo) puisque nous avons joué au théâtre ensemble. Et je pense que Fred (Cavayé, le réalisateur) a fait un travail remarquable. C’est vrai que cette énergie de groupe apparaît dans le film. On a chacun notre partition solo, mais aussi des partitions de couple et puis une partition de groupe. Au final, on joue vraiment la même musique. Je pense que j’ai accepté ce film aussi parce que je me suis imaginé ça. C’est ce qui fait la force du film, parce que du coup, la vedette, c’est le téléphone, pas les acteurs.»

Le film est le remake d’un long-métrage italien (‘Perfetti sconosciutti’, sorti en 2016). Pensez-vous qu’un remake belge soit une idée intéressante?

«Non, je pense que ça n’a aucun sens. Parce qu’on a une culture déjà francophile. On est cousins, on est frères. Je ne pense pas qu’il y ait un humour belge ou un humour français. Pour moi, l’humour il est universel. Charlie Chaplin fait rire tout le monde, dans toutes les générations. Après, on aime bien poser des étiquettes. L’intérêt de faire un film français par rapport au film italien, c’est une question de langue. Peut-être que ça vaudrait la peine de faire un remake flamand?»

Vous avez commencé votre carrière comme pilote de course. En quoi ces 15 années de passion automobile ont pu alimenter votre deuxième amour: la comédie?

«L’humilité! Quand on fait de la compétition, on ne la ramène pas. On gagne un week-end, et celui d’après on finit dernier. Ça ne sert à rien de faire le malin. Mais ce qui m’a desservi au début, c’est justement l’esprit de compétition. En course automobile, le but est d’être premier, de gagner. Même les Césars, ce n’est pas une coupe qu’on soulève comme sur un podium. Mais il y a aussi des similitudes: le public dans les tribunes, le spectacle, la montée d’adrénaline folle quand le rideau de théâtre se lève. Il n’y a pas beaucoup d’endroits, beaucoup de moments, où on ressent cette impression qu’on va se jeter dans le vide. C’est la première au théâtre, c’est le départ d’une course. C’est vertigineux et c’est très excitant.»

D’où vient ce plaisir de jouer avec la langue française? À l’écrit comme à l’oral d’ailleurs.

«À la base, il vient d’un déplaisir et d’une incapacité à jouer avec les mots, de ma dyslexie. Je me suis dit: ’J’ai un problème avec les mots. Pas de bol, ils sont nombreux. Plutôt que de me battre avec eux, je vais moi-même les torturer, les malmener, pour pas que ce soit l’inverse’. Et puis je me suis rendu compte qu’en fait ils étaient flexibles et très surprenants. Un même mot peut dire beaucoup de choses. Et ça m’a soigné… mais ça ne m’a pas guéri (rires). Et puis faire rire, c’est autant un moyen de se faire aimer que de se cacher. C’est une forme de noblesse, c’est une déclaration d’amour. C’est donc ça qui m’a donné envie de faire ce métier.»

Vous avez peu tourné en Belgique?

«C’est vrai… et je trouverais ça assez couillu de la part des Frères Dardenne de m’engager. Je trouverais ça chouette!»

Ils le savent?

«… Pas sûr!»

Stanislas Ide

@stanislas.ide

 

En quelques lignes

Toute vérité est-elle vraiment bonne à dire? Sept amis décident de révéler tous les appels, notifications et autres messages qu’ils reçoivent sur leur smartphone le temps d’un dîner explosif. Fred Cavayé, réalisateur plus connu pour ses films d’action comme ‘À bout portant’, signe ici une comédie cynique trouvant sa place quelque part entre ‘Le prénom’ et ‘Les petits mouchoirs’. Un huis clos bourgeois et mordant, dont on ressort en se demandant si on veut vraiment tout savoir sur ses proches. On regrette parfois qu’un ton moralisateur vienne enfoncer le film dans le cliché du drame français donneur de leçon, alors que la comédie piquante se suffit clairement à elle-même. Pas de quoi trop bouder son plaisir, tant les acteurs s’en donnent à cœur joie. Stéphane De Groodt surprend dans le rôle le plus émouvant de la bande, et Bérénice Bejo, Roschdy Zem, Vincent Elbaz et les autres font tous des étincelles dès qu’ils ouvrent la bouche. Et la plupart du temps pour s’engueuler! Tout ça ne tiendrait pas la route sans la mise en scène impeccable de Cavayé. Il évite haut la main le piège du théâtre filmé en plaçant le spectateur à table avec les comédiens, et en y soulignant le moindre regard furtif, qu’il soit dirigé vers un écran… ou un amant.

3/5