À partir de quand est-on surefficient mental ?

«Je pense trop»: cette phrase, vous vous la dites peut-être souvent… trop souvent! Vous en avez marre de ce cerveau qui bouillonne en permanence. Si c’est le cas, ces deux livres vous aideront sûrement à y voir plus clair. Christel Petitcollin, Conseil et Formatrice en communication et développement personnel, s’est penchée sur ce qu’elle appelle les surefficients mentaux.

J’ai l’impression d’entendre souvent dans mon entourage des gens se plaindre car ils avaient cogité toute la nuit. À partir de quand est-on alors réellement surefficient mental?

«Il y a bien entendu l’aspect ‘trop penser’. En réalité, on pense trop quand on commence à en souffrir. Ça ne viendrait pas à l’idée à une majorité de personnes de dire qu’elles pensent trop. L’autre caractéristique est que la pensée est complexe et arborescente. Être surefficient, c’est à partir du moment où chaque idée que l’on a débouche sur dix autres idées qui débouchent sur dix autres idées… C’est une espèce de foisonnement sans fin.»

C’est donc cette pensée arborescente qui caractérise le surefficient mental?

«Exactement. Je le vois dans les foires du livre: les gens qui ne pensent pas trop ne se sentent pas du tout concernés par le livre. Les gens qu’ils le sont doutent, les gens qui sont sûrs de ne pas l’être le savent.»

Est-ce la même chose d’être surefficient et haut potentiel?

«On commence à se rendre compte que dans les hauts potentiels, il y a non seulement ceux qui ont une pensée linéaire mais également ceux qui ont une pensée dite complexe. On regroupe sous le terme ‘haut potentiel’ ces deux populations. On commence aussi à se rendre compte que les surefficients ratent les tests de QI. En réalité, les tests sont conçus de manière à ce qu’il y ait une réponse à une question. Or pour le surefficient mental, une question apporte dix réponses. Ils ont donc neuf chances sur dix de rater. Les surefficients sont par ailleurs hyperémotifs, et les tests en eux-mêmes les bouleversent. En plus, ils sont chronométrés, donc ça les stresse. Ils sont dans des conditions émotionnelles et affectives qui les font rater les tests de QI. À la fois, ils pourraient faire partie des hauts potentiels mais comme ce sont des HP complexes, les tests de QI ne sont pas représentatifs pour eux.»

D’après vos livres, il existe plusieurs profils. Mais ils sont tous caractérisés par une très grande sensibilité.

«L’hyperesthésie est la première caractéristique qui définit un surefficient. L’individu a alors les cinq sens très développés, très en alerte et toujours en éveil. Les surefficients ne peuvent pas ne pas capter les choses, ils n’ont pas le ‘sélecteur’ qui les trie.»

Cela ne concerne pas forcément tous les sens.

«C’est compliqué… Les surefficients ne savent pas comment les autres perçoivent le monde. C’est donc difficile de savoir quel sens est plus développé et s’il y en a qu’un seul ou plusieurs. Dans tous les cas, ils ont le sens du détail plus que les normaux pensants. Ils ont une audition plus développée, sont plus sensibles au chaud-froid… Jean-Claude Van Damme dit ‘Je suis aware’. Pour moi, c’est être hyperesthésique. Il pense que tout le monde peut être ‘aware’ mais il fait erreur en pensant que les normaux pensants le sont. Il dit aussi: ‘quand t’es con, tu ne sais pas que tu es con. Mais quand tu n’es pas con, tu sais que des fois, t’es con’. En fait, plus on est intelligents, moins on sait qu’on l’est. C’est pour ça que le terme de surdoué pose problème aux surefficients. Ils ne se reconnaissent pas comme étant intelligents.»

Par ailleurs, être surefficient ne sous-entend pas pour autant faire de grandes études.

«Comme les études ne sont pas adaptées à leur cerveau, ils ont même plus de chances d’être en échec scolaire.»

Mais ça ne veut pas dire non plus que si vous êtes surefficient, vous êtes forcément en échec scolaire. Ce n’est donc pas facile de se reconnaître dans ce profil.

«Oui et non. Disons que si vous vous sentez hypersensible, si vous avez l’impression d’avoir une pensée qui ne s’arrête jamais et qui part en étoile, si vous vous savez très empathique, vous avez donc beaucoup de chances d’être surefficient mental.»

Vous expliquez, dans vos livres, que le surefficient est créatif mais ne sait pas forcément qu’il est.

«Il faut pour cela revenir à la base et voir comment à l’école primaire, on asphyxie la créativité des enfants. S’ils étaient créatifs au début, ils ne s’en rappellent peut-être même plus. Ce qui devient prégnant dès la petite école, c’est l’ennui. Les cerveaux surefficients commencent très vite à s’ennuyer et traversent la vie en s’ennuyant. Les manques de créativité, de stimulation, d’apprentissage les plongent dans un ennui complexe. C’est là qu’ils perdent leur créativité.»

L’école joue donc un rôle important.

«On sait que l’école d’aujourd’hui n’est plus du tout adaptée aux enfants. On dit qu’elle sert plus à formater qu’à réellement instruire. Il y aurait un véritable besoin de réformer l’école en profondeur pour que les enfants qui pensent trop ne s’y ennuient pas et pour que les individus à cerveau complexe trouvent aussi leur place. En France, certaines grandes écoles, en sciences politiques par exemple, commencent à s’interroger sur la trop grande conformité des élèves qu’elles recrutent et le manque d’esprit innovant et créatif. Elles commencent à mettre en place des recrutements parallèles. Il y a un début de prise de conscience du problème et de ce gâchis.»

Maïté Hamouchi

«Je pense trop», de Christel Petitcollin, éditions Guy Trédaniel, 17,50/19€