Angèle: «L’honnêteté est mon fil conducteur»

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Photo Charlotte Abramow

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le premier album d’Angèle « Brol » ne sort que ce vendredi 5 octobre. Étonnant parce que cela fait près d’un an que la jeune Bruxelloise fait parler d’elle dans tous les médias.

Et à raison… La sœur de Roméo Elvis a déjà tout d’une grande, un sens inné de la mélodie, des paroles qui touchent au but, un décalage et un humour, un univers visuel très cohérent, et une maîtrise totale du sujet. Chronique d’un gros succès annoncé.

Ce premier album à tout du rouleau compresseur. On ne parle que de vous partout. Vous ressentez cette pression?

« Je me mets déjà de la pression toute seule. Mais c’est vrai qu’à ce niveau-là, je ne sais pas comment cela se fait. Je ne sais pas l’expliquer mais je crois qu’il y a eu une chose rare, c’est la sortie de trois singles avant la sortie de l’album, avec ‘La loi de Murphy’, ‘Je veux tes yeux’ et puis ‘La Thune’ qui ont chacun envoyé un message différent. Il y a une pression mais j’essaye de la ressentir le moins possible. »

Il faut être capable de garder les pieds sur terre.

« Difficilement, mais la manière d’échapper à ça, c’est d’en parler, et surtout d’être tout le temps honnête. L’honnêteté est vraiment mon fil conducteur. Si je suis honnête avec les gens dans mes paroles, c’est plus simple de rester les pieds sur terre que de s’inventer un personnage. »

Ce qui étonne également pour une chanteuse belge francophone, c’est l’énorme succès que vous avez en Flandre aussi.

« Oui, tout à fait! C’est encore plus fou pour moi que le succès que j’ai en France, qui est plus compréhensible puisque mes textes sont en français. La Flandre est un public difficilement atteignable pour une chanteuse francophone, et j’en suis vraiment très contente. »

Quand on écoute vos morceaux, on sent un sens de la ligne mélodique assez naturel. Est-ce si naturel que cela?

« Oui, mais c’est à la fois naturel et recherché. Je suis toujours en recherche d’une mélodie. Ça me vient, fort heureusement. Je trouve qu’une mélodie est extrêmement importante. C’est ce qui est le plus beau en musique. »

Comment naissent-elles?

« En général, avec les paroles, une intonation, un ton. Par exemple, avec une phase comme ‘Tout le monde il veut seulement la thune’, la mélodie est venue naturellement. Du coup, cela m’a emmené sur un certain accord, et la suite s’est construite avec les mots. Parfois, ce sont des accords qui me lancent une idée de texte. Mais en général, s’il y a une mélodie qui naît, c’est difficile de mettre des paroles qui sont cohérentes avec la mélodie. »

Et vos textes sont très visuels. Quand vous chantez, on visualise directement ce que vous racontez.

« Oui, c’est très important. J’aime écouter une musique et la comprendre tout de suite. Sinon, je complexe et je me sens trop bête. Je n’aime pas quand la musique est trop intellectualisée et qu’on en perde le sens. C’est une vision très personnelle, mais pour moi, la musique doit être accessible. Si elle ne l’est pas, je me sens snobée et je n’aime pas. Mes paroles sont plutôt claires et compréhensibles dès le début. »

Vous faites les paroles et les musiques pour garder la maîtrise totale du morceau.

« Oui, c’est important. J’en avais les capacités, donc j’avais très envie de le faire, ainsi que la production. En fait, tout ce que je peux faire, je le fais moi-même. »

Ce qui est marquant avec cet album, c’est qu’il est générationnel. C’est presque une photographie du moment présent chez une ‘millennial’.

« Peut-être oui… Mais parfois je me demande si ça ne l’est pas un peu trop, d’ailleurs. J’espère que ce n’est pas trop marqué dans son temps. Mais c’est ça aussi avec l’honnêteté, on a tendance à parler de son temps. On verra dans cinq ans ce que cet album racontera encore d’actuel. »

Il est souvent question d’amour dans cet album, mais il n’est jamais très rose.

« Il est plutôt bleu que rose. Moi, j’aime beaucoup les chansons d’amour. J’en écoute tout le temps, et cela constitue une grande partie de la musique en général. L’amour est inspirant, surtout quand cela se passe mal. Ce sont des chansons qui parlent de l’insécurité dans l’amour et de l’envie de garder ce qui existe. Ce qui est difficile avec l’amour, c’est que cela change tellement vite. Quand on tombe amoureux, on ne sait pas combien de temps cela va durer, il y a ce côté éphémère. »

L’album se conclut par le morceau «Flou» qui raconte ce que vous vivez depuis un an et ce tourbillon.

« C’est un peu la chanson où je me plains de mon succès (rires). Dans cette envie d’être toujours honnête, j’avais envie d’aborder un métier dont on ne voit pas toujours les côtés négatifs, parce que c’est un métier qui fait rêver. On ne peut pas dire que c’est la mine, c’est un métier que j’ai choisi, qui a pris les couleurs que je voulais, mais il n’empêche que, comme dans tous les métiers, il y a des côtés difficiles.

Et surtout, il y a le ‘succès’ que je n’ai pas spécialement bien vécu puisqu’il a été rapide et puissant, et qu’il a engendré beaucoup de pression, de stress, d’angoisses et de questions. J’avais envie de parler de tout cela parce que ça devenait très flou. Je n’ai pas toujours compris ce qui m’arrivait. J’avais parfois l’impression d’être dans une mare d’informations que je n’arrivais pas à saisir. Et si j’ai mis ce morceau en fin d’album, c’est pour dire ‘on verra la suite’, et surtout de relativiser et de désamorcer. »

Les réseaux sociaux ont joué un rôle dans ce succès, et j’ai l’impression que vous en avez la pleine maîtrise.

« Oui, complètement. C’est un réel métier. Les doutes existent ainsi que le manque de confiance en moi et la comparaison. Ce sont des choses engendrées par les réseaux sociaux. Ça donne envie de se mettre en valeur. Ça pose des questions d’identification, et c’est de cela que je parle. Aujourd’hui, j’y suis moins confrontée, et c’est devenu mon métier. Et je garde une certaine distance. Mais j’imagine que ça a un impact sur les jeunes. »

Vous êtes énormément suivie sur Instagram. On y trouve des ‘post’ promo mais aussi d’autres plus anodins qui peuvent quand même générer plus de 80.000 ‘likes’.

« C’est fou, oui. Cela m’a fait poser des questions sur ce que je peux révéler de ma vie privée. Du coup, j’y fais un peu plus attention. »

Vous ressentiez un besoin de vous montrer en vous lançant dans Instagram?

« Oui! J’avais en tout cas un besoin de reconnaissance, qui est assouvi (rires). »

À travers vos clips et vos photos, on sent une cohérence visuelle dans votre univers.

« J’avais envie d’un univers coloré. En fait, j’ai instauré le second degré, le décalage et les couleurs. Et puis, les gens en ont fait ce qui semblait le mieux. J’avais les idées de base pour certains visuels ou clips, puis j’ai travaillé avec des gens qui avaient l’idée de me mettre dans des personnages. C’était hypercool parce que c’étaient des choses auxquelles je n’avais pas spécialement pensé. »

Certains vous rapprochent de la chanteuse Lily Allen, qui a aussi ce sens de la mélodie, du décalé mais avec des paroles qui en imposent.

« Oui, j’adore cette comparaison. Je suis très flattée. C’est le côté anglais un peu piquant que j’aime bien, et qui n’est pas conformiste. Sous des airs de mélodies un peu naïves, elle chantait des trucs du genre ‘Fuck You’ contre l’homophobie, ou ‘Not Fair’ sur la jouissance. Ce sont quand même des sujets très peu abordés en musique. Et elle arrive à le faire avec beaucoup de délicatesse et d’humour. Il y a très peu d’artiste qui arrive à le faire. »

Le morceau « Balance ton quoi », c’est un peu votre « Fuck you » à vous?

« Je me suis justement fait la réflexion récemment. C’est inconscient mais c’est tout à fait le même genre de construction. »

Pierre Jacobs

Angèle sera en concert (sold out) à l’Ancienne Belgique les 26 et 27 novembre. Une nouvelle date vient d’être ajoutée à Forest National le 25 mai 2019.

Angèle et la Stib

En grande consommatrice des transports en commun bruxellois, Angèle a décidé de s’associer à la Stib pour un événement très coloré. Du 8 au 13 octobre, un pop-up store –un «brol shop»- sera en effet installé à la station Rogier dans lequel on retrouvera absolument tout son univers (vinyles, expo, concours, merchandising, etc.), à l’occasion de la sortie de son album. La Stib organise en outre un show case privé, le samedi 13 octobre, dans un endroit tenu secret. 25×2 tickets sont à gagner sur ce site.