Le militant de Pussy Riot sans doute empoisonné enquêtait sur la mort de 3 journalistes

122
AFP / V. MAximov

Le groupe contestataire russe Pussy Riot a lié mercredi le probable empoisonnement de son membre Piotr Verzilov à ses tentatives d’enquêter sur la mort de trois journalistes russes en Centrafrique.

Ces trois journalistes russes ont été tués par balles le 30 juillet en Centrafrique où ils enquêtaient sur un groupe occulte de mercenaires russes pour le compte d’un média fondé par l’adversaire du Kremlin Mikhail Khodorkovsky.

Nadejda Tolokonnikova, célèbre militante de Pussy Riot et épouse séparée de Piotr Verzilov, a déclaré à la chaîne indépendante Dojd que ce dernier avait reçu une information sur ces assassinats envoyée par l’un de ses contacts en Centrafrique la veille du jour où il est tombé malade. « Nous pensons que (l’implication de Piotr Verzilov dans l’enquête) est l’un des scénarios possibles car Petya aurait pu intéresser les services secrets russes ou les structures de l’Etat, y compris en Centrafrique », a déclaré Mme Tolokonnikova, utilisant un diminutif du prénom de son mari.

Hors de danger

M. Verzilov, qui a la double nationalité russe et canadienne, a été admis dans une clinique de Moscou après être tombé malade le 11 septembre après une audience dans un tribunal moscovite. Au cours du week-end, il a été transféré à Berlin dans un état qualifié de « grave ». Mardi, ses médecins allemands ont déclaré qu’il était hors de danger mais qu’il restait en soins intensifs, estimant qu’il s’agissait « très vraisemblablement » d’un cas d’empoisonnement.

Auparavant, Nadejda Tolokonnikova, qui avait été détenue près de deux ans pour une « prière punk » en 2012 contre Vladimir Poutine, avait estimé que « c’était probablement une tentative d’assassinat ou au moins d’intimidation ». M. Verzilov, qui travaille pour le site d’actualités Mediazona qui informe sur les procès des défenseurs des droits de l’homme, avait réalisé un film avec l’un des journalistes tués en Centrafrique, un réalisateur connu de documentaires, Alexander Rastorgouïev.

« Une information sensationnelle »

Mme Tolokonnikova a raconté à la chaîne que le portable de M. Verzilov montrait qu’il avait reçu une information le 10 septembre d’un contact en Centrafrique qui menait une enquête sur l’assassinat des trois journalistes. M. Verzilov avait dit auparavant à son épouse qu’il attendait « une information sensationnelle », selon elle. Seul Piotr Verzilov connait le mot de passe du portable permettant d’ouvrir ce document, or son état est toujours « instable », a-t-elle souligné.

Les amis et partisans de M. Verzilov pensent qu’il a pu avoir été empoisonné pour avoir pris part à la mi-juillet à une invasion surprise de la pelouse pendant la finale de la Coupe du monde de football en Russie organisée pour protester contre les abus commis par la police.
« L’autre option, mais l’une n’exclut pas l’autre, est celle de l’action de protestation à la Coupe du monde, qui a peut-être contrarié de nombreuses » personnes, a-t-elle ajouté.