William Fitzsimmons : « Chez vous, on ressent la musique différemment de l’Amérique du Nord »

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Mission Bell sort ce vendredi, album né d’une longue agonie qu’on appelle la maladie d’amour. Rencontre avec William Fitzsimmons avant son concert au Botanique de Bruxelles le 16 octobre.

On se demandait pourquoi il avait a dû annuler sa tournée européenne fin 2017. L’explication viendrait un peu plus tard : une très douloureuse séparation amoureuse avec son épouse. Une histoire banale de laquelle est né un album intense, délicat et désabusé.

Je termine plusieurs dizaines d’écoutes de Mission Bell avec l’impression d’avoir souffert ton histoire par procuration. Qu’est-ce qui explique cette connexion si intense et particulière que tu entretiens avec tes fans ?

« Il faut admettre qu’il y a des éléments parfois indigestes, enfouis, enterrés au plus profond de nous-mêmes. Cet album, c’est une sorte de confrontation avec tout cela. Tout le monde n’y est pas prêt. Ce doit être pour cette raison que certaines personnes sont si sensibles à ma musique, alors que d’autres éprouvent une certaine aversion pour ce que je chante. Mission Bell est une histoire vraie, crue, douloureuse. Ce n’est pas ce que l’industrie du divertissement a l’habitude de livrer, mais c’est ma vérité à moi. »

Tu n’es ni triste ni sinistre. Tu es en vérité assez drôle, y compris sur scène.

« C’est gentil de le préciser. Je ne dis pas qu’il ne faut chanter que des trucs douloureux. Je préfère rire et ressentir la joie à être confronté à la douleur. Mais j’y suis ouvert et je sais que ces moments font partie du voyage. Je les accepte. Dans ma carrière, j’ai écrit des chansons dont j’étais certain qu’elles allaient toucher le public et, finalement, j’étais le seul à les apprécier. Au contraire, d’autres sur lesquelles je misais moins sont devenues des classiques qu’on me demande à chaque concert. Tout cela est hors de mon contrôle. On ne force pas l’émotion à un public. On se contente d’être le vecteur, la voix, de sentiments et d’expériences. Mon ambition, c’est de continuer à vivre et à écrire le plus honnêtement possible. »

Les titres de l’album, tu les as joués cet été sur différentes scènes, en Allemagne notamment, avant la sortie de l’album. Ce n’est pas compliqué à gérer ?

« Je prends toujours soin de raconter ce que j’ai écrit, de donner des informations pour que les gens puissent comprendre et ressentir les choses. Je me permets d’aller loin sur scène, mais j’ai aussi appris à garder certaines distances, ce qui me permet de mieux jouer et de ne pas m’effondrer sur scène. C’est arrivé dans le passé et ce n’est pas beau à voir. Pour en revenir à l’Allemagne, c’est là que j’ai joué ma musique la première fois en dehors des États-Unis et j’ai ressenti beaucoup de bienveillance à mon égard. J’y ai gardé des souvenirs émus et des amis proches. »

Il y aurait quelque chose d’européen dans ta musique ?

« En tout cas, c’est une joie répétée et je ne dis pas ça pour vous flatter. Ici, on traite la musique et on la ressent différemment de ce que je connais en Amérique du Nord. J’adore être en tournée aux États-Unis, mais y défendre ma musique est plus compliqué qu’en Europe. Sans doute parce que les gens sont inondés de compositions sans âme. Ma musique n’y pas peut-être pas naturellement sa place. Le Botanique est un endroit splendide, j’ai vraiment hâte d’y être avec Joshua Radin, qui assure la première partie et qui écrit des trucs aussi dépressifs que moi d’ailleurs. »

Je me suis demandé quelle était ma chanson favorite sur l’album et c’est In The Light, qu’on pourra découvrir vendredi à la sortie de l’album. Un duo (pas le seul) avec une femme. À dessein ?

« Plusieurs titres sur l’album sont écrits avec une perception féminine de la relation amoureuse. Être accompagné par une femme dans une chanson comme In The Light n’est pas une nécessité en soi, mais c’était pour moi la meilleure manière de rendre le titre plus authentique. Il n’y a ni victime ni bourreau dans l’histoire que cette chanson raconte. Chacun a ses torts. Chacun fait mal à l’autre. C’est une histoire d’être humains dans ce qu’ils font de mieux : détruire ce qu’ils (s)ont et ceux qui les entourent. Cette chanson est vachement importante pour moi sur cet album, car sans elle, l’histoire serait celle d’une seule voix. Or nous étions deux dans cette déroute. La chanson apporte de l’équilibre, remet les pendules à l’heure. Cela me touche beaucoup qu’elle soit ta préférée. »

Mission Bell de William Fitzsimmons sort ce vendredi 21 septembre chez Grönland Records. En concert le mardi 16 octobre au Botanique à Bruxelles.

 

Cédric Godart