Jain: «Écrire des chansons me console»

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Ph. Paul & Martin

Après ‘Zanaka’, un premier album sacré par les critiques et le public, Jain confirme son talent d’auteure/ compositrice avec ‘Souldier’. Un véritable voyage d’Afrique en Orient à travers lequel elle s’illustre avec brio dans des styles musicaux aussi diverses et variés que le hip-hop, la pop et le reggae.

Entre la promotion du premier album et votre tournée vous avez réussi à réaliser ce second album sur la route. D’où vous est venue l’inspiration ?

« Entre le bus et les voyages j’avais pas mal de temps mort durant cette première tournée, du coup j’en profitais pour avoir de petites idées. J’ai été très inspirée par Ferouz, mais j’ai aussi écouté pas mal de hip-hop pendant ces deux dernières années, comme Kendrick Lamar et Childish Gambino. »

Après la référence musicale au Congo dans ‘Zanaka’, où vous avez vécu durant votre enfance, on retrouve ici des sonorités orientales. C’est une référence à une autre partie de votre vie ?

Oui, c’est un moment de ma vie que je n’avais pas mis en avant dans le premier album. Ça parle de mon passé à Abu Dhabi. J’y ai passé mon bac et rencontré des gens qui faisaient de la musique alors qu’au Congo j’étais toute seule à faire de la pop. C’est là que j’ai découvert ce que c’était d’avoir un groupe et que j’ai confirmé le fait de vouloir en faire ma vie. »

Peut-on dire que votre carrière musicale s’est développée au fil des endroits où vous avez vécu durant votre enfance ?

« Oui, d’ailleurs je ne sais même pas si j’aurais fait de la musique si je n’avais pas voyagé. Quand t’es ado et que tu quittes un lycée ou un collège, c’est toujours un peu difficile, du coup la musique était un peu mon refuge personnel. »

Votre album a été triple disque de platine en trois ans. Comment vit-on un succès aussi fulgurant ?

« Ça m’a donné un peu le vertige, on ne s’y attendait pas du tout. C’était assez fulgurant mais à la fois assez lent, on est passé par toutes les étapes. Je crois que l’on a fait toutes les tailles de salles de Bruxelles (rire). »

Dans ‘Star’ vous parlez de cette quête sans fin de la célébrité. C’était ce à quoi vous prétendiez ?<

« C’est surtout cette idée-là de starification de la société où l’on veut tous être des stars, où l’on se prend en selfie que je trouve très bizarre. J’ai toujours eu beaucoup de mal avec le concept de star et personnellement je n’aime pas beaucoup me mettre en avant, ce qui est très paradoxal puisque je fais de la musique. »

Dans la vraie vie vous semblez très réservée contrairement au personnage que l’on voit sur scène ou dans vos clips. Qui est la vraie Jain ?

« C’est les deux (rires). Il y a la fois ce côté où je me sens vraiment très libre et d’un autre où je suis beaucoup plus réservée, ça dépend de la journée (rires). Jain c’est en fait un zoom que je fais sur une partie de ma personnalité. »
Rupture amoureuse, attentats… Vous arrivez à écrire des chansons positives à partir d’événements tristes.

« Oui parce que je parle de quelque chose qui me touche ou qui me blesse et au fur et à mesure que j’écris des chansons je me console beaucoup.

« C’est une sorte de thérapie aussi. « 

Je me dis que si ça marche sur moi peut-être que ça marchera sur d’autres gens quand ils vont l’écouter. »

C’était le cas pour la chanson ‘Souldier’ ?
« Oui, pour cette chanson j’étais devant les infos quand j’ai vu la fusillade [dans une boîte de nuit d’Orlando en 2016, ndlr]. J’ai directement pris ma guitare et je l’ai écrite en dix minutes maximum. C’est une des chansons qui a vraiment été la plus rapide à faire. Sur ce moment-là, j’avais vraiment envie de me retrouver un petit peu dans ma bulle d’utopie à moi et de me sentir bien avec la musique tout en redonnant un peu d’amour. »

Sur scène, vous troquez votre robe col claudine pour une combinaison bleue.

« Oui, c’est une espèce de bleu de travail qui incarne le ‘Souldier’. Elle donne à la fois un esprit plus engagé et pop. J’avais envie de trouver une suite à ‘Zanaka’, qui veut dire enfant en malgache, tout en incarnant ce soldat avec une fleur à la main. »

C’est aussi une Jain plus mature et plus à l’aide dans ses baskets ?
Plus mature, je ne sais pas mais plus à l’aise, c’est sûr, et même dans mon corps d’ailleurs. »

Jain sera en concert le 15 juin 2019 à Forest National