Un nouvel acteur pour la finance durable en Belgique francophone

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AFP

Oîkocredit, fonds de développement déjà bien actif côté flamand, veut se faire mieux connaître des investisseurs francophones. L’objectif est de collecter l’épargne afin de financer la transition énergétique dans les pays en développement, explique Johan Elsen, directeur du fonds.

Oïkocredit souhaite augmenter sa capitalisation de 10 millions €. Dans quel but?

Ph. D.R.

«Nous sommes une institution de microcrédit déjà bien implantée en Flandre. Nous utilisons l’argent confié par nos investisseurs pour soutenir le développement de communautés dans les pays du Sud. Nous souhaitons atteindre d’ici 2020 une capitalisation de 25 millions €, dans l’idéal, contre un peu plus de 15 millions actuellement. Cet argent nous servira à financer l’accès à une électricité renouvelable et abordable pour des milliers de ménages de pays. C’est l’un des objectifs de développement durable fixés par l’Onu en 2015.»

Quels sont les freins à l’électrification des zones les plus pauvres?

«C’est un peu paradoxal, mais on constate aujourd’hui qu’il y a, d’un côté, énormément de capitaux prêts à financer des projets d’énergie renouvelable. Ces sommes proviennent d’investisseurs qui s’intéressent à des projets d’envergure (au moins 5 millions €), et qui ont des exigences de rentabilité élevées. De l’autre côté, de nombreuses communautés ont besoin de prêts, mais manquent d’accès aux capitaux. C’est à ce niveau que nous souhaitons agir, en fournissant des capitaux là où ils sont nécessaires.»

 

Le développement de panneaux photovoltaïques et de batteries toujours plus performantes va bouleverser le monde de l’énergie…

«Ces nouveaux instruments rendent possible le développement de ‘small-grids’, des petits réseaux, voire de ‘mini-grids’, autour de systèmes de production d’énergie solaire pour la maison (quelques panneaux solaires qui suffisent à alimenter un système d’éclairage, un frigo, une batterie plus ou moins puissante, un four…, ndlr). Il est frappant de constater que le milliard de personnes qui n’a pas accès à l’électricité réside très largement dans des zones qui bénéficient d’un fort potentiel solaire. Mais pour en profiter, il faut pouvoir investir un minimum.»

«Notre épargne peut contribuer à la transition énergétique»

En quoi des microcrédits peuvent-ils être un plus en matière d’accès à l’électricité développement durable?

«Nous ciblons des communautés qui sont délaissées par les grands projets. En Inde, par exemple, nous menons un projet dans un village trop excentré pour bénéficier d’un accès au réseau électrique général. Nous y développons un ‘small-grid’, un réseau local alimenté par des panneaux solaires. Il alimente un hôpital, une école, des habitations, des magasins… Cet accès à l’énergie apporte un véritable plus en termes de bien-être. Dans le cadre d’un autre projet, au Ghana, j’ai visité un magasin qui a pu allonger ses horaires d’ouverture le soir, quand il y a plus de clients potentiels, mais à l’heure où le courant du réseau général fait souvent défaut. Son panneau solaire a soutenu le développement de son activité. L’accès à l’électricité permet de faire tourner une activité économique et de vivre correctement.»

Investir dans un fonds de développement agréé, comment ça marche?

Ph. Pexels

Quatre fonds de développement agréés sont reconnus en Belgique (Oïkocredit, Alterfin, IncoFin, BRS). Les investisseurs achètent des parts, qui leur donneront droit chaque année à un dividende. Celui-ci est généralement raisonnable, puisque l’objectif premier est d’offrir un impact social. Il est toutefois supérieur au rendement d’un compte épargne. Chaque investissement auprès d’un fonds agréé donne en outre droit à une réduction d’impôts de 5% (avec un maximum de 320 € par an et par personne, correspondant à un investissement de 6.400 €), à condition de maintenir son investissement pendant cinq ans. Enfin, tout investisseur bénéficie d’une exonération de précompte mobilier sur la première tranche de 640 € de dividende.