Le Festival de Venise revient en force

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Il y a encore quelques années, Venise, c’était ce festival historique, glamour mais un peu vieillot, sur les rives du Lido. Exit l’odeur de naphtaline : en quelques éditions, la Mostra a su se repositionner comme un des événements ciné de l’année, jusqu’à faire de l’ombre au Festival de Cannes, numéro un incontesté. En attendant l’ouverture ce soir de l’alléchante 75ème édition, Metro fait un petit topo de la situation.

1 – Une question de timing

Depuis des décennies, le calendrier reste inchangé : Cannes en mai, Venise à la rentrée. Mais dans une société de consommation où tout va de plus en plus vite, la durée de vie d’un film s’en voit affectée. Certains films cartonnent à Cannes, et l’été arrivé, ils sont déjà oubliés. Alors qu’à Venise, si votre film suscite l’engouement, il peut vous emmener… jusqu’aux Oscars, quelques mois plus tard. Demandez à Damien Chazelle (‘La La Land’, 2016), à Guillermo Del Toro et son ‘Shape of Water’, à Alfonso Cuarón (‘Gravity’, 2013) ou aux acteurs de ‘Spotlight’ (2015) : des films qui ont gagné des prix à la Mostra, et puis à Hollywood dans la foulée. Pas étonnant du coup qu’ils ils se pressent pour y retourner ! Grand vainqueur de 2017, Del Toro sera président du Jury, et Chazelle fera l’ouverture avec ‘First Man’ (sortie belge : 17/10). Il paraît même que désormais, certains réalisateurs refusent d’aller à Cannes, dans l’espoir d’être pris à Venise… (ou Toronto, l’autre festival de la rentrée, qui est lui aussi en train de sérieusement monter).

 

2 – Le cas Netflix

Les Américains se font plus rares sur la Croisette, et Cannes n’a pas arrangé les choses en s’embrouillant avec Netflix. Alors qu’en France on se demande encore si un film qu’on voit sur son ordi mérite d’être primé dans un festival de ciné, l’Italie ouvre sans problème sa compétition à la plateforme de streaming. Résultat, on pourra découvrir à Venise ‘Roma’ d’Alfonso Cuarón (sortie en décembre), ou encore ‘The Other Side of The Wind’, une œuvre inachevée du légendaire Orson Welles : deux films Netflix pour lesquels Cannes s’était battu en mai dernier, sans succès. Également produit par Netflix et sélectionné pour la compétition vénitienne, et non des moindres : ‘The Ballad of Buster Scruggs’ de Joel & Ethan Coen, initialement conçu comme une série, mais finalement monté pour devenir leur nouveau long-métrage.

ROMA d’Alfonso Cuarón, bientôt sur Netflix

 

3 – Le tapis rouge 2018

Du coup, cette année, le tapis rouge de Venise sera plus attendu que jamais ! Début des hostilités avec Ryan Gosling et Claire Foy (‘The Crown’), qui viendront présenter ‘First Man’ (voir point 1). Compagne de Gosling dans ‘La La Land’, Emma Stone sera aussi dans le coin, avec Rachel Weisz, pour ‘The Favourite’, un film en costumes sur la Reine Anne d’Angleterre. Mais il aura aussi Lady Gaga (pour ‘A Star is Born’, premier film de Bradley Cooper derrière la caméra, sortie belge 3/10), Dakota Johnson et Tilda Swinton (‘Suspiria’, sortie belge en novembre), Joaquin Phoenix (‘The Sisters Brothers’, sortie 24/10), Natalie Portman en pop star dans ‘Vox Lux’, Gael Garcia Bernal (‘Dolores’), ou encore Mads Mikkelsen et Willem Dafoe (‘At Eternity’s Gate’). Niveau francophone, c’est calme, mais citons Juliette Binoche et Guillaume Canet (‘Doubles Vies’) ou le casting étoilé de ‘Un Peuple et Son roi’ (Olivier Gourmet, Adèle Haenel, Louis Garrel, Gaspard Ulliel) même si on ne sait pas s’ils seront tous là. Last but not least ! La Belgitude sera discrète, mais bien représentée, avec Joachim Lafosse, (‘Continuer’), Lubna Azabal (‘Tel Aviv on Fire’), et le chouchou du Royaume, alias Matthias Schoenaerts, qui sera là pour ‘Frères Ennemis’(sortie 3/10), une coproduction belge.

Suspiria de Luca Guadagnino avec Dakota Johnson : ça promet.

 

4 – Le coin des cinéphiles

Beaucoup de noms qui pèsent lourd dans le programme 2018. Déjà, surprise :  Yorgos Lanthimos (‘The Lobster’) et Olivier Assayas (‘Personal Shopper’), deux habitués de Cannes, se retrouvent à Venise. En lice pour le Lion d’Or, il y aura aussi les nouveaux opus de Mike Leigh, Paul Greengrass, Jacques Audiard, Lazslo Nemes (‘Le fils de Saul’) ou Luca Guadagnino (‘Call me by your name’). Enfin, petit moment de fierté nationale : la Mostra projette chaque année des vieux classiques restaurés, et ce soir, pour la pré—ouverture, elle a choisi ‘Le Golem’ de Paul Wegener (1920) : une projection rendue possible grâce à la Cinematek de Bruxelles, qui a retrouvé dans ses archives le négatif original, qu’on croyait perdu, et qui a collaboré avec le festival pour la restauration.

75ème festival international du film de Venise. Du 29 août au 9 septembre, Lido de Venise, Italie – www.labiennale.it

 

Elli Mastorou