Toutes les maisons sont-elles forcément hantées?

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Ph. Pexels

Pour Patricia Darré, médium, avant d’acheter une maison, il faut, avant tout, la ‘sentir’ et se fier à son instinct. Dans son livre ‘Il y a quelqu’un dans la maison…’, elle raconte aussi bien des histoires de fantômes que de maisons. Car pour elle, chaque maison est une entité qui est forcément habitée.

Pour vous, chaque lieu est forcément hanté?

«‘Hanté’ n’est pas le bon terme. Chaque lieu est peuplé. La hantise est quelque chose qui n’est pas sain, qui est malade. Le terme est, pour moi, trop péjoratif. Je dis qu’on n’est jamais seul car chaque lieu que l’on visite est un lieu peuplé de passages, de mémoires, de résonances, de manifestations. Chaque endroit a un passé, et ce passé a laissé des traces. Quand on recherche une maison et à chaque fois qu’on pénètre dans une neuve, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à nous. On sent que la vie va être différente.»

Pour vous, il y a des âmes bienveillantes et d’autres néfastes. Comment être sûr qu’une âme néfaste ne soit pas enfermée dans la maison que l’on souhaite acheter?

«Il faut, avant tout, se fier à son instinct. Quand on visite une maison, on a de toute façon une sensation immédiate: soit on est enjoués, soit on est réservés. Si vous hésitez, fiez-vous à cette hésitation qui peut en dire long. Il arrive également d’avoir des frissons dans une pièce, c’est un rejet. Il ne faut pas insister. La maison doit vous accueillir. Pour moi, toutes les maisons dans lesquelles on vit sont des lieux d’accueil dans lesquels on va ‘grandir’ et on va vivre des moments heureux et d’autres moins heureux. Je crois qu’une maison nous est prédestinée. Elle nous attend. On le sait quand un jour, on la voit.»

« Il existe des maisons qui ne paient pas de mine et pourtant dans lesquelles on ressent un certain bien-être. C’est sur cela qu’il faut tabler »

En soi, il ne faut pas désespérer et sauter sur la première venue.

«Il faut se laisser du temps, suivre son instinct. Des personnes viennent parfois me dire ‘On a acheté une maison et on a que des ennuis dans cette maison’. La plupart de ces personnes avaient ressenti en la visitant quelque chose de négatif. Elles n’auraient jamais dû l’acheter. Le ressenti n’est pas lié à la beauté des pièces mais plutôt à l’atmosphère qui y règne. Il existe des maisons qui ne paient pas de mine et pourtant dans lesquelles on ressent un certain bien-être. C’est sur cela qu’il faut tabler.»

Dans votre livre, vous racontez comment vous avez trouvé votre propre maison.

«Quand je me suis mariée il y a plus de 30 ans, on a visité plein de maisons: des belles, des grandes, etc. À chaque fois, elles nous plaisaient moyennement. Et un jour, on visite une maison quasiment à l’abandon et en ruine. Dès que je suis rentrée à l’intérieur, j’ai su que c’était là que j’allais finir mes jours. J’ai, pour la première fois, visionné toute ma vie en quelques secondes. J’ai vu à quoi elle allait ressembler une fois retapée. En quelques secondes, j’ai su. Quand ma famille est venue la visiter quelques jours plus tard, elle n’en revenait pas. Elle ne comprenait pas.»

Vous êtes médium, c’est-à-dire que vous pouvez entretenir des rapports avec l’au-delà. Ce ‘don’, vous l’avez acquis assez tard. Qu’est-ce qui explique cela?

«Je ne sais pas. Par ailleurs, je suis toujours aussi cartésienne, je ne suis toujours pas religieuse et je ne crois toujours pas en dieu. Je n’ai pas changé. Je vis, depuis 20 ans, avec cette capacité qui est arrivée d’un seul coup, sans prévenir deux mois après la naissance de mon fils. Je ne sais toujours pas pourquoi elle s’est déclenchée. ‘On’ me dit que c’était prévu, que c’était ainsi que ça devait se faire. Mais moi, je ne sais toujours pas pourquoi, et je l’ai intégré à ma vie cartésienne. Bien sûr ma vie a changé mais moi, je n’ai pas changé ma manière d’être.»

« je vois des gens »

Vous dites ‘on’. Dans votre livre, vous parlez d’une hiérarchie.

«C’est comme cela que je le ressens. Je ne parle pas de guide de lumière car je ne sais pas. Je dis ‘les gens de l’autre côté’ que je pense être évolués et que je ressens interagir en équipe avec des gens plus informés, d‘autres moins, comme des strates. Je sens une hiérarchie, des strates, des paliers car derrière ça, je sens comme une possibilité d’évolution, de connaissances ‘plus’ et de connaissances ‘moins’.»

J’ai lu, il y a deux ans, «Au-delà de l’impossible» de Didier Van Cauwerlaert dans lequel il parle de la conscience d’Albert Einstein et Nikola Tesla. Chaque medium ressent les choses différemment. Vous pouvez dire si une personne est accompagnée ou non.

«Oui mais j’essaie de ne pas interpréter ni d’y ajouter de l’imagerie, de l’imaginaire. Je regarde et je m’en tiens aux faits. Je vois et j’emploie un vocabulaire dénué de tout sensationnalisme, de tout superlatif. En effet, je vois des gens. Je ne les vois pas tous de la même manière. Ils ne se matérialisent pas tous de la même façon. Certains ne se matérialisent pas du tout, d’autres essaient de prendre une apparence. Pour moi, ce sont des forces intelligentes extérieures, des défunts, des consciences appartenant à une conscience supérieure. C’est un reflet d’une existence. C’est très complexe, en fait.»

D’après vous, pourquoi certaines âmes continuent-elles d’errer sur Terre?

«Ces forces intelligentes se manifestent quand elles cherchent à obtenir réparation, à être entendues. Soit elles ont vécu une injustice, soit elles veulent dire leur vérité, soit elles cherchent une issue à leur condition. Mais surtout, ce sont des pensées. Une personne qui meurt, sa trajectoire est de partir et de ne pas revenir. Quelqu’un qui est en paix, il s’en va mais ne revient pas. Ceux qui restent sont ceux qui ont un petit problème à régler avant leur départ. Ils tournent en boucle dans leur obsession par rapport à cette injustice. Les fantômes tournent en boucle dans leur pensée, qui est devenue une obsession, dans un périmètre. Le périmètre du fantôme est celui de son obsession. Ils ne voient rien d’autres que cette injustice. Mais il n’y a des fantômes que s’il y a des vivants qui les activent.»

«Il y a quelqu’un dans la maison», de Patricia Darré, éditions Michel Lafon, 265 pages, 17,90€