Le jeûne pour maigrir et se sentir bien… À quel prix ?

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Ph. D.R.

Se passer de nourriture pendant une période de temps plus ou moins longue, c’est ce que propose notamment le jeûne intermittent, une méthode qui fait de plus en plus d’adeptes dans le monde entier. Pour quels bénéfices ? Et quels sont les risques ?

On ne va certainement pas vous sortir la rengaine habituelle, celle qui veut qu’en été, le temps est venu de se délester de quelques kilos. Car le jeûne intermittent a beau faire de plus en plus d’adeptes parmi les candidats à la perte de poids, il n’en est pour autant pas forcément recommandé. Et ce, contrairement à ce que nous font croire un certain nombre d’ouvrages – parfois peu scientifiques – parus ces dernières années sur le sujet.

« Le jeûne intermittent est un mode de vie dans lequel on s’astreint à un régime qui veut que l’on détoxifie l’organisme en évitant de le nourrir trop souvent », avance Serge Pieters, diététicien agréé et professeur à l’Institut Paul Lambin. La conséquence, outre la perte de poids, est bien souvent un état de bien-être et d’euphorie que peut ressentir une personne qui jeûne. A court terme, ça ne pose pas de problème. On peut tout à fait sauter un repas sans le ressentir sur le plan physique. Mais à moyen et long termes, des soucis de santé peuvent apparaître.

Quels mécanismes derrière le jeûne ?

Quand on décide de ne pas s’alimenter, l’organisme enclenche des mécanisme de protection. Notre cerveau, organe vital s’il en est, a besoin de 8 grammes de glucose (c’est-à-dire de sucre) par heure pour fonctionner correctement. Aucune autre substance ne peut remplacer ce glucose. Si l’on prive notre organisme, le corps doit trouver des mécanismes pour transformer les graisses et les protéines en glucose afin de s’assurer que le cerveau fonctionne malgré cette privation. C’est en tout cas le scénario qui s’opère lorsqu’on jeûne pendant 24 heures maximum.

Après 24h, les corps cétoniques interviennent

« Si l’on décide de prolonger le jeûne au-delà des 24 heures, notre corps va se mettre à dégrader beaucoup plus de graisses et produire des corps cétoniques », détaille Serge Pieters. « Ces corps cétoniques, en partie utilisés par le cerveau, sont à l’origine de l’euphorie qu’on peut expérimenter durant le jeûne. Ce sont eux aussi qui permettent de couper la sensation de faim ».

En résumé, grâce à ces corps cétoniques, on se sent plutôt bien et on n’a pas faim. Que demander de plus ? « Le problème, c’est que cet état est totalement artificiel, et demande à l’organisme de fonctionner à l’envers », nuance-t-il.

Jeûner ou pas jeûner ?

Pour le diététicien Serge Pieters, le jeûne à court terme ne présente donc pas de risques pour l’être humain et peut être pratiqué sans risque. Par contre, avant de se lancer dans un jeune de plus long terme, il faut avant tout se poser la question du pourquoi et surtout, rester très vigilant.

« Ces dernières années, la littérature scientifique a mis en évidence quelques situations dans lesquelles le jeûne de plus longue durée pourrait s’avérer bénéfique. Mais ces quelques articles ne peuvent pas faire consensus en toute circonstance », insiste Serge Pieters.

Ainsi, les sportifs d’endurance pourraient ressentir les bienfaits d’un jeûne plus long via la production de corps cétoniques. Le jeûne de long terme pourrait également soigner les personnes atteintes d’un cancer, puisque les cellules cancéreuses auraient tendance à disparaître lorsqu’elles ne sont pas nourries. « Il faut là aussi rester très vigilant car en amoindrissant ces cellules cancéreuses via le jeûne, on amoindrit aussi l’ensemble de l’organisme », prévient Serge Pieters.

Au fond, que risque-t-on quand on jeûne ?

Le plus grand risque du jeûne, c’est de se retrouver dans un état d’hypoglycémie, qui nous rend moins attentif et efficace sur le plan intellectuel et physique, que ce soit sur notre lieu de travail ou à la maison. Les études démontrent aussi que le jeûne peut causer des accidents de la route.

Sur le plan psychologique, ne pas s’alimenter pendant une période longue peut être à l’origine de réactions boulimiques. « On voit de plus en plus de personnes jeûner pour perdre du poids. Mais l’individu a tellement faim en sortie de jeûne qu’il peut se ruer sur la nourriture sans se mettre de limites », alerte Serge Pieters.

Un conseil : ne jouez jamais aux apprentis sorciers avec votre corps

Comme avant toute décision liée à la santé, la règle de base est de ne jamais se lancer dans ce genre de pratique sans avoir consulté son médecin traitant (ou son oncologue, si l’on souhaite pratiquer le jeûne pour lutter contre la maladie). « Il faut toujours analyser l’option du jeûne selon trois critères : l’individu en lui-même, la façon dont il souhaite le faire et la durée du jeûne », conclut Serge Pieters.

Le jeune de 12 heures, plus efficace et moins dangereux que les autres ?

Ph. D.R.

Le jeûne intermittent, dernier « régime » à la mode pour perdre du poids, recommande de ne pas s’alimenter pendant un laps de temps plus ou moins long. Ainsi, la méthode 16/8, la plus connue et accessible, suggère de s’alimenter pendant une fenêtre temporelle de 8 heures et se priver de nourriture le reste du temps, soit environ 16 heures.
Pourtant, les dernières études sur le sujet préconisent de se limiter à 12 heures de jeûne. « Concrètement, l’idée est de prendre un petit déjeuner le matin et essayer de ne rien manger jusqu’au souper, vers 20h. En suivant cette méthode, votre espérance de vie pourrait s’améliorer », explique le diététicien Serge Pieters, qui insiste sur le fait que cette théorie est encore hypothétique à l’heure actuelle.
Le fait de sauter un repas, tout en ayant une alimentation équilibrée le reste de la journée, permettrait en effet de contrecarrer les excès dus à notre alimentation moderne. Acides gras saturés, graisses, sucres et protéines font partie intégrante de notre régime alimentaire, alors qu’ils s’accompagnent d’effets inflammatoires et peuvent, à terme, provoquer des maladies telles que le diabète.
Pour le diététicien, il est cependant trop tôt pour en tirer des recommandations valables pour tout le monde. Les instances officielles, telles que l’Organisation Mondiale de la Santé ou le SPF Santé publique n’ont d’ailleurs encore rien publié à ce sujet.