La mystérieuse disparition d’une colonie de manchots

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La colonie de manchots royaux située sur l’île aux Cochons, près de l’Antarctique, a fondu de près de 90% en 35 ans, estiment des chercheurs. Ils s’appuient sur des images prises par satellites.

La colonie de manchots royaux de l’île aux Cochons est connue depuis les années 60. Elle était réputée pour être la plus grande colonie de manchots royaux au monde, et la deuxième plus grande colonie de manchots toutes espèces confondues. Elle avait la particularité d’être isolée et peu accessible, à tel point que les scientifiques n’ont mené aucun recensement récent.

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Les chercheurs ont eu recours à des images satellites pour mesurer les changements de taille de la colonie depuis la dernière visite de l’île par une équipe scientifique, en 1982. Alors qu’elle comptait à l’époque 500.000 couples reproducteurs, soit une population de plus de 2 millions d’individus, elle n’en compte plus que 60.000. Soit environ 240.000 manchots, si on estime que chaque couple entretient deux jeunes. Les scientifiques sont arrivés à ce chiffre en se basant sur les contours de la colonie. Ils ont pu observer au cours des dernières années une revégétalisation de la zone. « C’est une réduction énorme », déplore Henri Weimerskirch, chercheur au CNRS.

Ces photos montrent la réduction de la colonie au fil des années. A gauche, la colonie en 2016. A droite, l’évolution de la zone occupée depuis 1982.

Un phénomène pas complètement expliqué

Si les causes de la disparition de ces manchots peuvent être environnementales, le mystère reste toutefois à éclaircir. Le déclin semble avoir débuté dans les années 90. « L’élément déclenchant » a été sans doute un épisode climatique majeur dans l’océan Austral lié au phénomène El Niño en 1997, estime le scientifique.

Celui-ci aurait affecté temporairement les capacités de recherche de nourriture des manchots, comme cela a été observé sur une colonie dans une autre île de l’archipel de Crozet et aux Kerguelen. « Mais ces colonies se sont ensuite stabilisées, alors que celle de l’île aux cochons a continué à décliner », relève le scientifique. « C’est étonnant. Il s’est passé quelque chose en plus sur cette île. Il faudrait aller sur place pour comprendre », conclut-il. Des études en ce sens devraient prochaines être menées, ont annoncé les autorités des Terres australes et antarctiques françaises, responsable de l’Île aux cochons.