Les organisateurs de festivals réagissent (enfin) face au harcèlement sexuel

Belga / V. Lefour

Une étude de la section belge de l’ONG Plan International révélait en juin dernier qu’une fille sur six a été victime de harcèlement sexuel dans un festival au cours des trois dernières années. Les organisateurs d’événements commencent à réagir, chacun à leur rythme.

«Jusqu’à il y a peu, on ne parlait pas beaucoup du harcèlement sexuel en festival», souligne Frédéric Janssens, responsable de la communication pour la section belge de l’ONG Plan International. «Mais les lignes bougent. Le phénomène #Metoo et l’enquête que nous avons publiée au printemps ont fait réagir certains organisateurs.»

Il faut dire que les chiffres dévoilés étaient interpellants. «Une fille sur six harcelée sexuellement en festival, 60% des jeunes estiment que le phénomène y est présent ou très présent, 40% des témoins ne réagissent pas…», rappelle Jonathan Moskovic, chargé de plaidoyer pour l’ONG. «Les festivals sont le reflet de notre société, il n’y a donc rien de surprenant à cela. D’ailleurs, nous ne voulions pas pointer du doigt ces événements, mais appeler leurs directions à réfléchir à comment améliorer les choses.»

Des festivals réceptifs…

L’ONG se félicite des retours favorables qui ont suivi son étude. «Il y a différents types de réactions», reprend Frédéric Janssens. «Il y a d’une part, le festival Esperanzah!, qui fait figure de bon élève. Ils se sont penchés sur cette question avant même la publication de cette enquête. Ils ont mis en place tout un plan afin de sensibiliser au problème et mieux réagir en cas d’incident.» Du côté du festival, la responsable du plan, Clémentine Squevin, souligne que «l’attention croissante portée à cette question, notamment avec #Metoo, a joué un rôle d’accélérateur dans la prise de conscience du problème». Elle insiste sur le besoin d’apporter «une réponse spécifique en cas de problème», afin que ces agressions ne soient plus traitées comme un simple incident de sécurité.

Ph. Plan International

D’autres festivals se sont tournés vers Plan International Belgique suite à la publication de l’enquête. «Ils sont conscients du problème, et ils souhaitent réagir, mais ils manquent parfois d’expertise. Nous essayons donc de leur donner quelques pistes. Mais nous ne souhaitons pas imposer nos solutions, l’important est que chaque festival mène une réflexion sur la question pour proposer des réponses adaptées», détaille l’ONG.

… et quelques indifférents

À l’inverse, quelques festivals assurent ne pas être confrontés à ce problème. «On regrette cette attitude», reprend Frédéric Janssens. «Nous ne souhaitons pas accuser tel ou tel festival, mais il ne faut pas être naïf, il y a des cas de harcèlement dans tout festival.»

La pression politique pourrait amener, à terme, tous les organisateurs à se doter d’une réaction appropriée au phénomène. La ministre en charge des Droits des femmes en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis (PS), a décidé d’augmenter les budgets destinés aux opérateurs qui organisent des animations d’éducation à la vie sexuelle et affective (EVRAS) dans les festivals de musique. Elle appelle les festivals à porter une attention particulière à ce problème. En 2019, ils seront invités à mettre en place un dispositif spécifique propre de la lutte contre le harcèlement sexuel. Alors que la plupart des festivals reçoivent des financements publics, cette pression venue du plus haut niveau pourrait rapidement avoir des répercussions.

A Esperanzah!, le plan Sacha contre le harcèlement sexuel

Ph. C. Goret

Le festival Esperanzah!, qui se tiendra du 3 au 6 août, a mis au point le plan Sacha (Safe Attitude Contre le Harcèlement), qui vise à prévenir et réagir face au harcèlement sexuel. Trois stands seront disposés sur le festival, et proposeront tout une gamme d’outils pour prévenir le harcèlement et réagir quand c’est nécessaire. Cela passera par un jeu permettant de différencier la drague du harcèlement ou encore un kit d’autodéfense verbale. Des mini-formations, de 15 minutes, permettront aux participants de devenir une personne vers qui se tourner en cas d’abus. Ces festivaliers recevront ensuite un badge permettant de les identifier.