Charlize Theron déconstruit la mère parfaite dans ‘Tully’ : « J’ai été confrontée à la dépression »

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Los Angeles – Un sourire éclatant, des jambes interminables et une bouche qui n’a pas peur de dire ‘fuck’ : mesdames et messieurs, Charlize Theron. La comédienne Sud-Africaine, 43 ans et un enfant, est considérée comme un sex-symbol, mais ça ne l’a jamais empêchée de casser son image et jouer avec son corps : en 2003 dans ‘Monster’, son rôle de tueuse qui lui fait gagner l’Oscar. Pour ‘Tully’, le nouvel opus de Jason Reitman et Diablo Cody (‘Juno’), elle a pris 20 kilos pour incarner une femme aux prises avec la maternité. Le résultat est bluffant de vérité.

C’est votre seconde collaboration avec Jason Reitman après ‘Young Adult’. Qu’est-ce qui vous plaît chez ce réalisateur ?
Charlize Theron : « Ce que j’adore dans mon boulot, c’est qu’il me donne l’occasion d’explorer l’humain. J’ai toujours adoré observer les gens et leurs petites bizarreries, ces choses pas toujours acceptables ou agréables de notre comportement. Et quand vous tombez sur un cinéaste comme Jason qui, comme vous, aime aborder ce genre de choses, c’est juste génial. Quand on faisait ‘Young Adult’, il m’a demandé : ‘Que voudrais-tu raconter sur le fait d’être une femme qui n’a jamais été raconté ?’ J’ai dit : ‘Le fait qu’on doive porter ces putain d’escalopes de poulet tout le temps. – C’est quoi une escalope de poulet ? – Ces trucs en silicone qu’on met dans le soutif – OK cool, parlons-en dans le film’ (rires). Entre nous il n’y a aucune gêne, on se fait confiance, on a le même esprit. Donc ça rend le travail agréable. »

Charlize Theron dans ‘Monster’ (2003)

Vous êtes considérée comme un sex-symbol hollywoodien, mais vous n’avez jamais eu peur de changer votre physique pour un rôle, comme dans ‘Monster’ en 2003. La relation avec votre corps change-t-elle avec l’âge ?
« Ce que j’ai fait à mon corps en tant qu’actrice est différent de comment je vis mon corps en tant que moi. Mais les choses sont beaucoup plus faciles à 20 ans, aussi. A 20 ans je n’avais jamais mis un pied dans une salle de sport, je savais à peine ce que c’était ! Et puis la trentaine est arrivée, et j’ai compris pourquoi les gens y vont (rires). A 20 ans ton corps c’est buffet à volonté, tu manges ce que tu veux et tout reste en place. Et puis à 30 ans tu réalises que tu dois suer pour que tout ça continue à être en place ! Donc j’apprécie plus mon corps maintenant, car je sais à quel point c’est un putain de travail ! Mais en ce qui concerne ma carrière, j’ai fait ‘Monster’ à 26 ans, et je n’y ai pas réfléchi à deux fois. C’était évident pour moi, je me suis dit : ‘si je fais ce film je dois être aussi authentique que possible’. Mais c’est beaucoup plus facile de perdre du poids à 27 ans qu’à 42 ! »

Comment vous avez fait pour prendre du poids ?
« On commence toujours par se dire : ‘Youpi, je peux m’empiffrer H24 !’ Et 3 semaines plus tard, ce n’est plus fun du tout. J’ai fait un régime riche en glucides et en sucres : en gros je buvais des sodas toute la journée (rires). J’ai pris plus de poids pour ce film que pour ‘Monster’, et c’est peut-être parce que j’étais beaucoup plus jeune, mais je n’avais jamais été confrontée à la dépression, et ça a été le cas ici. »

Comment ça ?
« A cause du sucre. Je ne me sentais pas bien, durant tout le tournage, et je ne m’y attendais pas. Et étrangement c’était un beau cadeau pour le rôle, parce que la dépression post-partum, on ne s’y attend pas non plus. Donc j’ai pris 20 kilos, je portais le faux ventre, qui pesait genre 15 kilos, ou le bébé toute la journée, et puis je rentrais chez moi voir mon enfant d’un an, qui me montait dessus aussi. Et dans tout ça, je me suis démis une vertèbre dans le bas du dos ! Je peux vous dire qu’à la fin du tournage, j’étais littéralement dans l’état où on me voit dans le film, cette scène où je regarde la télé l’air hagard, avec mon bide qui pend (rires) ! »

Charlize pendant l’interview

Et comment vous avez fait pour tout perdre après ?
« On a terminé le film juste avant Thanksgiving, donc je me suis dit, OK, je me laisse jusqu’à la période des fêtes pour me faire plaisir… et le 27 décembre, quand mon entraîneur a sonné à la porte, je crois que c’était le matin le plus démoralisant de ma vie (rires). J’ai fait super attention pendant 6 mois, et mon corps n’a pas vraiment changé. Je me suis dit : ‘Suis-je en train de mourir ?’ J’ai appelé mon médecin : ‘Quelque chose cloche, je fais super attention, je ne triche pas, je fais du sport…-… Et tu as 42 ans, Charlize’. J’étais genre : « Fuck you ! » (Rires). Au final, ça m’a pris 1 an et demi pour revenir à mon corps d’avant ! »

Notre avis

Avec un quotidien bien rempli entre son fils, sa fille, le boulot et son mari, Marlo (Charlize Theron) n’avait pas prévu d’avoir un troisième enfant. Mais la vie est pleine de surprises, et voilà qu’à 40 ans Marlo replonge dans le monde merveilleux de la maternité : les nuits sans sommeil, les couches, le lait, le vomi à nettoyer… Voyant sa sœur au bord du burn-out, son frère offre de lui payer une night nanny : une nounou qui vient exclusivement la nuit, permettant aux parents de se reposer. Vraie bonne idée ou arnaque du siècle ? Marlo se méfie, mais tout change quand Tully (Mackenzie Davis) entre dans sa vie. Le duo Diablo Cody (scénario) – Jason Reitman (réalisation) nous avait déjà offert ‘Juno’ (2007) et ‘Young Adult’ (2011), des comédies dramatiques à l’humour caustique sur les affres de l’âge adulte. Le duo signe ici un troisième opus tout aussi réussi – si pas plus, dans la même lignée. À travers les splendeurs et misères de la maternité, ‘Tully’ parle aussi de l’ado qu’on laisse derrière soi, des choix qui déterminent notre vie, et de la place des hommes dans l’éducation des enfants. Charlize Theron est saisissante dans ce rôle brut de décoffrage, qui déconstruit l’image de la mère parfaite à coups de répliques bien senties. Un film sensible, drôle et dur à la fois. (em)

 

Elli Mastorou

NOTA BENE – Dans l’article, la formulation des questions autour de la prise et perte de poids de Charlize Theron lie, à tort, le fait d’être en surpoids à celui d’être « moins jolie », et le fait de perdre « tout ce poids » à l’idée d’un « retour à la minceur/beauté/normalité. » Bien que l’interview aborde également le rapport de l’actrice à son corps comme outil de travail, ces associations sont des automatismes dont la plupart d’entre nous avons du mal à nous débarrasser. Au final, ce très beau film qu’est TULLY parle moins de l’aspect physique de la maternité, que de ses conséquences sur le mental.