Moha La Squale: De petit caïd à futur prodige

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Ph. Sarah Schlumberger

Ex-dealer, acteur, rappeur, à 23 ans Moha La Squale, alias Mohamed Bellahmed, affiche déjà un sacré parcours de vie sur son cv. Gamin de «La Banane», cité du nord de Paris, il se retrouve deux fois en prison avant d’être repéré par le réalisateur belge Barney Frydman qui lui offre son premier rôle dans le court-métrage «La Graine», tourné à Bruxelles. Une opportunité qui le poussera à s’inscrire au célèbre cours Florent. Mais le 23 juillet dernier, le jeune homme se lance un nouveau défi en postant tour à tour 17 freestyles de rap sur le net. 40 millions de streams plus tard, Moha La Squale sort son premier album «Bendero». Un petit bijou brut de décoffrage dans lequel il se livre sans détour et redonne ses lettres de noblesse au rap de sa génération.

«Entrez dans mon bureau» nous dit le jeune Parisien avec humour en nous accueillant dans les locaux de Back in the dayz à Bruxelles, visiblement à l’aise dans son nouveau rôle de star montante du rap français. «J’ai fait une nuit blanche, j’enchaîne, j’enchaîne, j’enchaîne», se confie le nouveau chouchou des grands médias français.

Et pour cause, celui qui se décrit en rigolant comme un «auteur, compositeur, interprète qui ‘réussit’», a un parcours peu habituel. «J’étais un petit voyou», nous confie-t-il à demi-mot. «Ça a commencé tôt, à douze ans, je vendais du shit parce que je voulais manger au kebab, m’acheter des vêtements de marque. Tout ce que ma mère ne pouvait pas m’offrir. Je voulais toujours plus mais je ne voulais pas demander à ma maman. En fait, mon père est parti super tôt et elle a tout assumé», explique celui qui a été élevé avec ses quatre frère et sœurs par une maman aveugle. «J’ai toujours été admiratif de la femme. On vit dans un monde machiste et c’est grave important pour moi la position de la femme dans le monde.

« Ma maman, c’est mon papa»

Un sujet sensible pour le jeune homme qui a d’ailleurs tenu a commencer tous ses freestyles par quelques phrases de Jacques Brel. «C’est quelqu’un qui fait partie d’une période de ma vie, ça me rappelle mon papa. C’est comme quand tu sens une odeur et que ça te rappelle une époque», dit-il en récitant les paroles du chanteur belge.

Du rôle à la réalité

Mais après la prison, le tournage de «La Graine» et sa nouvelle vie de livreur en alternance avec les cours Florent, Mohamed explique qu’il lui manquait quelque chose. «J’allais passer en troisième année de théâtre mais il me manquait quelque chose de moi.»

Fan de rap, il explique ne pas se retrouver dans les paroles des autres artistes. «Ça n’a rien à voir avec les rappeurs mais plus avec moi. Quand j’ai commencé, ça me faisait du bien de rapper et de dire la vérité, partager ce que j’avais sur le cœur. J’avais besoin d’en parler, d’évacuer», durant une période où il s’était déjà «retiré en partie de la rue, alors [qu’il] faisait partie du pire» confie-t-il en rigolant.

Ph. D.R

Du cran et des cris

Contrairement à d’autres rappeurs de sa génération, il explique détester l’auto-tune et assume ne pas être «bling-bling». Alors qu’il s’est mis à l’écriture deux mois seulement avant de diffuser son premier freestyle, il avoue faire un rap « cru » « mais avec du cran.» Et effectivement, le jeune rappeur se distingue avec brio en livrant un premier album dans lequel il ne mâche pas ses mots. Composé d’un épilogue, de chapitres et d’un prologue, il y raconte sa vie de voyou à La Banane, tout en abordant la partie sentimentale et familiale à travers des personnages. Il n’hésite d’ailleurs pas non plus à se livrer en évoquant le douloureux sujet de son père ou en rendant hommage à sa mère ponctuant ses chansons de cris du cœur. Des moments où il était alcoolisé confesse-t-il mais qui lui permet de partager ce qu‘il ressent vraiment.

Un véritable livre à ciel ouvert dans lequel il n’exprime pourtant aucune haine envers la société ou la police. Après deux passages en prison, il assume et se dit au contraire reconnaissant:

«J’ai fait le con, j’ai payé. On m’a donné ma chance, je l’ai saisie et tant mieux.»

Avec maturité, il poursuit en expliquant ne pas préférer s’aventurer et s’exprimer sur un sujet quand il ne sait pas de quoi il parle.

Par contre, le jeune homme est conscient d’une chose: son parcours peut inspirer d’autres jeunes de son quartier, «ça me fait plaisir de leur donner de la force». Il reste pourtant conscient que le succès peut s’avérer éphémère mais qu’ il ne pouvait rêver mieux que ce qui lui arrive aujourd’hui. «Au final je suis un mec simple. Je vis l’instant présent à fond». Pourtant, même s’il ne souhaite pas choisir entre deux passions, il espère pouvoir «finir dans le cinéma», une voie qu’il considérait inaccessible depuis l’enfance jusqu’à son premier court-métrage. «Je suis encore jeune mais j’espère avoir le temps de bien faire, j’y vais doucement, je temporise.»

Moha La Squale « Bendero »

Moha La squale sera en concert au festival Les Ardentes le 8 juillet.