SDG: Pas de développement durable sans paix

AFP

L’avènement d’un monde en paix où chacun peut être heureux, vivre dignement et se réaliser et le but ultime des Nations unies. Pourtant, de nombreuses régions du globe font encore face à des conflits meurtriers. Et même dans les pays où la sécurité est la norme, certains doivent encore faire face à des flambées de violence.

Il n’y aura pas de développement durable sans une société pacifique. Les rédacteurs du 16e des 17 objectifs de développement durable ont bien compris que tout développement d’une région serait vain, et pénalisé dès le départ, sans une perspective de paix pour ses habitants.

«Des niveaux élevés de violence armée et d’insécurité ont un effet destructeur sur le développement d’un pays, en entravant la croissance économique et en engendrant souvent des souffrances durables au sein de la population, qui peuvent persister pendant des générations», constatent les Nations unies. «Les violences sexuelles, la criminalité, l’exploitation et la torture sont également omniprésentes sur les lieux de conflits ou sans état de droit. Les nations doivent prendre des mesures pour protéger ceux qui sont le plus à risque.»

Le besoin d’institutions solides

La paix et la sécurité de tous ne sont possibles que dans un contexte où l’État de droit est la règle. Les rédacteurs des objectifs de développement durables appellent donc les gouvernements et communautés à trouver des solutions durables aux conflits et à l’insécurité, via des institutions efficaces. «Le renforcement de l’état de droit et la promotion des droits humains sont au cœur de ce processus, tout comme la réduction du trafic illégal d’armes et le renforcement de la participation des pays en développement aux institutions de gouvernance mondiale», rappelle l’Onu. Le chantier est pourtant immense. Le trafic international d’armes, par exemple, était estimé à plus de 1.200 milliards $ par an dans un rapport international de 2008. Autant dire qu’il reste du travail pour parvenir à des sociétés pacifiques.

«Depuis la Belgique, on peut avoir un impact sur ce qui se passe ailleurs»

La Commission Justice et Paix mène des activités de sensibilisation des citoyens en Belgique aux problématiques internationales, comme le lien entre extraction de matières premières et conflits. «Le smartphone est un cas emblématique, et cela interpelle de nombreux consommateurs», souligne Agathe Smyth, responsable du plaidoyer pour l’organisation.

Est-il simple de sensibiliser les citoyens belges à des problématiques qui concernent l’autre côté de la planète?

«Il y a un réel intérêt, et une demande d’information, pour des conflits qui se déroulent dans des pays éloignés. Prenez l’exemple des conflits liés à l’extraction des matières premières. Certains sont liés à l’extraction de minerais, en RDC et au Pérou par exemple. Chaque consommateur en Belgique est concerné, puisque les minerais extraits se retrouvent dans leurs smartphones. Il y a de l’intérêt pour ces questions quand on met en avant le fait que nous sommes le dernier maillon de la chaîne de consommation.»

Comment vous y pensez-vous pour sensibiliser?

«Nous sensibilisons les citoyens via le monde associatif, via les universités, via les écoles… L’an dernier, nous avons formé une centaine d’enseignants à diverses problématiques. Cela permet de démultiplier le message, qui est transmis à de nombreux élèves. Dans le cas de l’impact de l’extraction minière sur les habitants de la RDC ou du Pérou, nous poussons tout un chacun à s’interroger sur la nécessité de renouveler son smartphone aussi fréquemment, sur la possibilité d’acheter un appareil d’occasion… Nous les informons de l’existence du FairPhone, un smartphone qui tente de lutter contre l’obsolescence programmée en permettant de remplacer certaines pièces… Le fait qu’une alternative existe est souvent l’occasion de se poser des questions.»

Comment répercussions cela a-t-il au niveau politique?

«Nos efforts de sensibilisation des consommateurs s’accompagnent d’un effort de plaidoyer auprès des législateurs. Dans le cas des smartphones, nous plaidons en faveur d’une législation qui impose plus de transparence aux fabricants. La combinaison de la sensibilisation des consommateurs et des responsables politiques permet de faire bouger les choses progressivement.»