Objectifs de développement durable : alerte pour la vie terrestre

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AFP / F. Gillot

La vie humaine dépend largement de la biodiversité. Des minuscules insectes aux grands mammifères, toutes les espèces sont nécessaires pour que la planète puisse produire notre alimentation.

Pour beaucoup, la biodiversité et les contributions de la nature au bien-être de l’humanité paraissent trop scientifiques et éloignées des réalités de la vie quotidienne. Rien n’est plus loin de la vérité. La nature et la biodiversité sont indispensables pour produire l’alimentation de sept milliards d’êtres humains. Les Nations unies ont donc fait de la préservation de la vie terrestre l’un des 17 objectifs de développement durable.

Pour le moment, la situation semble mal engagée. Les terres arables disparaissent 30 à 35 fois plus vite que par le passé. La sécheresse et la désertification gagnent du terrain chaque année. L’Onu insiste sur l’urgence de mettre un terme à ce phénomène. Elle plaide pour une restauration des écosystèmes terrestres, «tels que les forêts, les zones humides, les milieux arides, et les montagnes».

Sixième extinction

À en croire les scientifiques, il y a urgence. Ils estiment que la Terre est confrontée à une extinction massive d’espèces, la première depuis la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d’années, et la sixième depuis 500 millions d’années. «Dans chaque région, à l’exception de quelques exemples positifs, la biodiversité et la capacité de la nature à contribuer au bien-être de l’humanité se trouvent dégradées, réduites ou anéanties en raison de pressions liées aux habitats des espèces, à la surexploitation et à l’utilisation non durable des ressources naturelles, à la pollution de l’eau et de l’air, à l’augmentation des espèces invasives et aux changements climatiques», affirme Robert Watson, le président de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité.

À ce rythme-là, la ressource en poisson de la zone Asie Pacifique sera épuisée d’ici 30 ans. En Afrique, ce sont plus de la moitié des espèces d’oiseaux et de mammifères qui seront perdues d’ici 2100. Avec les effets croissants du changement climatique, la perte de la biodiversité pourrait atteindre 40% d’ici 2050 dans les Amériques où elle s’élève déjà à 31%. Au cours du siècle écoulé, deux espèces de vertébrés ont disparu chaque année en moyenne sur la Terre. Une autre est sur le point de disparaître avec la mort récente de Sudan, célèbre rhinocéros blanc du Kenya et dernier mâle de son espèce. «Si nous continuons ainsi, oui, la sixième extinction, la première causée par les humains, va se poursuivre!», conclut Robert Watson.

 

La coopération belge au chevet de la biodiversité

Depuis cinq ans, la coopération belge au développement intègre la préservation de la biodiversité dans ses programmes. Invités à Bruxelles fin mai, des représentants des pays partenaires ont dressé «un bilan très positif» de cette initiative.

La semaine dernière, l’IRSNB organisait un colloque dans le cadre de la clôture de la première phase de cinq ans du programme CEBioS. Celui-ci œuvre à la conservation et la gestion durable de la biodiversité dans les pays partenaires de la coopération belge. Doté d’un budget de 6 millions €, ce partenariat vise d’une part à «renforcer les connaissances et capacités des pays partenaires» et d’autre part à «faire valoir la biodiversité dans les projets des acteurs de la coopération comme l’Agence belge de développement (Enabel) ou les ONG», explique le coordinateur de CEBioS, Luc Janssens de Bisthoven.

AFP

Concrètement, CEBioS s’emploie entre autres à former de jeunes chercheurs à la taxonomie (découverte et description de nouvelles espèces) et à améliorer la communication de leurs recherches aux autorités. L’élaboration de lexiques détaillant les habitats, les plantes et les noms locaux dans certaines aires protégées fait également partie de ses missions. Au Bénin, par exemple, «les attentes sont énormes», avance le chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Jean-Didier Akpona, présent lors du colloque. «Le défi principal est de développer des modèles qui permettent aux populations de s’épanouir et de s’extraire de la pauvreté, tout en conservant les ressources de la nature».

À l’heure où la planète est confrontée à la sixième extinction massive d’espèces, causée par les humains d’après la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), «la biodiversité a plus que jamais besoin de protection», affirme M. Janssens de Bisthoven. «Sur 58% de la surface du globe, elle s’est tellement appauvrie que les services rendus par la nature (comme l’épuration de l’eau, la fertilité des sols, la pollinisation, etc.) ne fonctionnent plus suffisamment».

Grâce à des résultats probants, et malgré des moyens modestes au regard de l’ampleur des défis, le programme CEBioS doit être reconduit pour les cinq prochaines années.